vendredi 29 juillet 2011

LES CARNETS DE BORVO : la Montagne bourbonnaise

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A l'heure de la réforme sur l'intercommunalité, PALICIA lance une série de douze articles géographiques consacrés à l'échiquier des territoires bourbonnais. Ces douze articles, publiés dans les semaines à venir, seront regroupés sous le vocable des Carnets de Borvo (dieu celte des sources qui a donné son nom à notre province).

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La Montagne bourbonnaise est une région naturelle d’environ 400 kilomètres carrés située au sud-est du département de l’Allier et qui correspond au versant occidental des Monts de la Madeleine ( le versant oriental étant constitué par la Côte roannaise). De formation granitique, la Montagne bourbonnaise peut être comparée à un triangle dont la pointe serait tournée vers le sud, fichée dans le massif des Bois Noirs. L’altitude s’abaisse progressivement de cette pointe (Puy de Montoncel – point culminant du département de l’Allier avec 1287 m) vers les marches occidentales et septentrionales (400 à 600 m d’altitude). Une ligne de crêtes s’étageant entre de 800 m et 1100 m d’altitude sépare à l’est la Montagne bourbonnaise de la Côte roannaise. Ce triangle est drainé en son centre par la rivière de Besbre, qui est d’ailleurs barrée depuis 1930 par un barrage hydroélectrique situé à la limite des communes de Châtel-Montagne et de Saint-Clément. A l’ouest, seule la vallée du Sichon arrive à couper le socle granitique.
Notons que la Montagne bourbonnaise est séparée des Basses-marches du Bourbonnais (autour de 400 m d’altitude – le point culminant étant le Puy-Saint-Amboise) par la dépression de Mauvernet (commune de Saint-Pierre-Laval).
L’exploitation du granit y est en perte de vitesse. Le premier atelier de granitier ouvrit au Mayet (au lieu-dit le Bizin) en 1880. Dans l’entre-deux-guerres, il y eut jusqu’à dix entreprises employant au total environ 80 personnes (production dopée par l’existence d’un chemin de fer économique en direction de Lapalisse et de Vichy). Après guerre, il ne restait déjà plus que cinq granitiers (environ 50 employés). Aujourd’hui, il ne reste plus qu’un seul atelier au Mayet.
En 1993, une Association pour la création du Parc National des Monts de la Madeleine (APCPNR) a été créée. Elle fédère quatre communautés de communes sur les deux versants des Monts de la Madeleine (Communauté de communes de la Montagne bourbonnaise, du Pays d’Urfé, de la Côté roannaise et du Pays de la Pacaudière) et 46 communes (29 000 habitants) sur 110 000 hectares.
La Montagne bourbonnaise est soumise à un climat de type semi-continental avec une influence océanique, plutôt arrosée (1100 mm en moyenne), aux hivers souvent rigoureux et aux étés marqués par une fraicheur relative.
La couverture neigeuse hivernale permit la création de la station de ski nordique de la Loge-des-Gardes à la fin des années 1950. Vingt ans plus tard, la création d’un syndicat mixte facilita le développement du site (4 pistes et 3 remontées mécaniques) qui accueille, en période de vacances scolaires et lors des week-ends d’hiver de nombreux Roannais et Vichyssois. Depuis le début des années 70, un foyer de ski de fond implanté sur la commune de Lavoine au pied du Montoncel offre également un magnifique domaine skiable dans un cadre plutôt sauvage.
Au point de vue agricole, la Montagne bourbonnaise est un espace de polyculture qui compte encore près de 300 exploitations (le territoire bénéficie des aides à l’agriculture de montagne).
La forêt couvre entre un tiers et la moitié du territoire. Les feuillus y sont autant représentés que les conifères. Quelques tourbières subsistent sur le pourtour du massif des Bois Noirs. On dénombre encore 14 scieries. La filière bois est actuellement en pleine expansion dans la Montagne bourbonnaise. En 2000, un Comité pour la valorisation forestière (COVALFOR) a été créé pour promouvoir une stratégie de développement durable de la filière bois sur le territoire des Monts de la Madeleine. Plusieurs sites à vocation culturelle se sont également développés autour de l’environnement forestier : écomusée du bois et de la forêt à Lavoine, osarium et salicetum au Mayet, musée de la saboterie et musée du verrier à Saint-Nicolas-des-Biefs. Le Lycée privé Claude-Mercier, situé au Mayet-de-Montagne, propose depuis 2003 un CAP ouvrier sylviculteur-bûcheron. En 2008, un projet de chaufferie collective au bois fut lancé sur la commune du Mayet-de-Montagne devant brûler 3 700 tonnes de déchets de scieries . Les deux premières chaudières collectives ont été inaugurées en janvier 2011 mais une grande partie de l'approvisionnement en combustible-bois est pour l'heure acheté hors des limites de la Montagne bourbonnaise. A noter enfin que le 25 novembre 2010, le Président Nicolas Sarkozy est venu en visite au Mayet-de-Montagne et présida à l'occasion une table ronde consacrée à l'avenir de la filière bois en France.
Au point de vue humain, la Montagne bourbonnaise a été marquée par un puissant exode rural qui, entre 1880 et 1970, fit passer cette région de 15 000 à 6 000 habitants. La densité moyenne est faible, de l’ordre de 16 h/km² et même 5 h/km² sur la commune de Saint-Nicolas-des-Biefs, la plus élevée du département. Si le dépeuplement continue à toucher le cœur de la Montagne bourbonnaise et cela malgré l’installation de néoruraux de plus en plus nombreux (notamment des Néerlandais), seules les communes de la Chapelle, de Molles et d’Arronnes, situées sur le flanc nord-ouest, voient leur population croître en raison de l’étalement de l’agglomération de Vichy-Cusset.
Le Mayet-de-Montagne peut être considéré comme la « capitale » de la Montagne. Ce bourg-centre de 1 600 habitants (contre 160 à 600 habitants pour les autres communes) dispose d’équipements de proximité (un supermarché, agences bancaires, médecins, pharmacies, commerces, piscine d’été…) et surtout de plusieurs établissements du secondaire (publics et privés) où sont scolarisés près de 700 jeunes. Les foires mensuelles du Mayet-de-Montagne conservent une certaine vitalité. Si Arfeuilles (500 habitants) et Ferrières-sur-Sichon (574 habitants) autrefois très peuplées sont aujourd’hui en déclin, Châtel-Montagne (400 habitants) se distingue grâce au développement de son concept « village d’artistes » créé autour d’une poignée de néoruraux. Le fleuron industriel de la Montagne bourbonnaise est l’entreprise NSE (Nizerolles Systèmes Electroniques) créée en 1983 par François Lacoste et qui est passée en vingt ans de cinq employés à une structure de holding qui emploie actuellement près de 700 personnes dans le monde.
Au point de vue linguistique, la Montagne bourbonnaise forme une région de transition entre le domaine de la langue d’Oïl et la langue d’Oc. Le dialecte montagnard repose sur un fond linguistique auvergnat, fortement modifié par des apports foréziens et par une francisation qui s’est accélérée depuis deux siècles. Politiquement, la Montagne bourbonnaise fait figure de bastion de droite dans un département plutôt ancré à gauche. Il faut dire qu’ici, alors que l’Eglise catholique demeura longtemps puissante, la lutte contre le métayage et le syndicalisme agricole n’eurent pas la même importance que dans le bocage ou la Sologne bourbonnaise. Pendant longtemps, ce pays et ses habitants eurent une réputation de dureté et d’insoumission à l’autorité de l’Etat (révolte des Pions en 1765).
La Montagne bourbonnaise possède donc une indéniable identité qui a trouvé une traduction politique dès 1996 au travers de la création de la première Communauté de Communes du département de l’Allier. Cette Com com, forte de 6 500 habitants, regroupe 15 communes (les 11 du canton du Mayet-de-Montagne : Arronnes, La Chabanne, Châtel-Montagne, Ferrières-sur-Sichon, La Guillermie, Laprugne, Lavoine, Le Mayet-de-Montagne, Nizerolles, Saint-Clément, Saint-Nicolas-des-Biefs , plus deux communes du canton de Cusset (à l’Ouest) : Molles et La Chapelle et enfin deux communes du Canton de Lapalisse (au Nord) : Arfeuilles et Châtelus.
Au point de vue identitaire, le premier auteur montagnard, défenseur de son identité, fut le chanoine Léon Côte (1888-1966), En Montagne bourbonnaise au bon vieux temps – 1958. En 1966, furent fondés les Grands jeux de la Montagne qui se déroulent toujours le premier dimanche d’août. Sept communes étaient représentées à l’origine, dix-sept le sont aujourd’hui. Trois épreuves reines : les quilles, les bûcherons et le tir à la corde. Ces Grands Jeux rassemblent chaque année de 3 000 à 4 000 spectateurs (7 000 en 1975 à Arfeuilles, mais cette année-là Michel Drucker était venu animer l’événement). En 1970, Christian Ponsonnard (1936-2014), vétérinaire au Mayet, créa les Amis de la Montagne bourbonnaise qui se donnèrent pour but de sauvegarder l’héritage culturel montagnard et d’animer ce territoire. Leur publication biannuelle, Le Courrier de la Montagne bourbonnaise, lancée en 1974, la création en 1976 de la Maison de la Montagne bourbonnaise (située au Mayet) et d’une foire à la paperasse se déroulant chaque année au mois d’août sont les trois pivots de cette association.

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S. HUG


jeudi 21 juillet 2011

3 juin 1934 : Fanfares en tête !

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Nous avions oublié de nos jours à quel point la fanfare occupait une place centrale dans le paysage cculturel de la France de la première moitié du XXe siècle. Dans cette France, déjà lointaine, de Ceux de Verdun, des uniformes de tous genres et de la défunte conscription , les fanfares constituaient autant de joyeuses troupes défilant au son des marches du Jour de la Victoire. A une époque où les postes de radio étaient encore rares, chaque festival de musique était un véritable événement.
Le 3 juin 1934, un brillant festival se déroula dans notre ville. Une bonne vingtaine de sociétés firent le déplacement : harmonies de Roanne, de Chazotte et d'Ambierle (Loire), fanfare d'Azay-le-Rideau (Indre-et-Loir), harmonie de Commentry, de Saint-Yorre, de Varennes-sur-Allier, de Saint-Gérand-de-Vaux, de Lapalisse, fanfares du Mayet-de-Montagne, de Saint-Gérand-le-Puy, de Jaligny, de Saint-Pont, d'Yzeure (Allier), harmonies de Luzy et de Decize (Nièvre), harmonie de Paray-le-Monial (Saône-et-Loire), les trompes de chasses de la Saint-Hubert vichyssoise et du Rallye bourbonnais de Moulins.
Dès 10 heures du matin, plusieurs concerts furent organisés un peu partout dans la ville. A midi, tous les hôtels et les restaurants accueillirent les centaines de festivaliers. A 14 heures 30, un gigantesque défilé s'ébranla au sommet de la côte de Bellevue pour s'achever route du Donjon. A partir de 16 heures, plusieurs prestations se succèdèrent sur la place du 14-juillet. Puis deux morceaux d'ensemble, Le camp du Val d'Haon et La Marseillaise furent exécutés sous la direction du directeur du festival, M. Girardon, chef de l'Union musicale de Lapalisse. Suivirent les discours de M. Gilbert Barthelot, président du festival et de M. Lucien Lamoureux, député de l'Allier et Ministre du Commerce.
En soirée, alors qu'une fête foraine battait son plein, de nouveaux concerts furent donnés, le château de La Palice fut embrasé, et un magnifique feu d'artifice fut tiré place du 14-juillet.

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Concert donné le matin du 3 juin 1934 par le Rallye bourbonnais de Moulins, rue Nationale

(cliché pris depuis la terrasse de l'Hôtel de l'Ecu).

S. HUG

HUGSTEPHANE@aol.com

jeudi 7 juillet 2011

La naissance de la Nation vue de Servilly (juillet 1790)

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Le sentiment national coïncida pendant de longs siècles avec l'appartenance à une province. Puis, peu à peu, à partir du XVe siècle se surimposa à ce sentiment premier un attachement de plus en plus net à la dynastie régnante qui incarnait à la fois le royaume et l'ensemble des sujets. L'idée de Nation, telle que nous la concevons, est en fait récente, née sous la plume des philosophes des Lumières. A partir de la fin du XVIIIe siècle, la Nation désigna alors de plus en plus fréquemment cet ensemble de citoyens libres et égaux entre eux qui constituait un peuple en marche. Les hommes de la Révolution s'attachèrent donc rapidement à donner une réalité à cette idée de Nation. Le 14 juillet 1790, un peu partout en France, et donc pas seulement sur le Champ de Mars, la Nation fêta le pacte fédératif. Voici le récit de cette journée particulière conservé dans les archives de la commune de Servilly (série L - Archives départementales de l'Allier) :


"Aujourd'huy, 14 juillet 1790, la garde nationale de cette paroisse de Servilly au nombre de cinquante deux hommes ont prêtés ainsi que la commune dudit Servilly à l'exception de Pierre Michel, curé dudit Servilly, le serment fédératif quoique ledit curé ait été requis par Jacques Cornet, maire de la municipalité dudit Servilly, qui lui avait donné douze sols pour luy faire dire la messe ce jour-là. N'ayant voulu la dire que pour de l'argent, à l'issue de laquelle on a fait lecture des Lettres patentes du Roy, des Lettres d'invitations tant de Messieurs de la commune de Paris, de Messieurs du département de l'Allier, , que de Messieurs du District de Cusset, la garde nationale ainsi que la commune dudit Servilly se seraient tous ensemble bien portés dans la place commune dudit Servilly en la présence du maire, du procureur de la dite commune, des officiers, des notables de la dite municipalité auraient prêté le serment fédératif à l'heure précise de midi et pour marquer la joie qu'ils avient de s'unir personnellement au pacte auguste, ils auraient fait différentes décharges de coups de fusils et nous auraient requis de faire note sur le présent registre de leur présentation et ont, ceux qui le peuvent, signé la présente note avec nous Maire, le procureur de la commune et notre secrétaire-greffier, qu'entre autres ont déclaré ne le savoir deux enquis".


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S. HUG