mardi 30 novembre 2010

Ils travaillaient la Besbre

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Par le passé, la Besbre fut bien plus qu'une simple rivière, elle formait un monde à part que ses riverains avaient appris, au fil des générations, à se partager et à exploiter. Retour sur une époque, pas si éloignée de la nôtre, où la rivière foisonnait encore de vie.


La Besbre était tout d'abord travaillée par les paysans qui y entretenaient le long de ses berges des "boires" (des bras morts et des zones humides périphériques servant à abreuver le cheptel) ainsi qu'un vaste lacis d'espaces de parcours (photos 1 et 2). Parmi les pratiques oubliées de l'ancienne agriculture, toujours à la recherche du moindre engrais, figurait, en certains lieux, le curage des limons de la Besbre qui fertilisaient les champs voisins (photo 3).




A côté des formes traditionnelles de l'exploitation de la Besbre, se développèrent, dans la seconde moitié du XIXe siècle, des activités relevant de ce que l'on considérait à l'époque comme l'industrie. En haut, le moulin du Châtelard (Saint-Prix), en bas, l'extraction des sables de la Besbre à Trézelles.


Enfin, à Lapalisse, des activités répondant plus aux attentes du marché local prenaient place le long de la Besbre. Citons, par exemple, les blanchisseuses de l'Ile Saint-Jean (photo du bas) ou bien encore la famille Vérot qui, en plus de son magasin de vins situé au faubourg, commercialisa jusqu'au début des années 1960 des poissons de rivière très prisés dans cette France où le maigre du vendredi et du Carême était encore particulièrement suivi.
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S. HUG

HUGSTEPHANE@aol.com

samedi 27 novembre 2010

Antonin Régerat : une ligne de vie à travers le XXe siècle lapalissois

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L’homme en son temps, tel est le dessein premier de l’Histoire. Suivre pas à pas le cheminement d’un individu à travers son époque, voilà le sage pèlerinage que nous offre l’écriture historique. Observer comment cet individu réagit et s’adapte face à la modernité ou de quelle manière il s’accroche à certaines pesanteurs du passé, comment il parvient également à tisser son propre réseau de relations et à dessiner les contours de ses lieux de sociabilités, voici autant d’objets qui constituent les bases d’une histoire sociale raisonnée.
Grâce au travail mémoriel de Michel Parillaud, nous pouvons suivre son grand-père, Antonin Régerat, tout au long du XXe siècle lapalissois.


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Antonin Régerat naquit en 1903 à Arfeuilles où ses parents tenaient une épicerie. Durant sa prime enfance, son oncle, Marcel et son père, Auguste, quittèrent le bourg montagnard et s'installèrent à Lapalisse. Alors que le premier y ouvrit, rue Nationale, un commerce de quincaillerie, le second devint quant à lui régisseur de l'usiine à gaz de la ville.

La famille Régerat rassemblée autour du père, Auguste, partant à la Grande Guerre. Antonin est assis à droite, son frère Léon (1909-1979) est quant à lui assis à gauche. Léon Régerat fut successivement instituteur à Andelaroche, au Breuil puis à Cusset. Les deux frères resteront très proches l'un de l'autre durant toute leur vie.



Le magasin de Marcel Régerat, oncle d'Antonin, au début des années 1920


Antonin entra dans le monde du travail à l’âge de 14 ans en intégrant le petit atelier de maroquinerie que venait d’ouvrir Gilbert Barthelot, rue Nationale. A cette époque, cet entrepreneur, appelé par la suite à une connaître une belle réussite industrielle, produisait principalement des ceinturons, des cartouchières et des baudriers pour l’armée. Dès lors, le destin d’Antonin fut intimement lié à celui de Gilbert Barthelot qui en fit, quelques années plus tard, l’un de ses plus fidèles contremaîtres.

Puis, vint le temps du service militaire, réalisé au 2e Bataillon de Chasseurs à pied de Neuf-Brisach en 1925-1926.Quelques mois après son retour, Antonin épousa Marie-Louise Grenier, une jeune fille de Montcombroux-les-Mines. De cette union, naquit, en 1933, Catherine, seul enfant du couple.


















En haut, à gauche, Antonin au début des années 1920, à droite, photo de régiment, en bas, photo de mariage et la famille Régerat en 1943 avec Catherine Ginette.

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Mobilisé en 1939, Antonin connut le tourbillon de la débâcle qui fit échouer une partie de son unité à Bordeaux. Ci-dessous : souvenir de la Campagne de France en mai 1940, un bombardier allemand Heinkel 111 abattu par la chasse française (photo conservée dans l'album d'Antonin Régerat).

Durant l’Occupation, la question du ravitaillement conditionna une bonne partie du temps familial. Ce fut tout naturellement à la ferme des Terriers, à Montcombroux, auprès des parents de Marie-Louise, qu’Antonin venait cherchait lait, beurre, œufs, poules et lapins. De cette époque de tourments, Antonin Régerat conserva une profonde admiration pour l’homme du 18 juin. Toute sa vie durant, il demeura un fervent gaulliste, sans pour autant faire le choix d’adhérer au MRP ou participer à la vie politique locale. Homme de droite, Antonin était cependant relativement distant par rapport à la foi catholique, n’assistant qu’aux grandes messes de l’année liturgiques alors que son épouse était, quant à elle, très pratiquante.
Michel Parillaud se souvient encore des moindres recoins de la maison du 100 avenue Roosevelt où résidaient ses grands-parents : «La maison possédait une petite cour bétonnée à l’entrée avec un tilleul et un lavoir, sur la droite, une remise où se trouvait les vélos, à droite également une entrée directe vers la cave qui était surtout utilisée pour les livraisons de charbon. Après trois ou quatre marches, on rentrait dans un couloir avec, à droite, la cuisine où

l’on trouvait un poêle à charbon, un frigo, une radio un évier, une table et quatre chaises jaunes. A gauche, le salon salle à manger avec une grande table en bois et un buffet, et de chaque côté du buffet, un fauteuil, un pour mon grand-père où il effectuait ses répétitions de clarinette et l’autre, pour ma grand-mère. En face, contre le mur, une télévision posée sur une table à roulettes. Tous les soirs, mon grand-père déplaçait la télévision dans le couloir et nous la regardions depuis la cuisine où nous dînions. Au fond du couloir, un poêle à mazout et de chaque côté une chambre, à gauche, celle de mes grands-parents, et à droite, la mienne. Pas de salle de bain, juste un WC, on se lavait dans la cuisine dans une bassine. A l’étage, il y avait deux pièces, dont l’une était une chambre occupée, à partir de 1964-1965, par mon arrière-grand-mère, Fanny Grenier. Il me semble qu’elle écoutait la messe tous les dimanches à la radio.
Derrière la maison un petit jardin avec un clapier à lapin, de ce jardin on pouvait entrer dans la cave où était entreposé le charbon, et je me souviens de grands pots de confiture de coings que fabriquait ma grand-mère. »

Antonin Régerat était en effet un jardinier passionné et entretenait d’ailleurs deux jardins. Le premier, à un jet de noyau de cerise de sa maison, juste devant la « Petite-gare», le second, à l’arrière de l’usine Barthelot. Alors que le jardin de la « Petite-Gare » était surtout planté d’arbustes fruitiers et de fraisiers, le jardin « Barthelot » était un véritable potager où poussaient les légumes favoris des années cinquante et soixante (pomme de terre, haricots, radis, petits pois, asperges, salades, carottes …)
Au temps de Marie-Louise Régerat, dominé par les tâches ménagères et rythmé par le marché du jeudi et la messe dominicale, s’opposait le temps d’Antonin, cadencé par les horaires de l’usine Barthelot et jalonné par les répétitions et les concerts de l’Union Musicale au sein de laquelle il fut clarinettiste pendant près de cinquante ans.

La grande passion d’Antonin fut en effet la musique. Comme tout mélomane averti, Antonin possédait d’ailleurs quelques 33 tours et ne manquait aucune retransmission télévisée du concert du Nouvel An donné à Vienne.











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En haut à gauche, Antonin et un groupe d'amis de l'Union Musicale dans les années 20, à droite, Antonin et son petit-fils Michel, dans les années 50, avenue Roosevelt à Lapalisse. Ci-contre, Antonin Régerat dans l'atelier des valises de l'usine Barthelot.

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En 1967, à quelques mois d’intervalle, Marie-Louise et Fanny Grenier quittèrent ce monde. Antonin vécut dans sa maison de l’avenue Roosevelt jusqu’en 1980, année durant laquelle, affaibli, il rejoignit sa fille, Catherine Ginette, à Clermont-Ferrand où il vécut les neuf dernières années de sa vie.

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Remerciements à Michel Parillaud et à Madame Micheline Carré, fille de Léon Régerat.

S. HUG

HUGSTEPHANE@aol.com

samedi 20 novembre 2010

Sur le front de la recherche universitaire

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Dernièrement, Antonin Forlen, lecteur de PALICIA, a brillamment soutenu devant la Faculté de droit de Strasbourg, un travail de recherche intitulé "L'ordre public au XVIIIe siècle: la lecture d'un praticien, Edme de la Poix de Fréminville", preuve que de multiples facettes du travail du jurisconsulte lapalissois restent encore à explorer.



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vendredi 19 novembre 2010

COLLECTION VISAGES DU BOURBONNAIS - Achille Allier : l'inventeur du romantisme provincial


Né le 2 juillet 1807, rue Notre-dame à Montluçon. Sa famille appartenait à la petite bourgeoisie de la ville, (son père était marchand-épicier, sa mère, issue d’une famille de notaires de Montmarault, son oncle fut général et baron d’Empire). Après avoir fréquenté le lycée de Montluçon, il monta à Paris finir ses études secondaires au Lycée Louis-le-Grand. Sa famille l’orienta ensuite vers des études de Droit car on rêvait d’en faire un notaire. Il passa sa licence à la Sorbonne (1826-1829) mais ne put obtenir l’étude notariale qu’il convoitait. Passionné de littérature, de poésie romantique (il est admirateur de Chateaubriand et de Lord Byron) et par la sauvegarde du patrimoine, Achille Allier peut être considéré comme l’un des fondateurs du romantisme provincial. En avril 1831, Achille Allier devint rédacteur en chef de L’Album de l’Allier, journal littéraire, des sciences, des Arts et de l’Industrie. Le 5 septembre 1831, il épousa Evelina Deshays et s’installa à Bourbon-l’Archambault. La même année il publia ses Esquisses bourbonnaises. Sa rencontre avec Claude-Henri DUFOUR, un élève de l’école du peintre David, fut à l’origine de L’Ancien Bourbonnais, livre album consacré à l’histoire et aux richesses de notre province. Le 20 juillet 1832, avec l’aide du Duc d’Aumale, il réussit à empêcher la vente aux enchères des ruines du château de Bourbon-l’Archambault ce qui aurait livré cet édifice à la pioche du démolisseur.L’imprimeur moulinois Pierre-Antoine Desrosiers se chargea en 1833 de l’impression de L’Ancien Bourbonnais, tiré dans un premier temps à mille exemplaires, formé de deux tomes in-folio et doté d’un atlas de cent vingt cinq pages grand in-folio. Achille Allier fut soutenu dans cette entreprise par Victor Hugo et par la famille d’Orléans. En 1835, Achille Allier lança avec l’imprimeur Desrosiers la revue L’art en province.Exténué par ces travaux et ses incessants voyages à Paris, Achille Allier succomba brutalement à Bourbon-l’Archambault, le matin de Pâques 1836. Adolphe Michel, professeur au Lycée de Moulins termina L’Ancien Bourbonnais qui fut finalement tiré à 2 000 exemplaires entre 1833 et 1837.L’œuvre d’Achille Allier tombée dans l’oubli hors de notre province est en revanche ici considérée comme fondatrice et influença profondément l’historiographie bourbonnaise. Ce romantique est le grand refondateur de notre province. Depuis 1991, chaque année, le Conseil général de l’Allier décerne un Prix Achille Allier récompensant les défenseurs et les promoteurs de la culture bourbonnaise.
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S. HUG