lundi 27 décembre 2010

COLLECTION VISAGES DU BOURBONNAIS - Hector Rolland : Spartacus le Pitaux.

Rolland, emmailloté dans les langes de sa naissance, fut trouvé le matin de Noël 1911 sur les marches de l’église Saint-Pierre de Neuilly-sur-Seine. Recueilli par l’Assistance Publique, il fut placé dans une ferme de la Nièvre, où il partagea son enfance entre la surveillance des troupeaux et l’école communale d’où il sortit sans diplôme. Toute sa vie, Hector Rolland demeura dans l’âme un « pitaux », c’est-à-dire un enfant des Hôpitaux de Paris. Le jeune Hector commença par travailler en usine, puis au montage de lignes électriques et en tant que livreur. Au retour du service militaire, Hector Rolland fit tout pour donner un sens à sa vie en rachetant notamment des affaires en difficulté qu’il restructurait avant de les revendre (fabricant de couronnes mortuaires, parfumeur, marchand de charbon, gérant d’une affaire de papier en gros). En 1959, il racheta le garage Berliet de Moulins-Avermes et devint vite le concessionnaire Mercédès Poids-lourds de tout le département.Hector Rolland adhéra à l’UNR (Union pour la Nouvelle République) au début des années 60 et en devint le secrétaire départemental en 1962. Il se présenta pour la première fois à une élection législative en 1967 dans la circonscription de Montluçon face au député-maire de la ville, le socialiste Jean Nègre. Battu, il réussit néanmoins à se faire connaître et à faire progresser dans le Montluçonais l’électorat gaulliste. 1968, marqua le tournant de sa vie. Face à la « chienlit », Hector Rolland tempêtant contre la paralysie du pays, décida d’imprimer vingt mille tracts et de les distribuer dans Moulins (dont plusieurs milliers furent lancés depuis un avion). Quelques jours plus tard, 2 500 personnes se rassemblèrent sur les Cours, juste devant la Préfecture, pour manifester leur soutien au gouvernement, au Général et leur ras-le-bol face aux grèves et face à l’agitation. Fort de ce succès populaire, Hector Rolland fut tout naturellement candidat gaulliste aux élections législatives de juin. Il bat au second tour, le député communiste sortant, Jean Billaud, cultivateur à Mercy, encore peu connu car appelé à la députation quelques mois plus tôt en remplacement de Jean Guyot. Il n’empêche car la campagne de Rolland fut en tous points énergiques, à l’image du personnage. Réélu en 1973 et en 1978, Hector Rolland fut en revanche balayé en juin 1981 par la vague rose qui suivit l’élection de François Mitterand. Le candidat socialiste Jean-Paul Desgranges le devançant même dans la plupart des bureaux de vote de Moulins. Hector Rolland revint à l’Assemblée nationale entre 1986 et 1988 à la faveur de la représentation proportionnelle. Membre du groupe de l’UNR, puis à partir de 1977, du RPR, Hector Rolland se définissait comme un « godillot indiscipliné », détestant le parisianisme et les technocrates. Il lança un jour de 1976, du haut de la tribune de l’Assemblée nationale, la fameuse formule humoristique du « combat des Horaces contre les Coriaces » qui déchaîna l’hilarité des Parlementaires persuadés qu’elle n’était que le reflet de son inculture. Un brin populiste, surnommé « Spartacus » par les journalistes politiques, défendant souvent des positions conservatrices (notamment sur l’IVG), ayant le verbe haut, usant de formules à l’emporte-pièce, Hector Rolland possédait, comme tous les autodidactes, un goût profond pour la culture et fut un lecteur assidu, notamment d’œuvres poétiques. Pressenti en 1974 pour un possible portefeuille ministériel, il fut finalement écarté par Jacques Chirac lors de la constitution de son premier gouvernement. Assurant qu’il avait pourtant obtenu la promesse d’intégrer la future équipe ministérielle, Hector Rolland conserva toute sa vie de l’amertume vis-à-vis de Jacques Chirac et ne mâcha pas ses mots, au soir de sa vie, dans son ouvrage testament, Souvenirs dérangeants d’un godillot indiscipliné (1990). Pour le consoler de cette disgrâce, Jacques Chirac le nomma néanmoins à l’automne à la Présidence du Comité des Usagers ayant pour objectif de réformer les relations entre l’administration et les citoyens. Candidat aux élections municipales de Moulins en mars 1971, la liste d’Hector Rolland l’emporta au premier tour face à une liste socialiste et une liste communiste. Réélu en 1977 et en 1983, Hector Rolland essaya de moderniser l’image de sa ville en développant les équipements sportifs. Il fit construire un Palais des Sports et une piscine d’hiver, tant et si bien qu’en 1978, Moulins obtint le titre de « Ville la plus sportive de France ». En 1987, il porta à bout de bras l’organisation des championnats du monde de Pentathlon moderne à Moulins. Décidé à passer la main au bout de son troisième mandat, il demanda, en 1989, à son premier adjoint, l’industriel Paul Chauvat, de conduire la liste de la majorité sortante. Hector Rolland fut également conseiller général du canton de Moulins-sud de 1970 à 1982, conseiller régional d’Auvergne et député européen en 1983-1984.Hector Rolland nous quitta le 7 mars 1995.
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S. HUG

samedi 25 décembre 2010

Les deux Pères Noël de Saint-Prix (extrait d'une nouvelle inédite de Georges Romaillat)

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Grâce à l'aimable concours de Claire Rodriguez, petite-fille de Georges Romaillat, voici un extrait d'une nouvelle inédite intitulée "Le Père Noël" dans laquelle l'écrivain lapalissois nous livre quelques souvenirs de ses Noëls d'enfance.
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A l’époque de Noël, les écoliers du bourg, de l’école libre ou de l’école laïque, se posaient invariablement les mêmes questions. Les grands pensaient que le Père Noël n’existait pas et que c’était une invention des parents. Cependant, ils n’étaient pas absolument certains : on ne sait jamais ! Aussi mettaient-ils leurs sabots devant l’âtre, et plutôt deux paires qu’une seule. Les plus jeunes, les fesses serrées, se tenaient sages pendant la semaine précédent l’évènement. Pour éliminer certains doutes, ils auraient bien voulu voir le Vieux Barbu, mais il passait toujours à minuit, à l’heure du grand sommeil.
Tous les gens du bourg possédaient une cheminée digne de ce nom, plus ou moins vaste suivant les maisons et permettant au VIEIL HOMME de parvenir jusqu’à l’intérieur des foyers. Chez nous, à mon avis, il y avait problème. Non seulement les boisseaux étaient étroits, environ trente centimes de côté, mais sur le toit même, l’ensemble se terminait par une sorte de faîtière en terre cuite arrondie en forme de goulot, laissant un passage réduit.
Je voyais mal le Père Noël s’introduire chez nous par ce chemin. Un contorsionniste du cirque AMAR n’y serait sans doute pas parvenu. Alors, que dire de que ce pauvre vieux, engoncé dans sa pelisse et chargé comme un mulet, de surcroît !
Je décidai d’en parler à mon père. J’avoue qu’il fut surpris… Surpris au point de s’en entretenir avec ma mère, et c’est elle qui trouva une solution susceptible de mettre fin à mes inquiétudes.
Au lieu d’emprunter le conduit de cheminée, comme chez les autres, il viendrait tout bonnement par le grenier, puisque tous les fenestrons étaient hors d’usage.
Cartésien jusqu’au bout, je fis remarquer que l’escalier était à la limite de l’effondrement avec sa marche à bascule, la dixième, pas de lumière par-dessus le marché. Il avait toutes les chances de se casser la figure en faisant un boucan de tous les diables. Après un tel accident, on aurait bonne mine, vis-à-vis des voisins…
Encore une fois, ils réfléchirent.
La solution était simple. Aussi simple que celle de l’œuf de Christophe Colomb, mais encore fallait-il y penser. Cette nuit-là, on ne fermerait pas la porte d’entrée à clé. Il lui suffirait de tourner la poignée pour entrer chez nous. Mes sabots étaient là à deux mètres, devant la cuisinière.
Il est bon de préciser qu’en plus du personnage mythique du Père Noël circulant sur les toits avec sa hotte au dos cette nuit-là, sur le coup de minuit, il en existait un autre… Bien réel celui-ci, vêtu comme l’Envoyé du ciel d’une immense houppelande rouge à parements blancs. La tête enfouie dans un capuchon, barbe de neige frémissant au vent et porteur d’une hotte lui aussi.
Il est au service de Madame RATARD, une riche veuve de diplomate, d’origine américaine, dont la générosité est connue de tout le monde. Sans prononcer un seul mot, consigne oblige, il frappe à chaque porte et remet à chacun le cadeau qui lui est destiné. Sûr qu’on le reconnaît, c’est FRANCIS, le chauffeur de la Dame. Il a un tic bien à lui. Toutes les deux minutes, il se racle la gorge bruyamment, impossible de se tromper. On le suit pas à pas. Il demeure imperturbablement muet. Sa tournée achevée, il va rendre compte de sa mission. Dix minutes plus tard, habillé comme tout le monde, il va taper la belote au bistrot, comme si de rien n’était.
Pour les filles, des nécessaires de couture suivant l’âge. Pour les garçons, des trousses d’écolier ou des crayons de couleur. A tous, une médaille pieuse représentant Notre-Dame de Beaulieu.
Deux ans plus tard, je crois me souvenir, mon père s’arma de courage pour éclairer enfin ma lanterne. Sur ce plan, je manquais vraiment de précocité. Il usa de mots simples, trop simples peut-être. En tout cas, brutalement dépourvus de la poésie de l’enfance.
Un homme avait parlé à son petit garçon comme à un homme, c’était la première fois. Brutalement, mes illusions tombèrent et mon cartésianisme vola en éclats. En un instant, j’avais changé de monde. Dois-je l’avouer : je l’aimais bien le Père Noël !

Georges Romaillat – janvier 2001
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mardi 7 décembre 2010

Une vieille proto-industrie lapalissoise

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Tout au long du XIXe siècle, La Palisse fut renommée pour ses fabriques de chaussures qui se concentraient place du Moulin (puis place de l'Industrie). L'histoire de cette proto-industrie (comprenez l'âge - XVIIIe-XIXe siècles - durant lequel l'atelier commença à se dégager lentement de l'artisanat en adoptant des méthodes plus productives) est difficile à raconter faute d'une masse de documents suffisante. De toutes ces "micro-fabriques" (pas plus de quatre ou cinq au demeurant), la fabrique LIGIER fut la dernière puisqu'elle fonctionna jusqu'à la veille de la Grande Guerre.
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La façade de la boutique Ligier au début du XXe siècle
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De nous jours, rien ne rappelle plus cette activité mise à part, à l'arrière de l'ancienne boutique Ligier, un édicule en saillie portant des baies "industrielles" destinées à laisser entrer la lumière du jour.
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Un vestige de la Fabrique Ligier (ruelle Billaudit)

S. HUG

HUGSTEPHANE@aol.com

jeudi 2 décembre 2010

Pour un nouveau modèle territorial

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L'esprit des Think Tanks, ces "réservoirs d'idées" extrêmement réactifs qui vivent et se développent à partir de plate-formes numériques, est en train de chahuter la politique de papa. A l'heure où la société a parfaitement intégré le fait que le numérique offre une grande capacité de réaction, il est devenu primordial d'inventer des modèles capables de s'adapter en permanence aux réalités sociales, économiques et territoriales. Voici la version 2 du projet territorial que vous avais proposé en février dernier.
La triple enquête d'opinion mise en ligne dernièrement par le site PALICIA a montré que les internautes du Pays de Lapalisse ont un sentiment d'appartenance extrêmement fragile par rapport à cette entité qu'ils perçoivent plutôt, et à juste titre, comme une construction historique. Néanmoins, il apparaît, au regard des réponses à la troisième question, qu'il reste un long chemin à parcourir afin que chacun se sentent à sa place dans cette maison commune. Au-delà des choix politiques à corriger, l'apprentissage de la territorialité doit tout d'abord passer par une vaste entreprise de communication. Fédérer les énergies et connaître son pays sont les deux préalables à une bonne communication.

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Le modèle de territoire présenté en février dernier repose sur l'emboîtement de trois échelles géographiques : le Pays, la ville et l'artère principale.

Réinventer la promotion du Pays



· La mise en sommeil de l'UGCAL et les problèmes liés à l'organisation du Troisième Embouteillage de Lapalisse ont montré qu'il est plus que temps de repenser le sens de l'engagement envers la collectivité. En février, j'avais avancé l'idée de réactiver le Comité des Fêtes lapalissois, mis en sommeil en 2007, en créant un forum associatif local. Chaque conseiller municipal non doté d’une délégation pourrait ainsi se voir proposer de signer une Charte d’engagement civique lui permettant, contre une indemnité, de s’engager au service de la vie festive lapalissoise. Ces conseillers deviendraient de la sorte les pivots d’un Comité des Fêtes d’une nouvelle génération qui, après révision de ses statuts, se verrait confier la gestion et le développement du forum associatif local. Toutes les associations locales pourraient librement adhérer à ce forum. Les adhérents, s’engageant bénévolement dans la préparation et l’organisation d’événements lapalissois, capitaliseraient au nom de leur association un crédit-temps qui, lors du montage financier d’un projet précis, serait converti en une subvention supplémentaire accordée par la municipalité. L’unité de crédit-temps serait néanmoins dotée d’un coefficient inversement proportionnel au poids numérique de l’association afin de ne pas pénaliser les petites structures associatives. Une fois testé, ce concept de Forum associatif local pourrait être élargi à l'échelle de la communauté de communes afin de faire vivre trois grands rendez-vous : l'Embouteillage de Lapalisse, une biennale de printemps et une fête d'automne. Alors que cette Fête d'automne serait annuelle, il serait budgétairement plus stratégique de créer une alternance, chaque printemps, entre les Embouteillages et les Biennales de Printemps (ancienne Fête de Printemps). En effet, pour renforcer l'impact promotionnel des Embouteillages de Lapalisse, il est impératif de programmer cet événement, non plus à l'automne, mais à la fin du printemps afin d'en faire un produit d'appel efficace pour le Pays de Lapalisse, en d'autres termes, un véritable tremplin pour la saison estivale. Si les Embouteillages sont inscrits dans le cadre lapalissois, les Biennales de printemps et les Fêtes d'automne doivent être en revanche pensées à l'échelle de tout le Pays de Lapalisse à l'image du Festival Gourmand du Saint-Pourcinois .

· Créer une publication biannuelle gratuite consacrée au patrimoine, à l’histoire et à l’action culturelle en Pays lapalissois sur le modèle de la remarquable Gazette des Monts de la Madeleine. En effet, une véritable dynamique de territoire ne pourra être créée qu’à la seule condition que tous les habitants du Pays se sentent investis d’un héritage historique commun. La première livraison annuelle serait lancée (y compris hors du Pays de Lapalisse) à l'occasion des Embouteillages et des biennales de Printemps et raconterait notre Pays au travers de ses produits phares et de ceux qui les font vivre. (ci-dessus : à l'image de ce qui se fait en Champagne, il faut communiquer autour de la personnalité des producteurs locaux). La seconde livraison annuelle prendrait place à l'occasion de la Fête d'automne et serait plus axée sur le partage d'un patrimoine commun.



· Créer un Pack ruralia, c’est-à-dire un passeport regroupant l’ensemble des offres touristiques liées à la ruralité du Pays de Lapalisse et permettant d’accroître la lisibilité de notre territoire au travers de plusieurs formules. La formule la plus complète serait basée sur la mise à disposition des touristes de coach de Pays les guidant à travers les campagnes du Lapalissois et les accompagnant dans leur rencontre avec les acteurs de notre ruralité. Il est également nécessaire d'étendre la gamme de nos offres en créant des pass "journée thématique" alliant visites et déjeuner. (ci-dessus : exemple de circuit clé en mains mis) Un circuit pourrait ainsi être organisé autour du thème des différents styles romans qui voisinent dans notre Pays (Bert, Droiturier, Le Breuil), un second circuit pourrait retracer un siècle d'agriculture, un autre serait structuré autour du thème de l'agriculture biologique, sans oublier la thématique de l'artisanat d'art... La mise en place de packs ruralia et de pass thématiques soulève une question, éludée pour l'heure dans le Pays de Lapalisse, celle de la formation des acteurs du tourisme local : un vaste chantier en perspective.




Une ruralité à parcourir
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Promouvoir notre ville




Le travail sur l’image de notre ville est sans doute le plus difficile à mener car, dans l’esprit collectif, cette notion est intimement liée à l’idée du déclin de Lapalisse matérialisée par la fermeture de nombreux commerces. Cependant, rien ne prouve qu’une hypothétique expansion économique se traduirait obligatoirement par une reconquête des cellules commerciales abandonnées. L’enjeu est donc dans un premier temps de parvenir à rénover l’image projetée de notre ville. Cette entreprise de longue haleine passe tout d’abord par la remasterisation du site internet communal qui, malgré sa rénovation en juillet dernier est bien en deçà des attentes. Il est désormais impératif de le rendre plus dynamique, plus vendeur, en y intégrant des animations flash et des bannières interactives. Le prochain site communal devra également être pensé comme un véritable hub, c’est-à-dire une plate-forme de réflexion fonctionnant sur le principe d’un réseau social mettant en relation l’ensemble des entrepreneurs et des porteurs de projets qu’ils soient installés dans le Pays ou expatriés. Un tel hub doit être géré par un webmaster-modérateur dédié.





Une ville plus visible


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Une artère à repenser



La dernière échelle de réflexion intégrée à ce modèle territorial est celle de la principale artère lapalissoise, à savoir l’ancienne Nationale 7 dans sa traversée de la ville. Les travaux de réhabilitation qui sont planifiés jusqu’au printemps de cette année, ne suffiront pas à redynamiser cette artère : il faut véritablement la replacer au cœur de l’image du Pays de Lapalisse en en faisant un lieu central. Beaucoup d’internautes se sont émus de l’état de décrépitude de l’entrée sud de la ville (la route de Roanne). Il est temps qu’une réflexion municipale et communautaire s’engage sur cette micro-portion de l’ancienne Route bleue en projetant le paysagement sur la droite de la chaussée de l’emprise de l’ancienne station service. Cet espace, ainsi que la totalité de la traversée de Lapalisse, pourraient être valorisés par l’installation d’œuvres nées d’un partenariat avec le Musée de l’Art en marche (Art brut) et financées par la création de micro-bourses artistiques (2 000 à 5 000 euros) packagées à la fois par la commune, la Communauté de communes et l’intervention d’un mécénat d’entreprises. Le thème général serait celui l’histoire de la Route bleue et des migrations estivales afin d’inscrire dans l’espace urbain l’importance de cet héritage routier. L’objectif final serait de créer, tout le long de la traversée de Lapalisse, la première galerie d’art rubanée de France, dont la muséographie emmènerait le visiteur jusqu’au cœur de la vie lapalissoise. Notons au sujet du financement de ce concept que plusieurs fondations soutenant la promotion de l’art contemporain peuvent être sensibilisées sur ce thème de la galerie rubanée.
Reste enfin à donner un sens à cet emboîtement d’échelles géographiques en installant dans une des cellules commerciales réhabilitées au pied du château, place du Moulin, un Comptoir de Pays, lieu de promotion animé par une scénographie à caractère historique qui entraînerait le visiteur dans le passé de Lapalisse et de son pays. Ainsi, dans une échoppe reconstituée, un ou deux intervenants maîtrisant les arts de la scène, feraient revivre au cours d’une représentation de quelques dizaines de minutes l’environnement social, architectural, sonore et olfactif des rues et des places lapalissoises d’avant 1914. La dimension gustative ne serait pas oubliée en intégrant dans le scénario, la mise en scène et la dégustation de produits du terroir (commercialisés à l’intérieur même du Comptoir de Pays ou dans son périmètre immédiat).

Une artère à réinventer




S. HUG




Analyse conceptuelle protégée par un copyright

mardi 30 novembre 2010

Ils travaillaient la Besbre

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Par le passé, la Besbre fut bien plus qu'une simple rivière, elle formait un monde à part que ses riverains avaient appris, au fil des générations, à se partager et à exploiter. Retour sur une époque, pas si éloignée de la nôtre, où la rivière foisonnait encore de vie.


La Besbre était tout d'abord travaillée par les paysans qui y entretenaient le long de ses berges des "boires" (des bras morts et des zones humides périphériques servant à abreuver le cheptel) ainsi qu'un vaste lacis d'espaces de parcours (photos 1 et 2). Parmi les pratiques oubliées de l'ancienne agriculture, toujours à la recherche du moindre engrais, figurait, en certains lieux, le curage des limons de la Besbre qui fertilisaient les champs voisins (photo 3).




A côté des formes traditionnelles de l'exploitation de la Besbre, se développèrent, dans la seconde moitié du XIXe siècle, des activités relevant de ce que l'on considérait à l'époque comme l'industrie. En haut, le moulin du Châtelard (Saint-Prix), en bas, l'extraction des sables de la Besbre à Trézelles.


Enfin, à Lapalisse, des activités répondant plus aux attentes du marché local prenaient place le long de la Besbre. Citons, par exemple, les blanchisseuses de l'Ile Saint-Jean (photo du bas) ou bien encore la famille Vérot qui, en plus de son magasin de vins situé au faubourg, commercialisa jusqu'au début des années 1960 des poissons de rivière très prisés dans cette France où le maigre du vendredi et du Carême était encore particulièrement suivi.
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S. HUG

HUGSTEPHANE@aol.com

samedi 27 novembre 2010

Antonin Régerat : une ligne de vie à travers le XXe siècle lapalissois

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L’homme en son temps, tel est le dessein premier de l’Histoire. Suivre pas à pas le cheminement d’un individu à travers son époque, voilà le sage pèlerinage que nous offre l’écriture historique. Observer comment cet individu réagit et s’adapte face à la modernité ou de quelle manière il s’accroche à certaines pesanteurs du passé, comment il parvient également à tisser son propre réseau de relations et à dessiner les contours de ses lieux de sociabilités, voici autant d’objets qui constituent les bases d’une histoire sociale raisonnée.
Grâce au travail mémoriel de Michel Parillaud, nous pouvons suivre son grand-père, Antonin Régerat, tout au long du XXe siècle lapalissois.


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Antonin Régerat naquit en 1903 à Arfeuilles où ses parents tenaient une épicerie. Durant sa prime enfance, son oncle, Marcel et son père, Auguste, quittèrent le bourg montagnard et s'installèrent à Lapalisse. Alors que le premier y ouvrit, rue Nationale, un commerce de quincaillerie, le second devint quant à lui régisseur de l'usiine à gaz de la ville.

La famille Régerat rassemblée autour du père, Auguste, partant à la Grande Guerre. Antonin est assis à droite, son frère Léon (1909-1979) est quant à lui assis à gauche. Léon Régerat fut successivement instituteur à Andelaroche, au Breuil puis à Cusset. Les deux frères resteront très proches l'un de l'autre durant toute leur vie.



Le magasin de Marcel Régerat, oncle d'Antonin, au début des années 1920


Antonin entra dans le monde du travail à l’âge de 14 ans en intégrant le petit atelier de maroquinerie que venait d’ouvrir Gilbert Barthelot, rue Nationale. A cette époque, cet entrepreneur, appelé par la suite à une connaître une belle réussite industrielle, produisait principalement des ceinturons, des cartouchières et des baudriers pour l’armée. Dès lors, le destin d’Antonin fut intimement lié à celui de Gilbert Barthelot qui en fit, quelques années plus tard, l’un de ses plus fidèles contremaîtres.

Puis, vint le temps du service militaire, réalisé au 2e Bataillon de Chasseurs à pied de Neuf-Brisach en 1925-1926.Quelques mois après son retour, Antonin épousa Marie-Louise Grenier, une jeune fille de Montcombroux-les-Mines. De cette union, naquit, en 1933, Catherine, seul enfant du couple.


















En haut, à gauche, Antonin au début des années 1920, à droite, photo de régiment, en bas, photo de mariage et la famille Régerat en 1943 avec Catherine Ginette.

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Mobilisé en 1939, Antonin connut le tourbillon de la débâcle qui fit échouer une partie de son unité à Bordeaux. Ci-dessous : souvenir de la Campagne de France en mai 1940, un bombardier allemand Heinkel 111 abattu par la chasse française (photo conservée dans l'album d'Antonin Régerat).

Durant l’Occupation, la question du ravitaillement conditionna une bonne partie du temps familial. Ce fut tout naturellement à la ferme des Terriers, à Montcombroux, auprès des parents de Marie-Louise, qu’Antonin venait cherchait lait, beurre, œufs, poules et lapins. De cette époque de tourments, Antonin Régerat conserva une profonde admiration pour l’homme du 18 juin. Toute sa vie durant, il demeura un fervent gaulliste, sans pour autant faire le choix d’adhérer au MRP ou participer à la vie politique locale. Homme de droite, Antonin était cependant relativement distant par rapport à la foi catholique, n’assistant qu’aux grandes messes de l’année liturgiques alors que son épouse était, quant à elle, très pratiquante.
Michel Parillaud se souvient encore des moindres recoins de la maison du 100 avenue Roosevelt où résidaient ses grands-parents : «La maison possédait une petite cour bétonnée à l’entrée avec un tilleul et un lavoir, sur la droite, une remise où se trouvait les vélos, à droite également une entrée directe vers la cave qui était surtout utilisée pour les livraisons de charbon. Après trois ou quatre marches, on rentrait dans un couloir avec, à droite, la cuisine où

l’on trouvait un poêle à charbon, un frigo, une radio un évier, une table et quatre chaises jaunes. A gauche, le salon salle à manger avec une grande table en bois et un buffet, et de chaque côté du buffet, un fauteuil, un pour mon grand-père où il effectuait ses répétitions de clarinette et l’autre, pour ma grand-mère. En face, contre le mur, une télévision posée sur une table à roulettes. Tous les soirs, mon grand-père déplaçait la télévision dans le couloir et nous la regardions depuis la cuisine où nous dînions. Au fond du couloir, un poêle à mazout et de chaque côté une chambre, à gauche, celle de mes grands-parents, et à droite, la mienne. Pas de salle de bain, juste un WC, on se lavait dans la cuisine dans une bassine. A l’étage, il y avait deux pièces, dont l’une était une chambre occupée, à partir de 1964-1965, par mon arrière-grand-mère, Fanny Grenier. Il me semble qu’elle écoutait la messe tous les dimanches à la radio.
Derrière la maison un petit jardin avec un clapier à lapin, de ce jardin on pouvait entrer dans la cave où était entreposé le charbon, et je me souviens de grands pots de confiture de coings que fabriquait ma grand-mère. »

Antonin Régerat était en effet un jardinier passionné et entretenait d’ailleurs deux jardins. Le premier, à un jet de noyau de cerise de sa maison, juste devant la « Petite-gare», le second, à l’arrière de l’usine Barthelot. Alors que le jardin de la « Petite-Gare » était surtout planté d’arbustes fruitiers et de fraisiers, le jardin « Barthelot » était un véritable potager où poussaient les légumes favoris des années cinquante et soixante (pomme de terre, haricots, radis, petits pois, asperges, salades, carottes …)
Au temps de Marie-Louise Régerat, dominé par les tâches ménagères et rythmé par le marché du jeudi et la messe dominicale, s’opposait le temps d’Antonin, cadencé par les horaires de l’usine Barthelot et jalonné par les répétitions et les concerts de l’Union Musicale au sein de laquelle il fut clarinettiste pendant près de cinquante ans.

La grande passion d’Antonin fut en effet la musique. Comme tout mélomane averti, Antonin possédait d’ailleurs quelques 33 tours et ne manquait aucune retransmission télévisée du concert du Nouvel An donné à Vienne.











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En haut à gauche, Antonin et un groupe d'amis de l'Union Musicale dans les années 20, à droite, Antonin et son petit-fils Michel, dans les années 50, avenue Roosevelt à Lapalisse. Ci-contre, Antonin Régerat dans l'atelier des valises de l'usine Barthelot.

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En 1967, à quelques mois d’intervalle, Marie-Louise et Fanny Grenier quittèrent ce monde. Antonin vécut dans sa maison de l’avenue Roosevelt jusqu’en 1980, année durant laquelle, affaibli, il rejoignit sa fille, Catherine Ginette, à Clermont-Ferrand où il vécut les neuf dernières années de sa vie.

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Remerciements à Michel Parillaud et à Madame Micheline Carré, fille de Léon Régerat.

S. HUG

HUGSTEPHANE@aol.com

samedi 20 novembre 2010

Sur le front de la recherche universitaire

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Dernièrement, Antonin Forlen, lecteur de PALICIA, a brillamment soutenu devant la Faculté de droit de Strasbourg, un travail de recherche intitulé "L'ordre public au XVIIIe siècle: la lecture d'un praticien, Edme de la Poix de Fréminville", preuve que de multiples facettes du travail du jurisconsulte lapalissois restent encore à explorer.



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vendredi 19 novembre 2010

COLLECTION VISAGES DU BOURBONNAIS - Achille Allier : l'inventeur du romantisme provincial


Né le 2 juillet 1807, rue Notre-dame à Montluçon. Sa famille appartenait à la petite bourgeoisie de la ville, (son père était marchand-épicier, sa mère, issue d’une famille de notaires de Montmarault, son oncle fut général et baron d’Empire). Après avoir fréquenté le lycée de Montluçon, il monta à Paris finir ses études secondaires au Lycée Louis-le-Grand. Sa famille l’orienta ensuite vers des études de Droit car on rêvait d’en faire un notaire. Il passa sa licence à la Sorbonne (1826-1829) mais ne put obtenir l’étude notariale qu’il convoitait. Passionné de littérature, de poésie romantique (il est admirateur de Chateaubriand et de Lord Byron) et par la sauvegarde du patrimoine, Achille Allier peut être considéré comme l’un des fondateurs du romantisme provincial. En avril 1831, Achille Allier devint rédacteur en chef de L’Album de l’Allier, journal littéraire, des sciences, des Arts et de l’Industrie. Le 5 septembre 1831, il épousa Evelina Deshays et s’installa à Bourbon-l’Archambault. La même année il publia ses Esquisses bourbonnaises. Sa rencontre avec Claude-Henri DUFOUR, un élève de l’école du peintre David, fut à l’origine de L’Ancien Bourbonnais, livre album consacré à l’histoire et aux richesses de notre province. Le 20 juillet 1832, avec l’aide du Duc d’Aumale, il réussit à empêcher la vente aux enchères des ruines du château de Bourbon-l’Archambault ce qui aurait livré cet édifice à la pioche du démolisseur.L’imprimeur moulinois Pierre-Antoine Desrosiers se chargea en 1833 de l’impression de L’Ancien Bourbonnais, tiré dans un premier temps à mille exemplaires, formé de deux tomes in-folio et doté d’un atlas de cent vingt cinq pages grand in-folio. Achille Allier fut soutenu dans cette entreprise par Victor Hugo et par la famille d’Orléans. En 1835, Achille Allier lança avec l’imprimeur Desrosiers la revue L’art en province.Exténué par ces travaux et ses incessants voyages à Paris, Achille Allier succomba brutalement à Bourbon-l’Archambault, le matin de Pâques 1836. Adolphe Michel, professeur au Lycée de Moulins termina L’Ancien Bourbonnais qui fut finalement tiré à 2 000 exemplaires entre 1833 et 1837.L’œuvre d’Achille Allier tombée dans l’oubli hors de notre province est en revanche ici considérée comme fondatrice et influença profondément l’historiographie bourbonnaise. Ce romantique est le grand refondateur de notre province. Depuis 1991, chaque année, le Conseil général de l’Allier décerne un Prix Achille Allier récompensant les défenseurs et les promoteurs de la culture bourbonnaise.
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S. HUG

mercredi 20 octobre 2010

COLLECTION VISAGES DU BOURBONNAIS - Gabriel Péronnet : l'élégance dans l'engagement politique

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PALICIA lance, à l'occasion de ce portrait de Gabriel Péronnet, la Collection VISAGES DU BOURBONNAIS, une série consacrée aux hommes et aux femmes qui ont marqué de leur empreinte notre province.
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Né au Vernet, près de Vichy, le 31 octobre 1919, dans l’école communale où son père était instituteur, Gabriel Péronnet fit toutes ses études au Collège de Cusset, puis à l’Ecole vétérinaire de Lyon, d’où il sortit major de promo en 1943 . Après un passage dans l’Armée (il demeura d'ailleurs Lieutenant-colonel vétérinaire de Réserve), Gabriel Péronnet se maria en 1945 et ouvrit un cabinet à Cusset. Il entra dans la vie politique en 1952 en se faisant élire conseiller général du Canton de Cusset, sous l’étiquette d’Indépendant de Gauche, lors d’une élection partielle suite au décès de Georges Roux, maire de Cusset et conseiller général. Gabriel Péronnet siégea au Conseil général jusqu’en 1979 et y fut réélu cinq fois consécutives (en 1979, il fut battu par le communiste René Bardet, futur maire de Cusset). Durant cet engagement départemental, Gabriel Péronnet fut, pendant de longues années, Président de l’Office départemental d’HLM et administrateur de l’Office départemental du Tourisme et du thermalisme.
Proche du Parti radical socialiste dès 1939, Gabriel Péronnet retourna vite au sein de cette formation politique après avoir, nous l’avons dit, porté un temps les couleurs des Indépendants de gauche. En 1958, il fut élu président du Comité radical de Vichy, puis, Président de la Fédération de l’Allier en 1962, prit la tête de la Fédération d’Auvergne en 1971 . Il devint secrétaire général du Parti radical en décembre 1973 et, enfin, Président national en décembre 1975, prenant ainsi la suite de Jean-Jacques Servan-Schreiber. Il assura la direction des Radicaux de gauche pendant deux années, puis devint leur Président d’honneur.
Gabriel Péronnet se présenta pour la première fois à des élections législatives en novembre 1958, dans la 4ème circonscription de l’Allier, mais fut battu lors d’une triangulaire au deuxième tour par le député sortant (candidat des Indépendants et Paysans), Pierre Coulon, maire de Vichy, alors que le candidat communiste avait choisi de se maintenir. En novembre 1962, bénéficiant cette fois-ci du report des voix communistes, il triompha de Pierre Coulon et devint député de la circonscription de Vichy, abandonna la médecine vétérinaire pour ne plus se consacrer qu’à la vie politique. Gabriel Péronnet fut réélu député en 1967, en 1968 (avec les voix de gauche, sous l’étiquette FGDS – Fédération de la Gauche Démocrate Socialiste), en 1973 (avec le soutien du mouvement des Réformateurs), en 1976 (lors d’une élection partielle) et, enfin en 1979 avec l’appui de l’UDF. Il siégea pendant de longues années à la commission des Affaires étrangères. Aux élections législatives de juin 1981, Gabriel Péronnet fut battu par le jeune candidat socialiste Jean-Michel Belorgey . Un mois plus tard, il devenait membre honoraire du Parlement par décision du bureau de l’Assemblée nationale.


Gabriel Péronnet lors d'une cérémonie de remise de médailles du travail aux Etablissements Barthelot à Lapalisse au début des années 1970. De gauche à droite : François Grèze, maire de Lapalisse, Gabriel Péronnet, Antonin Régerat, M. Gravière, M. Buissonière et François Rimoux, PDG des Ets Barthelot (cliché aimablement communiqué par Michel Parillaud).

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Gabriel Péronnet tenta par ailleurs une seule fois de conquérir la mairie de Vichy, lors des élections municipales de mars 1971, mais il fut largement battu par l’équipe sortante du Docteur Lacarin.
L’année 1974, marqua un tournant dans la carrière politique de Gabriel Péronnet. Après avoir soutenu la candidature de Valéry Giscard d’Estaing, le député de l’Allier entra le 8 juin 1974 dans le 1er gouvernement de Jacques Chirac en tant que secrétaire d’Etat chargé de l’Environnement, puis, à partir du mois d’octobre, comme secrétaire d’Etat à la fonction publique. L’expérience ministérielle de Gabriel Péronnet prit fin en août 1976 avec la démission de Jacques Chirac.
Au niveau international, Gabriel Péronnet fut élu en juillet 1977 membre de la sous-commission de l’UNESCO par la commission de la culture et de l’éducation du Conseil de l’Europe, puis, en 1980, vice-président de la commission de la culture et de l’éducation au Conseil de l’Europe, nommé, en 1982, représentant permanent de la Fédération mondiale des villes jumelées auprès de l’UNESCO. Après son élection à la Présidence de la République, François Mitterand le nomma membre de la délégation française à l’Assemblée générale de l’ONU, puis il fut élu Président de l’Association Française des Nations Unies en 1983, année durant laquelle il quitta la vie politique. Lors de ses missions ministérielles ou parlementaires, puis dans le cadre de L’ONU, du Conseil de l’Europe ou de l’UNESCO, Gabriel Péronnet rencontra et travailla avec des grandes figures du Monde contemporain : Richard Nixon, Indira Gandhi, le Maréchal Tito, John Fitzgerald Kennedy ou Golda Meir.
Passionné par la chose publique, véritable élu de terrain (habitué des banquets, concours, fêtes de villages), Gabriel Péronnet (« Gaby » pour ses électeurs) était toujours vêtu avec élégance. En 1978, un chroniqueur en brossait le portrait suivant :
« Radical, Monsieur Péronnet ne l’est pas que par la pensée, il l’est par le geste, dans l’attitude comme dans sa personne. Jusqu’au bout des ongles. Jusqu’au bout de la moustache vigoureuse et bien lissée. Jusque dans le costume, sobre, impeccable et dans l’impulsion de sa voix, modulée et profonde, comme dans la phrase souple, rythmée qui coule avec clarté et facilité, qui rappelle les grands orateurs de la IIIe République. Petit veston, bien calé dans son fauteuil, attentif, il répond à nos questions. On dirait le président Herriot. »
Gabriel Péronnet nous quitta le 13 janvier 1991 des suites d’une longue maladie.

Gabriel Péronnet était Chevalier de la Légion d’Honneur, Officier de l’ordre national du Mérite, commandeur des Palmes académiques, chevalier du mérite agricole, du Mérite social, du Mérite militaire, du Mérite sportif.

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S. HUG

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samedi 16 octobre 2010

Le cahier du soldat Grenier

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Michel Parillaud, originaire de Lapalisse et installé sur l'Ile de la Réunion depuis une dizaine d'années, vient de me communiquer un document tout simplement exceptionnel. Il s'agit d'un cahier d'une centaine de page que son arrière-grand-père Auguste Grenier (1876-1928) a rédigé durant son passage sous les drapeaux. Ce document rarissime contenant plusieurs dizaines de chansons illustrées de dessins coloriés, va combler de bonheur les historiens de l'Armée française et les spécialistes de la Belle Epoque. Grâce à l'aide et à l'aimable autorisation de Michel Parillaud, nous vous présentons quelques unes des plus belles pages de ce cahier où se cotoyent grivoiserie, patriotisme et rêves érotiques des soldats de la Belle Epoque.

Jean-Marie (dit Auguste) Grenier est né à Lapalisse en 1876 dans une famille de cultivateurs. Entre novembre 1897 et septembre 1900, Auguste Grenier effectua son service militaire au 153e Régiment d'Infanterie basé à Toul. Revenu à la vie civile, il regagna Montcombroux-les-Mines où il sétait fixé vers 1895. En 1905, Auguste Grenier épousa Fanny Marais (1885-1967), originaire de Beaulieu (Saint-Prix). En 1910, le couple acheta le domaine des Terriers à Montcombroux où prit place, sur six hectares de prairie, un bel élevage de charolais. Membre du Syndicat agricole de Montcombroux, Auguste Grenier donna libre cours jusqu'à la fin de sa vie à sa passion pour la chasse.
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Auguste Grenier durant son service militaire

- Fany Marais au moment de son mariage avec Auguste Grenier
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Auguste Grenier à la fin de sa vie

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S. HUG


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jeudi 7 octobre 2010

La Besbre dans tous ses états

Par le passé les colères de la Besbre étaient redoutées par ses riverains. Voici quelques uns des épisodes les plus marquants de l'histoire.

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En 1662, le curé Souvignat notait : « Le dimanche 15 août 1662, crue extraordinaire de la Bêbre. Pendant la messe, l’étang de Rosières creva de toutes parts et le peuple fut contraint de demeurer à l’église jusqu’au soir. Il y eut de grands désordres à La Palisse. Dieu nous préserve du pire car il y a deux mois qu’il pleut tant que le peuple ne peut lever les foins, ni les avoines, ni les blés, ni labourer la terre. »


En 1707, le curé de La Palisse-Lubier consigna dans ses registres paroissiaux ce qui fut sans doute l’une des plus importantes crues de la Besbre. « Le trois octobre mil sept cent sept très jours de pluye continuelle, la rivière de Bèbre a tellement débordé que sur la minuit, elle est entrée dans la cure un pied d’hauteur ayant inondé la cour, le jardin et chevenière et est demeurée dans le mesme estat jusqu’à la nuit du quatre au cinq dudit mois qu’elle est augmentée d’environ deux doigts, la pluye ayant continué. Le cinq, elle commence a diminuer, mais si doucement qu’aujourd’huy, huitième, elle couvre encore presque toute la grande prairie ayant esté si haulte icy, ou elle est fort au large, on peut juger de sa hauteur à Lapalisse ou elle estoit encore beaucoup plus reserrée. En effet, elle a esté deux ou trois pieds plus haute qu’on ne l’ait jamais vue, ayant abattu les grands et petits ponts de pierre qui estoient des ouvrages beaux et bien faits, âbimé neuf grandes maisons, endommagé plus de vingt autres dont trois ou quatre sont irréparables. Les Logis de l’Ecu et des Trois Boyau et la grande maison des Moutons ont beaucoup souffert estant faicts des especes de précipices au devant et tous les panes emportés. La perte des particuliers tant de ceux dont les maisons ont esté abîmées qui ont tout perdu que de ceux dont les maisons sont endommagées et les murailles à demy tombées, qui ont perdu la plus grande partie de leurs meubles, va de plus de douze ou quinze mille livres sans parler des dommages des héritages jusque chez Berger, pour ce qui est des ponts et panes. Il faudra peut estre cent mille livres pour les reparer, ayant oui dire à des anciens qu’il avait esté bâti du tems de louis treze et avoit cousté quatre vingt mille livres, dans un tems ou les choses coustaient beaucoup moins que presantement. L’eau a esté jusque dans la cour de l’église des Dames relligieuses, un demy pied d’hauteur. Dieu console les affligés et toute cette paroisse. Fait le huit octobre mil sept cent sept. Rigollet curé.


En 1846, on lisait dans la Semaine de Cusset et de Vichy du 24 octobre : « La Besbre dont le cours orageux a déjà fait tant de mal, est arrivée furieuse sur Lapalisse après avoir brisé les écluses des divers moulins élevés sur les rives. En amont du pont, les faubouriens firent entendre des cris de désespoir. Retirés dans leurs greniers avec ce qu’ils avaient de plus précieux, ils ne durent leur salut qu’au zèle déployé par M. Desgayet, délégué de M. le Sous-Préfet en congé. »
En 1866, le Courrier de l’Allier du 29 septembre : «Dans la nuit du 24 au 25, la crue a dépassé de 50 cm celle du mois d’octobre 1846. Les eaux ont pénétré jusque dans les appartements du cercle. Le faubourg et presque tous les quartiers de l’hôpital ont été submergés à onze heures du soir. Une maison s’est écroulée sur la route du Breuil et une partie de la terrasse de la maison de M. Ducroux, qui saillit sur la Besbre, a été emportée par le courant, ainsi que les murs de clôture des jardins avoisinant la rivière. »


Fin janvier 1891, la fonte des neiges est particulièrement difficile cette année-là. Une crue emporta des passerelles et des écluses et la situation fut extrêmement critique au niveau du pont de Lapalisse où d’énormes blocs de glace, bloqués sous les arches, menaçaient la solidité de l’ouvrage. On parla même un instant de faire venir des soldats pour libérer le pont. Le 30 janvier, les blocs de glace finirent par fondre sous l’action du redoux.


Dans l’édition du Courrier de l’Allier du 2 avril 1902, on relève : « la Besbre a vu son niveau s’accroître considérablement à la suite des pluies torrentielles de la journée de dimanche et de la matinée de lundi. A Lapalisse, dans les quartiers bas, il y avait un mètre d’eau dans les maisons, sur la place de la République, les chevaux avaient de l’eau jusqu’au poitrail, on a eu mille difficultés pour ravitailler les inondés. Un habitant de la Prairie appelé Jarry, qui a refusé les secours qu’on lui portait, est actuellement prisonnier dans sa maison où l’eau atteint deux mètres de hauteur. C’est la première fois que la Besbre subit une crue aussi importante. Depuis cinq jours, la moitié de la ville est sous l’eau. Des caves sont inondées. Les eaux ont envahi l’usine à gaz et depuis trois jours, la ville est plongée dans la plus profonde obscurité. Il y a un mètre et demi d’eau dans le logement du directeur de l’usine, M. Ferracci. Bref, la vie normale est complètement arrêtée dans la partie basse de la ville. »


Hiver 54, alors que le gel terrible qui sévit cette année-là fait éclater plusieurs canalisations dans la ville, Raymond Bécaud, le « maire de la Libération », traverse la Besbre gelée avec sa jeep.


Fin décembre 1968, une semaine de précipitations soutenues finirent par faire sortir la Besbre de son lit. Le soir du 24 décembre, il y a un mètre d’eau dans le café Barnabé, rue du marché.


Plus proche de nous, la route menant de Lubillet au Moulin Marin, servant de cote d’alerte à beaucoup de Lapalissois, fut totalement coupée en mai 1985, en mars 1988, en juin 1990 et en juin 1998 par autant de crues de la Besbre.


S. HUG


jeudi 30 septembre 2010

Histoire de l'Union musicale de Lapalisse (troisième partie)

Ce fut au cours des années 1950-60 que l’Union Musicale connut son apogée sous la direction de Joseph Liard et sous les présidences de M. André Boufferet (1949-1954, marchand de bétail), de Marcel Laborbe (1954-1964, marchand de tissus) et surtout du quincaillier Louis Depeyre à partir de 1964. A cette époque l’harmonie comptait 45 sociétaires, l’ensemble symphonique 22 et la clique (tambours et clairons) 26. L'école de musique était alors encadrée par MM. Varenne et Périsse et par Mmes Doulcier et Dufour. L'Union Musicale brilla notamment lors des festivals de Vichy (1946), Bourges (1947), du Mayet-de-Montagne (1951), Beaulon (1955), Jaligny (1959), Belleville-sur-Saône (1961), La Pacaudière (1963) et Huriel (1964).

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L'Union Musicale en 1964

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La clique costumée lors du centenaire de la société en 1966. Lors de ce Centenaire, célébré au Stade municipal, un double récital de Michèle Torr et de Marcel Amont fut offert aux Lapalissois.
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En 1967, Joseph Liard décida de passer la main, remplacé successivement par Serge Mascré, M. Plateau puis, enfin, par Mlle Marcelle Vernezy. En 1970, arriva un nouveau directeur, le roannais Jean Bardon qui dirigea l’Union Musicale pendant plus de vingt ans. Les festivals de Saint-Pourçain (1973), Huriel (1974), Saint-Yorre (1979), Lapalisse (1981), Saint-Gérand-le-Puy (1983), Saint-Germain-des-Fossés (1985), Gannat (1986), Dompierre (1987) et Bourbon-Lancy (1990) jalonnèrent son passage à la tête de la société. En 1980, l’Union Musicale quitta la vieille chapelle de l’hospice pour s’installer dans une nouvelle salle de répétition aménagée rue Winston Churchill, suite à un don des époux Joseph. A cette époque, l'école de Musique est encadrée par Bernard Courbet et André Lustière.
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Un concert de Sainte-Cécile dans l'église de Lapalisse au début des années 1970.

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L'Union Musicale en 1986.
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Une photo qui résume les années 1980 : le président Louis Depeyre, le Chef Jean Bardon et Bernard Courbet, responsable de l'école de Musique.
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Un concert au kiosque du Jardin public dans les années 1980.

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Après avoir présidé l’Union Musicale pendant près de trente ans, Louis Depeyre passa la main en 1996 à M. Alain Bischoff, trop vite disparu, puis à M. Antoine Grenier (1997-2004), sociétaire depuis les années 60. Les années 2000 furent quant à elle marquée par l’arrivée d’une nouvelle génération aux affaires avec l’arrivée de Bruno Martin comme Directeur musical, Mmes Soitel et Martin à la tête de l'école de Musique et la coprésidence de M Jean-Marc Fournier et de Mme Pascale Charbonnel (2004-2007). En 2002, l’Union Musicale quitta ses locaux de la rue Winston-Churchill pour prendre possession d’une salle flambant neuve, avenue de la Gare, dans les murs de la Maison des Associations. Si l’Union Musicale doit de nos jours lutter avec énergie pour peréniser une formation qui ne compte désormais plus qu’une quarantaine de membres, l’Union Musicale, présidée depuis 2007 par Mme Pascal Charbonnel, continue à animer durant toute l’année la vie lapalissoise et celle des villages environnants.


L'Union Musicale de nos jours.
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Remerciements au bureau de L'Union Musicale pour son aide documentaire ainsi qu'à MM. Turland, Choubert et Parillaud.

S. HUG


HUGSTEPHANE@aol.com

jeudi 23 septembre 2010

Histoire de l'Union Musicale de Lapalisse (deuxième partie)

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Désorganisée par la Grande Guerre, l’Union Musicale repartit en 1919 sous un statut municipal.
Ce fut justement ce statut qui fut à l’origine d’une grave crise en 1926-1927. L’Union Musicale, alors sous la présidence de M. Roussel, marchand de Vins et de spiritueux, fut mise en sommeil pendant plusieurs mois. A cette époque, la municipalité d’Auguste Coche désirait en effet conserver un droit de regard sur les statuts de la société et donc sur ses activités. Devant la fronde des administrateurs de la société musicale, le Maire décida de fermer la salle de répétition, installée dans l’ancienne chapelle de l’hospice, et de geler les subventions municipales. L’industriel Gilbert Barthelot intervint alors, finança sur ses deniers la relance de la société et permit aux musiciens de répéter dans les ateliers de son usine. La nouvelle Union Musicale se distingua alors aux concours de Thiers (1932), Lapalisse (1934) et Montluçon (1935). Gilbert Barthelot devint Président de l’Union Musicale en 1932 et le demeura jusqu’en 1936, année durant laquelle la grève qui paralysa son usine durant les mois de juillet et d’août entraîna sa démission. Réorganisée à la hâte, autour d’un nouveau Président, l’entrepreneur en matériaux de construction Jean Depeyre, le chef roannais Girardon fut également écarté au profit du très charismatique Joseph Liard, clarinettiste lapalissois de grand talent.

L'Union Musicale en 1932. Au centre du premier rang, Gilbert Barthelot, Président de la société, à sa droite, Auguste Coche, maire de Lapalisse et le Chef Girardon. Dans son receuil de nouvelles La Grande Ecole, paru en 1981, Georges Romaillat se souvient de ce chef de musique :

"La Musique était une petite société à part. On y trouvait tous les âges, entre quatorze et quatre-vingts ans, ainsi que toutes les conditions sociales. Le Chef, M. Girardon, venait de Roanne chaque semaine par le train, pour diriger la répétition. C’était un ancien de la Garde Républicaine, un petit homme à cheveux blancs, strictement vêtu de boir, portant chapeau melon, extrêmement courtois, mais assez peu communicatif. Dans sa main droite, sa baguette planait sur la partition et sur les musiciens. Dès qu’il accédait à l’estrade, il était métamorphosé, sa main gauche entrant dans le jeu par toute une série de mouvements précis, violents, parfois impératifs, ou caressants. La bouche, les yeux participaient à cette symphonie du geste. Il avait composé dans sa jeunesse et, noblesse oblige, on jouait quelques-unes de ses œuvres. Je me souviens, mais bien mal d’une certaine « Torah », sorte de poème symphonique austère inspiration biblique, où la partition de clarinettes avait une place royale. Par contre, ce Monsieur sévère, avait écrit, entre autres choses, une charmante petite marche toute sautillante, avec un joyeux mouvement rempli d’humour. Il avait intitulé ce petit chef-d’œuvre « la Marche des Bonnes Vieilles ». Quand il était satisfait de la répétition, il nous l’octroyait en final, pour nous récompenser ! "

Dans la vie de l'Union Musicale, le dimanche de la Sainte-Cécile prenait autrefois des tournures épiques :
«Le dimanche suivant le 22 novembre, le programme était particulièrement soigné, et conçu pour la circonstance. A la grand’messe de onze heures, la Musique prenait place dans un transept, et l’assistance avait droit à un office quelque peu bruyant, avec notamment une sonnerie de clairon juste avant l’Elévation. Des âmes pieuses trouvaient à redire, les fracas des cuivres étant peu propice au recueillement ! Mais après le profane, il y avait la partie noble : on exécutait « Les Erinnyes » de Massenet, « La Symphonie inachevée » de Schubert et « La Pavane pour une Infante défunte » de Ravel. Après ces hauts moments, la vie courante reprenait ses droits dès la sortie de l’église. Cécile, patronne des musiciens, fut vierge et martyre. Comme on précise d’autre part qu’elle aurait été mariée au païen Valérien, la transition était facile. Pour l’honorer selon ses mérites, la grande fête païenne démarrait dans tous les cafés de la ville, où l’apéritif était à discrétion pour tout porteur d’un uniforme à écussons en forme de lyre. Le banquet, comme ceux de ce temps, était monumental, et les nouvelles recrues commentaient avec un certain effarement mêlé d’admiration, ces anciens qui se tenaient héroïquement à table, en doublant tous les plats, jusqu’à une heure avancée de la nuit. Après les desserts et les chansons grivoises, l’assistance perdait peu à peu ses effectifs. Un dernier carré résistait vaillamment, trébuchant entre les tables, piétinant les cartes à jouer, certains s’endormaient sous les bancs. Finalement, le combat cessait aux aurores, faute de combattants ! » (Georges Romaillat, ouv. cité).


Dans les années 1920-1930, l'Union Musicale avait monté une petite compagnie théâtrale qui jouait à l'occasion la comédie lors de concerts.

Un groupe de virtuoses dans les années 1920



L'Union Musicale en décembre 1944. Notez sur ce cliché la présence d'une partie de l'orchestre symphonique de Lapalisse qui exista entre 1936 et 1962. Au centre du premier rang, le Chef Joseph Liard, à l'extrême-droite, avec le chapeau noir, Madame Pophillat, responsable de l'école de Musique et Alphonse Bletterie (flûte traversière), grande figure lapalissoise, membre du comité de Libération de Lapalisse et conseiller municipal de 1945 à 1971.
(documents photographiques Michel Parillaud).

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A suivre...
S. HUG