mardi 27 septembre 2011

Berbouilles, Courlouis, Gueules noires et Liadins.

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Le succès de l'ouvrage de Louis Pergaud, La Guerre des boutons, paru en 1913, repose sur l'universalité des rivalités qui opposent, depuis la nuit des temps, le village de Longeverne à celui de Velrans. Cet esprit de clocher, cultivé au fil des générations, conduisait, dans presque toutes les campagnes de l'ancienne France, à toiser les gens d'en face, ceux qui vivaient de l'autre côté de la rivière, de la forêt, ou de la colline, à railler leurs défauts devenus légendaires et à les affubler de surnoms volontiers grotesques. Voici l'histoire, encore proche, des Berbouilles, Courlouis, Gueules noires et autres Liadins, ineffables héros du Pays lapalissois.



Les Berbouilles désignaient autrefois les gens de Saint-Prix. Au regard des Lapalissois, ces Berbouilles étaient en fait, des Barbouille-merde, c'est-à-dire des crotteux et autres bouseux, cruelle étiquette qui marquait l'écart qui existait entre la ville et la campagne.



Les Courlouis étaient ceux de Billezois. Leur plaine sablonneuse était si plate et si désolée qu'ils avaient soit disant finis par adopter la démarche du courlis, un échassier autrefois commun dans nos campagnes bourbonnaises.



Les Gueules noires étaient ceux du Breuil. On raconte qu'autrefois les ronciers pullulaient tout autour du Breuil et que les habitants du village avaient fait de la tarte aux mûres une spécialité qui noircissait le pourtour de leur bouche.



Les Liadins étaient ceux d'Arfeuilles dont on raillait volontiers la crédulité, pour ne pas dire la bêtise, du moins celle que l'on perçoit toujours chez son voisin... On raconte que trouvant leur église mal située par rapport au centre de leur village, les Arfeuillats décidèrent un jour de la déplacer à l'aide d'énormes cordes de laine. Après quelques efforts, certains s'écrièrent "ça bouge liadins ! continue !". En fait, il ne s'agissait que des fibres de la laine qui travaillaient sous l'action des tireurs (les liadins). Ce surnom leur resta attachés pendant des décennies.


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S. HUG



samedi 24 septembre 2011

LES CARNETS DE BORVO : le Pays gannatois.

Le Pays gannatois est situé au sud du département de l’Allier et constitue un territoire de transition entre les ondulations du bocage bourbonnais et la plaine de la Limagne auvergnate. Ce pays communique d’ailleurs depuis une trentaine d’années autour de cette notion de double appartenance même s’il regarde de plus en plus vers le sud en mettant en avant une identité « occitane » (création d’un Passeport occitan et culturel en 2008) qui tient plus du marketing que de l’ordre du ressenti. L’identité historique du Pays gannatois fut clairement exposée pour la première fois en 1958 par A. Freydière dans Le pays gannatois dans son cadre auvergnat et bourbonnais à la fin de l’Ancien Régime. La création, en 1971, du Musée Yves-Machelon (présentant notamment un Evangéliaire carolingien de la fin du IXe siècle) dans l’ancien château de la ville, celle d’une Société culturelle et de recherche du Pays gannatois (publiant le trimestriel Le Pays Gannatois), ainsi que les études de René Germain (ancien professeur d’Histoire médiévale à l’Université de Saint-Etienne) furent autant de jalons qui marquèrent le développement de cette identité gannatoise.
Une chose est cependant sûre : le pays gannatois est incontestablement le plus clermontois des pays bourbonnais. Les mouvements routiers pendulaires en liaison avec la capitale auvergnate (située à 40 km) y sont de plus en plus intenses (A 71 et ancienne RN 9). En revanche, la liaison ferroviaire demeure secondaire puisqu’il faut inévitablement passer par la gare de Vichy pour rejoindre Clermont-Ferrand. Une liaison autoroutière A719 devant relier l’agglomération vichyssoise à Gannat devrait être mise en service en 2014. Gannat et son pays appartiennent à ce couloir central auvergnat qui, de Brioude à Moulins, concentre population, infrastructures, innovation et hauts revenus. Si en vingt-cinq ans, la ville de Gannat a perdu 6 % de sa population (6 255 habitants en 1982 – 5 881 en 2007), le canton de Gannat n’a perdu quant à lui que 3 % de sa population (9 978 habitants en 1982 – 9 663 en 2007), ce qui est peu à l’échelle de notre département car la plupart des cantons ruraux bourbonnais ont perdu entre 10 et 20 % de leur population durant la même période. Cette bonne tenue démographique (densité de 68 h/km² dans le canton de Gannat) doit beaucoup à l’installation, ou au maintien, de jeunes couples travaillant sur l’agglomération Clermontoise et sur le bassin de Vichy. Alors que cette zone rurale mitée par le monde urbain a basculé à droite en 2001, la ville de Gannat est demeurée à gauche sous la houlette de Louis Huguet de 1983 à 2014. Au printemps 2014, Gannat bascula à droite avec l'élection au poste de maire de la jeune juriste Véronique Pouzadoux.
La ville de Gannat est le centre incontesté de ce pays (Broût-Vernet et Escurolles, faisant toutes les deux partie de la com com du Bassin de Gannat, sont les deux communes les plus peuplées après Gannat avec respectivement 1 150 habitants et 700 habitants). Si Gannat ne possède pas un tissu industriel très fourni (citons simplement la société ELMADUC - Electrométallurgie du Centre - créée en 1949, spécialiste de la menuiserie extérieure en aluminium qui emploie 42 personnes et sur la ZAC des Prés-Liats le transporteur Trans Froid Auvergne qui emploie une soixantaine d’employés) le point fort actuel de la ville est d’offrir de nombreux équipements de proximité aux habitants des communes environnantes (environ 120 commerces de centre-ville, notaires, administrations, professions médicales, collèges, lycée, cinéma, zone commerciale, marchés les mercredis et samedis matin…).
Les contours de la Communauté de communes du Bassin de Gannat créée en 2000 reflètent la vitalité de cette petite ville qui comptait déjà par le passé (environ 5 000 habitants au XVIIIe siècle). Présidée depuis sa création par Louis Huguet, maire de Gannat depuis 1983, conseiller général entre 1976 et 2001, cette com com regroupe seize communes (les douze communes formant le canton de Gannat, à savoir : Gannat, Broût-Vernet, Biozat, Charmes, Monteignet-sur-l’Andelot, Saint-Priest-d’Andelot, Poëzat, Bégues, Saulzet, Jenzat, Mazerier, Saint-Bonnet-de-Rochefort, Le Mayet-d’Ecole, auxquelles s’ajoutent trois communes du canton d’Escurolles : Escurolles, Saint-Germain-de-Salles et Saint-Pont et enfin, une commune du canton de Chantelle, Saint-Germain-de-Salles). Cette com com a créé quatre zones industrielles et artisanales communautaires (ZIAC des Prés-Liats, de Malcourlet et des Clos-Durs à Gannat, ZIAC Naturopôle à Saint-Bonnet-de-Rochefort). L’acte fondateur du Naturopôle de Saint-Bonnet-de-Rochefort fut l’installation en 1987 sur le site des Tiolans du laboratoire de Phytothérapie et d’herboristerie (L.P.H). Dix ans plus tard, la zone d’activités des Tiolans devint la première zone économique liée à un thème rural et prit le nom de Naturopôle. En 2006, le Parc Naturopôle Nutrition Santé obtint le label « Pôle d’excellence rurale ». Ce pôle emploie actuellement environ 200 personnes. La com com a également menée une profonde réflexion dans le domaine du tourisme et de la valorisation du patrimoine. Les deux points forts du tourisme gannatois sont le Festival des Cultures du Monde, fondé en 1974 par Jean Roche (environ 50 000 spectateurs chaque mois de juillet) et le centre paléontologique Rhinopolis (environ 7 000 visiteurs/an), créé en 1994 à la suite de la découverte, sur le site du Mont-Libre, d’un squelette de Rhinocéros vieux de 23 millions d’années.Au printemps 2012, Rhinopolis fut remplacé par le Parc Paléopolis qui accueille en moyenne 35 000 visiteurs par an. 


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S. HUG


dimanche 11 septembre 2011

Le café Lepiniec à Lapalisse

L'évolution des cafés, bistrots, brasseries et hôtels est un chantier neuf de l'Histoire sociale. Après avoir raconté l'histoire de l'Auberge des Espalus, du café Benattan et publié une e-interview de Noëlie Morlat, voici un article consacré au café Lepiniec, aujourd'hui disparu du paysage lapalissois.


Situé à l'entrée du pont, lorsque l'on venait de Roanne, ce café (l'ancienne maison Morand de la Belle Epoque) fut une vraie institution lapalissoise. De 1941 à 1972, les époux Lepiniec furent l'âme de ce lieu.


Julien Lepiniec naquit en 1903 à Comblessac (Ile-et-Vilaine). Fils d'un sabotier, comme beaucoup de Bretons de sa condition, Julien fut très tôt tenté par l'appel de la Capitale dans l'espoir d'y construire une vie meilleure. Ce fut à l'occasion de son passage sous les drapeaux que Julien Lepiniec, soldat à la 22eme section d'infirmiers militaires, découvrit Paris. Libéré de ses obligations, Julien devint chauffeur personnel des Rothschild et ne tarda pas à rencontrer Marie-Louise Crouzier (née en 1901 à Droiturier), également au service de la richissime famille de banquiers. Le 21 janvier 1926, les deux gens jeunes s'unirent devant le maire du 17e arrondissement.
En 1939, les deux époux quittèrent Paris, en même temps que leurs patrons. En 1941 Julien et Marie s'installèrent à LAPALISSE, 2 place de l'Industrie, où ils reprirent le GRAND CAFE DU PONT. La soeur de Marie avait par ailleurs épousé M. Chambonnière et tenait un atelier et une boutique de modiste juste en face du café, sur la place de l'Industrie.




Jacques Chambonnière, neveu des époux Lepiniec se souvient de son oncle, homme qui resta toute sa vie très attaché à sa Bretagne natale, en ses termes : "Jules était un bon vivant, jovial, gai, qui aimait à raconter des blagues, jouer aux boules, il pratiquait également le jardinage en dilettante".




Le Café comportait deux salles au rez-de-chaussée, dans la première, le zinc et un billard, et des tables et des chaises dans l’arrière salle où se retrouvaient beloteurs et bridgeurs. A l’étage, des chambres louées à des VRP ou des employés loin de leur domicile, mais aussi une salle où se réunissaient souvent des associations locales (Comité des Fêtes, aéro-club, modélisme...).



Au décès de Julien en 1957, Marie continua à exploiter le Café jusqu'en 1972, année de sa disparition. En 1976, afin de faciliter la circulation et la visibilté dans le virage du Pont, la municipalité décida de raser la bâtisse.



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Un immense remerciement à M. Yves Bara, parent des Lepiniec et généalogiste breton, ainsi qu'à M. Jacques Chambonnière, neveu du couple de cafetiers.




S. HUG








samedi 10 septembre 2011

LES CARNETS DE BORVO : le Saint-Pourcinois

Le Saint-Pourcinois possède une double structure annulaire qui s’étend au sud du couloir central bourbonnais, entre Sioule et Allier. Au cœur de ce système, se situe une zone viticole s’étendant sur 19 communes incrustée dans le territoire d’une communauté de communes qui, au total, rassemble 27 communes. Si l’on excepte les agglomérations moulinoise, vichyssoise et montluçonnaise, le Saint-Pourcinois est actuellement la zone la plus dynamique du Bourbonnais : le canton de Saint-Pourçain est ainsi passé de 10 300 habitants en 1982 à 10 800 en 2007 ce qui constitue une véritable exception au regard des autres zones rurales de l’Allier. Cette croissance démographique profite plus aux communes du vignoble qu’à la zone urbaine de Saint-Pourçain qui a perdu 200 habitants en vingt ans (5 200 en 1982 – 5 000 en 2006). La viticulture, l’existence d’un bassin d’emploi de près de 2 000 emplois et l’installation de nombreuses familles travaillant sur l’agglomération vichyssoise ont fait du Saint-Pourcinois une zone de hauts revenus à l’échelle du département de l’Allier.
Le vignoble (
http://www.vin-saint-pourcain.fr/). Si l’origine antique du vignoble de Saint-Pourçain est mise en avant à des fins culturelles et identitaires, les indices archéologiques sur lesquels est bâtie cette hypothèse sont trop ténus pour véritablement l’affirmer. Les premières mentions littéraires concernant les vins de Saint-Pourçain remontent au XIIIe siècle. A cette époque, ces vins étaient servis à la table royale, puis, au siècle suivant, à la table papale d’Avignon. La superficie du vignoble ne cessa d’augmenter jusqu’au XVIIIe siècle pour finalement atteindre environ 8 000 hectares. Au cours du XIXe siècle, le vignoble Saint-Pourcinois fut concurrencé par l’émergence de grands vignobles français et subit surtout de plein fouet la crise du phylloxéra entre 1892 et 1900. Les opérations de réencépagement s’accélérèrent après la Seconde Guerre Mondiale. En 1951, l’appelation VDQS (Vins De Qualité Supérieure) fut obtenue et l’année suivante, une cave coopérative fut créée à Saint-Pourçain groupant près de 600 producteurs. Aujourd’hui, le vignoble de Saint-Pourçain s’étend sur 650 hectares (3 types de sols : argilo-calcaire, granitique et sables et graviers) sur une bande 40 km de long sur 5 à 7 km de large. Alors que les rouges représentent environ les 2/3 de la superficie de ce vignoble (Gamay et Pinot noir), les blancs ne représentent qu’un tiers de l’encépagement (Chardonnay et Trésallier, un cépage local).


La production annuelle oscille entre 20 000 et 25 000 hectolitres dont plus des deux tiers sont mis en bouteille et commercialisés par L’Union des Vignerons (http://www.vignerons-saintpourcain.com/) qui prit la suite de la Cave coopérative en 1982. L’Union des Vignerons regroupe actuellement 93 adhérents (il ne subsiste plus que 17 caves indépendantes) et réalise environ 5,5 millions d’euros de chiffre d’affaires dont 15 % à l’exportation (Benelux, USA, Canada, Japon, Europe du Nord) – environ 11 000 hectolitres de rouge, 4 000 de rosé et 6 000 de blanc.
Dès les années 80, l’Union des Vignerons se lança dans une habile politique de communication et de préservation du patrimoine viticole. En 1985, une route des Vins fut créée afin de permettre à chaque producteur de se faire connaître des touristes. En 1987, l’Union des Vignerons lança la fameuse Ficelle. Il s’agit d’un Gamay primeur, dont la bouteille de 75 cl est décorée d’une sérigraphie représentant, chaque année, un nouveau dessin satirique parfois réalisé par un grand nom de la caricature française. La Ficelle tire son nom, selon la tradition locale, d’un tavernier de la ville, nommé Gauthier, qui mesurait la consommation de ses clients en trempant dans les pichets une ficelle maillée de nœuds. Chaque année, près de 25 000 bouteilles sont vendues. Au début des années 2000, un Musée de la Vigne et terroir fut installé dans la Maison du Bailli à Saint-Pourçain et un Conservatoire des anciens cépages (13 d’avant la crise du phylloxéra) fut créé sur deux hectares au pied du château de Chareil-Cintrat. En 2006, la com com du Saint-Pourcinois créa le Festival viticole et gourmand qui, à l’échelle de tout le territoire et sur deux semaines, draîne désormais près de 15 000 personnes. La consécration ultime intervint en mai 2009 avec l’obtention de l’AOC (Appellation d’Origine Contrôlée).
La ville de Saint-Pourçain (
http://www.ville-saint-pourcain-sur-sioule.com/) , forte de près de 5 000 habitants, est l’incontestable capitale de ce territoire. Proposant une gamme complète de services de proximité (professions médicales, commerces, supermarchés, administrations, notaires, avocats, collège, lycée…) de réunions agricoles encore suivies (marché hebdomadaire du samedi et Foire aux vins et aux bestiaux de février), cette ville dispose également d’un patrimoine intéressant (notamment une remarquable église abbatiale édifiée entre le Xe et le XVe siècle) qui est de plus en plus mis en valeur par un Office de Tourisme qui, au regard de la richesse de ce territoire, n’a pas obligé de rappeler sans cesse que Saint-Pourçain fut une enclave auvergnate jusqu’au XVe siècle. Saint-Pourçain possède également d’une vie culturelle relativement dynamique : Université indépendante, association Archiclassique (mise en valeur des patrimoines roman, gothique et baroque d’Auvergne) créée en 1988 par Annie Regond, maison d’édition Bleu Autour, créée en 1997 par Patrice Rötig et également la petite salle de concert La Sangria.
Saint-Pourçain contrôle un bassin d’emplois de près de 2 000 unités dont les deux principaux pôles sont implantés sur le territoire communal, à savoir : l’industrie du cuir (Louis Vuitton - 650 emplois) et le traitement des métaux (Galva Eclair – 150 emplois et Déco Galva – 75 emplois). L’implantation du maroquinier de luxe Louis Vuitton en 1990 sur le site de la ZAC des Jalfrettes, fut motivée par l’existence d’une main d’œuvre locale qualifiée (à 70 % féminine) qui était restée sur le carreau après la fermeture de l’usine Bally en 1988. Aujourd’hui, Vuitton possède trois unités de production aux Jalfrettes (environ 600 emplois) d’où sortent près de 150 produits différents (une quatrième unité est en projet). Le Président Nicolas Sarkozy visita ces ateliers le 26 janvier 2008.
La Communauté de communes du Saint-Pourcinois (
http://www.comcompayssaintpourcinois.fr/) fut créée le 1er décembre 2002, elle remplaça le SIAD de Chantelle et de Saint-Pourçain. Dans ce pays penchant plutôt à droite, le maire de Saint-Pourçain, Bernard Coulon (UDF, puis Modem et aujourd’hui non inscrit, maire de la ville depuis 1995), fut la cheville ouvrière d’un partenariat efficace avec tous les décideurs locaux quelque soit leur couleur politique. Cette com com rassemble pas moins de 27 communes (le canton de Saint-Pourçain n’en possède que 14) et elle est à ce fait la plus vaste d’Auvergne. Après avoir cherché, durant les premières années de son existence, à bien définir ses domaines de compétence, cette com com accèda enfin à la maturité opérationnelle au milieu des années 2000. Parmi ses principales réalisations, citons : quatre zones artisanales (les Jalfrettes – commune de Saint-Pourçain, l’Usine AL - pro à Chantelle, ZA des Cassons à Bayet et ZA des Echerolles à Saint-Loup sur laquelle est située une plate-forme logistique de 5 hectares) et la création d’un centre culturel et de loisirs au château de la Motte à Louchy-Montfand. Evoquons également le projet 3CB sur la commune de Bayet (http://www.3cb.fr/
). Il s’agit d’un projet de 300 millions d’euros visant à construire et à exploiter une installation de production d’électricité de 410 MW fonctionnant grâce à la technologie du CCG (Cycle Combiné Gaz) respectueuse de l’environnement. L'exploitation commerciale a débuté en juin 2011 et a généré 35 emplois directs.


Notons enfin qu'au point de vue touristique, le village de Charroux (324 habitants en 1990 - 383 en 2008), au patrimoine médiéval largement préservé (http://www.charroux.com/) connaît depuis une petite dizaine d'années un engouement remarquable et remarqué grâce au notamment à son artisanat d'art. Emerge également, le bourg de Chantelle (1100 habitants, population stable depuis le début des années 1970) qui possède à la fois une remarquable abbaye bénédictine de style roman auvergnat (http://www.benedictines-chantelle.com/) et un beau patrimoine médiéval civil, bref, un potentiel touristique en devenir.



S. HUG





jeudi 1 septembre 2011

Une photo à la Une

Deux cordonniers lapalissois (anonyme, circa 1910, collection privée).

AVIS DE RECHERCHE HISTORIQUE

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Habitants de Lapalisse, je viens solliciter votre aide pour éclaircir un point d’histoire et, je l’espère, rendre justice à des citoyens de votre ville. Auparavant, permettez-moi de me présenter brièvement : né en Alsace en 1949, je suis installé depuis une trentaine d’années dans une ancienne ferme isolée des Hautes-Vosges, où j’écris et publie des contes pour enfants, de la poésie et des textes de chansons pour plusieurs interprètes de la région.


Voici l’objet de ma requête. Avant la dernière guerre, mes grands-parents maternels, Isidore et Pauline Bloch dirigeaient une imprimerie à Strasbourg, installée juste derrière la statue de Gutenberg, à deux pas de la cathédrale de la capitale alsacienne, remarquable par sa flèche unique et sa célèbre horloge astronomique.Lorsque les lois anti-juives furent promulguées, et avec elles le port obligatoire de l’étoile Jaune, mes grands-parents décidèrent de fuir Strasbourg avec leur fille Madeleine – ma mère – et se réfugièrent, pour des motifs que j’ignore, chez vous à Lapalisse. Ils y tinrent un petit commerce de mercerie, couture et laine situé rue du Marché, non loin de la gendarmerie de l’époque.


Pendant ce temps, leur fils Henri était sous les drapeaux.Tout le matériel de leur imprimerie fut confisqué par l’occupant nazi. On le retrouvera après le conflit dans le nord de l’Allemagne, ce qui procurera à ma grand-mère quelques menus dommages de guerre.Henri, capturé par les Allemands en 1941, se retrouva dans un camp de prisonniers à Hambourg puis en Poméranie. Mon grand-père Isidore, miné physiquement par les privations et moralement par le sort réservé aux Juifs, mourut à Lapalisse en novembre 1941. Sa veuve Pauline et sa fille Madeleine trouvèrent refuge juste au pied du château, dans la maison de la famille Auroux. Plus tard, c’est dans les cuisines du château qu’elles furent cachées - par la Comtesse de Chabannes, si je ne m’abuse - mêlées au personnel de service, composé de nombreux«parias ».



ci-dessus : Le caporal Henri au Stalag 2 de Hambourg en 41 ; dessin au crayon d’un autre prisonnier




En mars 1943, lorsque le vent de l’Histoire se décida à tourner, les Alliés se préparant à débarquer en Normandie tandis que les troupes russes marchaient sur l’Allemagne, Henri pressentit que les soldats allemands en pleine débâcle ne s’embarrasseraient pas de prisonniers dans leur fuite et décida, avec un ami strasbourgeois, de s’évader. En pleine nuit, ils parvinrent à franchir les barbelés du camp. Malheureusement, une sentinelle allemande les repéra du haut de son mirador et fit feu dans le dos des fuyards. Henri fut tué d’une balle en plein cœur, balle qui vint s’écraser contre les pièces de monnaie contenues dans son portefeuille. Cet objet macabre, que j’ai eu l’occasion de voir et de toucher, reste pour moi le symbole criant de l’absurdité des guerres. Un soldat français, originaire de Paris, cherchant son régiment, découvrit le corps d’Henri et lui donna “une sépulture chrétienne”, comme il le précise dans le courrier envoyé à ma grand-mère, auquel sont joints un plan précis de l’emplacement de la tombe et le portefeuille contenant toujours la balle mortelle.


ci-dessus : la famille Auroux, propriétaire du moulin de la Ville (cliché de 1943).




Le corps d’Henri ne sera jamais rapatrié, ma grand-mère craignant qu’une erreur d’appréciation sur le terrain ne lui ramène le corps d’un“boche”. De retour à Strasbourg, Pauline, privée de mari et de fils, et sa fille Madeleine n’étaient pas encore au bout de leurs épreuves : leur appartement était certes intact et rien n’y manquait, mais c’était du fait qu’il était occupé par un milicien, qui renvoya brutalement les deux femmes à la rue. Quelques jours plus tard, il disparut ; on retrouva son corps sans vie flottant sur l’Ill. Le centre-ville de Strasbourg ayant subi de multiples bombardements, le local de l’imprimerie étant dévasté, Pauline installa un petit commerce de papeterie dans un baraquement de fortune, comme bon nombre d’autres commerçants. Quatre ans plus tard, c’est dans ce lieu que retentirent mes premiers cris.


Aujourd’hui, il me paraît essentiel, par simple souci de justice et par devoir de mémoire, de retrouver la trace des personnes qui ont, au mépris du danger, sauvé et abrité mes grands-parents et leur fille. Il est peut-être bien tard, mais j’espère encore voir leur nom figurer au registre des Justes.



Habitants de Lapalisse, si vous pouvez m’aider dans cette recherche, je vous en serais hautement reconnaissant.

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Roland Marx

1, Le Pré Lallemand Habeaurupt 88230 PLAINFAING

Tél. : 03.29.50.83.25 courriel : nicrol88@orange.fr