jeudi 11 mars 2010

Chronique du haut de la palissade : le bal des vertugadins

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La lecture du dossier spécial que le quotidien La Montagne vient de consacrer à notre commune m'a fait penser aux vertugadins, ces arceaux en osier qui permettaient aux courtisanes du Grand Siècle de faire bouffer leur robe d'apparat au niveau des hanches et d'augmenter ainsi le volume de leurs atours. Bien que cette mode devînt une norme sociale, beaucoup trop de soupirants firent grise mine en découvrant les dessous de l'objet du désir. Le dossier Cause Communes, paru ce jour dans La Montagne, fonctionne à l'image de ces vertugadins : on commence par faire tournoyer deux ou trois belles idées mais très vite on s'aperçoit que toute l'architecture promotionnelle repose sur une réalité extrêmement frêle. "Lapalisse avance dans le bon sens", soit ! Mais où va-t-elle ? Personne n'a été capable de dire à la journaliste quelle place occupera notre ville dans un avenir proche. Pas un mot pour le Pays de Lapalisse ! Un comble.On en est donc encore à coller des pièces les unes contre les autres sans avoir pris le temps de réfléchir au plan d'ensemble.
L'Aire des Vérités, équipement au demeurant louable, est présentée à juste titre comme un pari sur l'avenir, mais comment faire entrer les touristes dans Lapalisse à partir d'une zone prévue justement pour éviter d'y pénétrer ? Pourquoi continuer à construire des projets promotionnels autour du thème des "Vérités de Lapalisse" qui ne cesse de reculer dans le langage courant ? Pour preuve : quiconque souhaite aujourd'hui utiliser le mot "lapalissade" devant un amphithéâtre d'étudiants est condamné à essuyer quatre cents regards interrogatifs !
Enfin le maire actuel a tenté d'avoir voix au chapitre en avançant que notre ville est au croisement de plusieurs axes importants. Cette problématique de développement serait opératoire si Lapalisse était située au coeur du Bourbonnais. Or, ici, il n'y a vraiment que la RN7 qui compte, les autres axes sont désormais secondaires.
Finalement, quoi de mieux que les vertugadins pour faire tourner les têtes et finir par faire la culbute.

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S. HUG

HUGSTEPHANE@aol.com

lundi 8 mars 2010

La forêt magique

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Les Bois de la Vallée (Atlas de Trudaine - seconde moitié du XVIIIe siècle)

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Dans l'imaginaire collectif des Lapalissois, les Bois de la Vallée occupent un peu la place de la Schwarzwald (la forêt sombre, épaisse et magique) des contes des Frères Grimm. A mi-chemin de Lapalisse et de Droiturier, les Bois de la Vallée (= des gorges de l'Andan) ne forment pourtant pas un massif forestier particulièrement étendu (un peu plus de 800 hectares), mais le caractère très accidenté de sa morphologie on a fait, pendant des siècles, un lieu redouté par les voyageurs et les habitants des paroisses environnantes. En 1569, Nicolas de Nicolay, dans sa Générale Description du Bourbonnais, parlait déjà d'un "vrai lieu de brigandage". L'épopée imaginaire de Mandrin renforça encore un peu plus l'idée selon laquelle au fond de ces bois plusieurs trésors étaient enfouis. Alors que la mémoire du pays garda le souvenir de prétendus sabats dans les gorges de l'Andan, tous les chasseurs du coin ont rêvé un jour d'une chasse magique menée du côté de Godinière ou de Matagot. Quelques anciens de Lapalisse et de Droiturier peuvent encore témoigner d'une époque révolue où l'on rechignait à traverser les Bois de la Vallée après la tombée de la nuit, où toute panne de voiture, entre chien et loup, ravivait les peurs ancestrales.

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S. HUG