samedi 17 mai 2008

La vraie fausse coquille de La Monnoye

L'origine des Vérités de Lapalisse remonte au XVIIe siècle lorsque le l'académicien dijonais Bernard de La Monnoye (1641-1728) commit, d'après une tradition bien ancrée, une coquille en recopiant la fameuse chanson composée en 1525 par les soldats de Jacques II de Chabannes, en l'honneur de leur Maréchal tombé sur le champ de bataille de Pavie :



"Hélas, La Palice est mort Il est mort devant Pavie Hélas s'il n'était pas mort Il ferait encore envie."

La Monnoye transforma le dernier vers en :

"Il serait encore en vie."

Or, cette coquille n'était en rien fortuite, elle participa à la création d'un texte, intitulé Monsieur de La Galisse, devant illustrer le "genre niais" dans un recueil d'oeuvres en prose et de poésies publié en 1716. Les Vérités de Lapalisse sont donc nées d'un exercice de style purement académique à une époque où les jeux de mots caractérisait l'honnête homme du grand siècle.

Bernard de La Monnoye fut l'un des plus bels esprits dijonais du XVIIe siècle. Avocat, il fréquenta avec succès les salons de la capitale parlementaire de la Bourgogne. Composant des poésies et surtout des Noëls en bourguignon, il fut élu à l'Académie française en 1713.

S. HUG

HUGSTEPHANE@aol.com

jeudi 8 mai 2008

L'aventure des volaillers lapalissois

L'économie de Lapalisse fut pendant très longtemps dominée par les échanges agricoles et l'ensemble des activités commerciales qui se greffaient autour de ce pôle central. Si le commerce des grains fut omniprésent et quasi omnipotent jusqu'aux années 1880, l'activité des foires de bestiaux prit le relais (dopé par le chemin de fer) et fit de Lapalisse une place importante du marché de la viande dans le centre de la France jusque dans l'entre-deux-guerres. Enfin, le commerce des volailles, porté par l'explosion de la consommation urbaine, commença à se développer dans les années 1930 pour finalement triompher après la Libération. Une véritable économie de la "chair blanche et de la plume" prospéra ainsi à Lapalisse pendant près de soixante ans.





Les ateliers Orechia avant la guerre de 14. A l'extrême gauche, Jacques Orechia, fondateur en 1890 de la maison. Le commerce de la volaille à Lapalisse générait un bon nombre d'emplois induits dont celui de "plumeuse" qui disparut peu à peu après la seconde guerre mondiale remplacé par le système semi-automatique de la Bingam.




Les différents marchés de la région constituaient l'une des filières d'approvisionnement les plus prisées par les volaillers. Ici, le marché aux volailles de Lapalisse dans les années 1930.



A la Libération, Lapalisse comptait sept volaillers : les Etablissements Baillon et Orechia, rue du Gaz, Francisque Cote, Cote Frères, Barret et Minet sur l'Avenue de la Gare et, enfin, Jean-Marie Papon sur la Place du Faubourg. Ces établissements s'étaient spécialisés dans l'achat, l'abattage et l'expédition des volailles, des lapins et des chevreaux. Seule la maison Baillon réalisait la collecte et la vente des oeufs fermiers. Ces sept volaillers employaient à l'époque environ une trentaine de personnes. L'approvisionnement était réalisé directement dans les fermes au cours de longues tournées ainsi que sur les principaux marchés locaux (le lundi : Saint-Léon, Vaumas ou Marcigny, mardi : Varennes-sur-Allier, mercredi : Jaligny-sur-Besbre, jeudi : Lapalisse, vendredi : Moulins, samedi : Saint-Pourçain-sur-Sioule). Dans les années 1962-1965, l'univers des volaillers connut une première révolution avec la diffusion de la production intégrée basée sur une répartition des tâches et des investissements. Le volailler fournissait les poussins d'un jour, l'intégralité du matériel d'élevage ainsi que l'alimentation, l'exploitant agricole fournissait quant à lui le local et la main-d'oeuvre.



En 1968, une directive européenne obligea les volaillers à se conformer le plus rapidement possible à de nouvelles règles d'hygiène, de transport et d'abattage. Le poids des investissements à venir fut tel, que seule la concentration des entreprises pouvait alors permettre de poursuivre les activités commerciales. La Société des Abattoirs du Val de Besbre (SAVAB) vit donc le jour en 1969, regroupant quatre volaillers lapalissois (Baillon, Barret, Cote Frères et Orecchia) et deux volaillers de la Loire (Pralut de Saint-Martin-d'Estreaux et Delorme de Changy). La toute nouvelle société, au capital de 600 000 francs, acheta à la municipalité de Lapalisse un terrain sur la ZAC de Lubillet, route de Jaligny et commença l'exploitation de son site d'abattage et de conditionnement le 6 avril 1970. La direction de la société fut confiée à Georges Orechia qui siégea au poste de PDG jusqu'en 1984.


Très vite, l'affaire prospéra et finit par employer jusqu'à 130 personnes au milieu des années 1980 avec une capacité de découpe de 10 000 volailles par semaine. La zone d'approvisionnement de la SAVAB s'étendait dans un rayon d'une centaine de kilomètres autour de Lapalisse, poussant même des ramifications jusque dans les départements de la Drôme et de la Sarthe réputés pour leurs pintades fermières. Le centre et l'Est du pays, ainsi que le quart sud-est (et notamment la Côte d'Azur) constituaient les trois principales zones d'expédition des produits SAVAB qui jouissaient alors d'une belle renommée. A son apogée, la SAVAB réalisait environ 10 % du chiffre d'affaires à l'exportation, principalement en direction de la Suisse, de l'Allemagne et du Royaume-Uni.


Au cours des années 1980, le marché de la volaille française évolua rapidement au profit des grands centres agréés de l'Ouest français qui, grâce à une plus forte automatisation, pratiquaient une politique des prix très agressive. En janvier 1988, le directoire de la SAVAB, étranglé par la concurrence, fut forcé de déposer son bilan et de licencier la centaine d'employés de l'époque. La société SEIVE, basée à Saint-Germain-des-Fossés, racheta alors la SAVAB mais choisit de fermer le site lapalissois pour renforcer le positionnement de ses propres ateliers.


L'année 1988 marqua la fin d'une époque puisque les Etablissements Minet furent à leur tour rachetés par la société Fléchard, implantée à La Chapelle d'Andaine dans la Sarthe. Fondé en 1969 par Jean-Baptiste Minet, volailler lapalissois, qui choisit de ne pas rejoindre le groupement professionnel à l'origine de la création de la SAVAB, les Etablissements Minet employèrent environ une trentaine de personnes.


Pendant dix ans, la société Fléchard (environ 70 employés) continua à faire vivre la tradition volaillère de Lapalisse, sur son site flambant neuf de Rozières. Mais à l'automne 1997, en but à une féroce concurrence nationale et internationale, les dirigeants sarthois choisirent de replier leurs activités sur leurs terres d'origine, mettant ainsi un terme à trente ans d'aventure industrielle.



Ultime vision d'une économie paysanne qui disparut en grande partie dans les années 1980 pour laisser place à des systèmes intégrés contrôlés par les grands volaillers.


Pour approfondir cette question, nous vous conseillons la lecture de l'ouvrage Le Tablier bleu, réalisé et édité par l'association A VIE' CULTURE en juin 2006, 153 pages de nombreux témoignages, belle iconographie. (en vente auprès de l'association A VIE' CULTURE basée à Escurolles 03110).

Un grand remerciement également à M. Pierre BAILLON, ancien dirigeant de la SAVAB pour l'ensemble de ses renseignements.

S. HUG


HUGSTEPHANE@aol.com

lundi 5 mai 2008

250 ans de présence de la maréchaussée à Lapalisse

La première mention de la brigade de maréchaussée de Lapalisse remonte au 17 février 1764, date à laquelle quatre de ses cavaliers furent chargés d'escorter du château de La Guillermie à la prison de Ferrières-sur-Sichon, Marie Barraud, arrêtée lors de la célèbre révolte des Pions (village appartenant aujourd'hui à la commune de Lavoine). Sur le chemin du retour, à la hauteur du Bois Mauchamp, la petite troupe tomba dans une embuscade dressée par les Pions. Augustin Champagnat et Joseph Pénin furent blessés aux jambes par des décharges de mitraille. Marie Barraud profita de la confusion générale pour s'enfuir dans les bois... Un mois plus tard, le village Pion était investi de bon matin par trois brigades de maréchaussée et deux compagnies de grenadiers mettant ainsi fin à trois mois d'agitation paysanne aux pieds des Bois Noirs.
Au début du XVIIIe siècle, le maintien de l'ordre à La Palisse était confié aux deux ou trois sergents relevant de l'autorité seigneuriale ainsi qu'à l'unique sergent royal en résidence dans notre ville. A partir des années 1720, des brigades de maréchaussée, établies à Moulins, commencèrent à patrouiller le long de la route royale de Paris à Lyon. Avec l'augmentation du trafic, et donc de l'insécurité, la monarchie et l'Intendance décidèrent, vers 1750-1760, d'installer deux nouvelles brigades de cavaliers le long de cette route à Varennes et à Lapalisse. Nous ignorons à l'origine où fut logée la première brigade de maréchaussée lapalissoise. Toujours fut-il que durant la période révolutionnaire, cette dernière trouva place dans les murs et les dépendances du château de La Palice devenu bien national. Après le retour des de Chabannes d'émigration, la brigade s'installa au faubourg de Paris, tout contre l'hôpital de la ville, sur ce qui deviendra par la suite la Place du Marché.


Le projet de l'actuelle caserne remonte à 1913. La Grande Guerre ajourna les travaux qui furent néanmoins achevés en 1921.



S. HUG

HUGSTEPHANE@aol.com

samedi 3 mai 2008

Ces merveilleux fous volants (chronique de l'aviation lapalissoise)

C'est à l'automne 1936 qu'une section de l'aviation populaire des Ailes de Vichy fut créée à Lapalisse autour du boisselier Antoine Guy et de l'hôtelier François Renaud. A cette époque, le gouvernement du Front Populaire, élu en juin de la même année, avait décidé de développer l'apprentissage du pilotage des avions légers au sein des couches populaires. La création de cette section releva plutôt de la déclaration d'intention puisque seul F. Renaud possédait un petit biplan. Un an plus tard, le 10 décembre 1937, un second aéro-club fut créé à Lapalisse autour de l'industriel Claude Rowe, du pharmacien Edouard Bonnin, de l'entrepreneur en bâtiment Robert Charasse, du garagiste et ancien pilote de chasse Raymond Chabannes, et de l'industriel Emile Dépalle. L'activté de ces deux aéro-club concurrents fut totalement mise en sommeil durant la seconde guerre mondiale.























A droite : Claude Rowe, patron de l'usine de fabrication de boutons Grumbar de Saint-Prix, Président-fondateur de l'aéro-club de Lapalisse en 1937, à gauche : François Renaud, aviateur de la section lapalissoise des Ailes de Vichy (notons qu'à la Libération, F. Renaud remonta en hâte son biplan remisé durant l'occupation et se mit au service de la Résistance pour mener quelques missions de reconnaissance aérienne). Au centre : un meeting sur l'aérodrome de Lapalisse-Périgny peu avant la seconde guerre mondiale.

A la Libération, seul l'aéro-club du Président Bonnin revit le jour pendant quelques mois avant de disparaître. Entre 1966 et 1971, plusieurs tentatives de reconstitutions furent menées sans succès. Il fallut attendre 1976 pour assister à la véritable renaissance de l'aéro-club de Lapalisse sous la houlette du dynamique Jean-Paul Citerne, président de 1978 à 2006.





A soixante ans de distance la passion de l'aviation emporta deux présidents de l'aéro-club lapalissois. En haut, 14 août 1939, Claude Rowe s'écrasa à bord de son Farman 451, en bas, 12 juillet 2007, fin tragique de Gérard Houziaud à bord de son Nord 3202.

S. HUG

HUGSTEPHANE@aol.com