vendredi 23 décembre 2011

Le chanteur de Noëls (Alfred Meilheurat - Physiologie du Moulinois)

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En 1843, le poète et journaliste Alfred Meilheurat (1821-1855) publiait Physiologie du Moulinois, un étonnant théâtre social de la Belle endormie de la première moitié du XIXe siècle. Parmi toutes les figures traditionnelles prit place celle du chanteur de Noëls.



"Lorsque les anges du ciel répètent aux anges de la Terre : "Noël approche, voici Noël !" les gamins moulinois assez aimés de Dieu pour être admis, avec la permission de M. le Maire, à chanter, un mois durant, les louanges du Rédempteur, s'apprêtent à remplir convenablement cette sainte mission.



Ils de divisent en trois bandes qui doivent se partager les quartiers de Moulins. Chaque bande a son chef chargé d'apprendre les Noëls à ses compagnons, et se surveiller leur conduite.



Le soir du 24 au 25 novembre arrivé, le chanteur de Noëls s'arme d'un bâton, emprisonne ses mains dans des mitaines de peau de chèvre, empoche son livre de cantiques, et, dans cet équipage, va chanter de porte en porte et se morfondre trois heures durant, pour gagner une bûche de bois et quelques pièces de monnaies.



Le chanteur de Noëls est loin d'être bien accueilli partout. Aussi ne se montre-t-il pas ingrat envers les âmes charitables qui le rétribuent le plus largement; mais comme ses moyens de reconnaissance sont fort bornés, il chante deux cantiques au lieu d'un sur le seuil des portes privilégiées, et se tient pour quitte envers ses maîtres... Plaignons les privilégiés...



Le chanteur de Noëls, en butte à toutes les intempéries de l'air, se console de ses tribulations, en songeant qu'il chante pour son Dieu qui lui donna la voix, et surtout au splendide réveillon qui sera le prix de sa peine".


Alfred Meilheurat


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jeudi 22 décembre 2011

LES CARNETS DE BORVO : l'archipel bocager.

Le bocage, de part son étendue au cœur du Bourbonnais et sa force historique, est l’un des grands symboles de notre province. La diffusion du paysage bocager ne remonte en fait qu’aux XVIIe-XVIIIe siècles sous l’action d’un nouveau capitalisme rural lié au triomphe du système de l’embouche (engraissement des veaux sur dix à douze mois dont l’encadrement était défini par un contrat tacite ou écrit liant le propriétaire à l’exploitant). Cependant, la chronologie de la bocagisation du Bourbonnais demeure l’une des grandes inconnues de notre histoire rurale. Le paysage bocager, même s’il est de nos jours en partie dégradé sous l’action des remembrements et de la rationalisation des pratiques agraires, prend généralement l’aspect d’un parcellaire multiforme dont chaque élément est séparé des autres par un enclos de haies vives. Ce paysage est devenu depuis une vingtaine d’années un enjeu environnemental et patrimonial. Les actions de conservation, de sensibilisation et de découverte de ce milieu traditionnel sont d’ailleurs de plus en plus nombreuses dans le cadre des politiques communautaires et celles des Pays. Si les activités agricoles dominent encore largement l’espace bocager, le poids de l’élevage bovin y est en perte de vitesse depuis la fin des années 1980. Cosne-d’Allier demeure le centre de foire le plus important du Bocage avec une foire aux bovins en mars et une foire aux reproducteurs charolais en novembre.
Les paysages de bocage dessinent un large arc posé au cœur du Bourbonnais. Onze entités communautaires se partagent cet héritage bocager : Pays de Chevagnes, Communauté d’agglomération de Moulins, Bocage Bourbonnais, Pays de Lévis, Bocage Sud, Pays de Montmarault, Com com Sioule-Colettes-Bouble, Com com de Commentry-Néris, Pays de Marcillat, Communauté d’agglomération de Montluçon et Pays d’Huriel.
Au point de vue territorial, au-delà d’une identité paysagère et historique commune, le bocage peut être comparé à un archipel. Le poids, l’étendue et le rayonnement des agglomérations moulinoises et montluçonnaises (s’étendant à elles deux sur plus d’un quart des communes bocagères) organisent en effet l’espace bocager en une géographie bipolaire laissant à ses marges un vaste système périphérique.
Les espaces bocagers gravitant dans l’orbite de Moulins ou de Montluçon prennent l’aspect de campagnes gagnées de façon interstitielle par la rurbanisation et possédant une bonne dynamique démographique même si les zones les plus proches des centres-villes commencent à perdre des habitants au profit d’une seconde couronne plus lointaine (vers l’ouest pour Montluçon et dessinant un vaste croissant oriental pour Moulins et son agglomération). Au point de vue fiscal, ces espaces bocagers polarisés sont des terres de revenus plus élevés que la moyenne bourbonnaise. Alors que le Pays de Commentry-Néris fait partie du territoire social et économique du Grand Montluçon, le triangle du Pays de Bourbon (Bourbon-l’Archambault-Souvigny-Moulins) est résolument à rattacher à l’aire de rayonnement moulinoise.
Les espaces bocagers périphériques sont généralement marqués par la thématique de la déprise démographique (entre 25 et 50 habitants par kilomètre carré avec des pertes de population de l’ordre de 10 à 30 % durant les trente dernières années). Néanmoins, la plupart des bourgs-centres organisant ces espaces périphériques ont plutôt bien résisté à cette érosion démographique : Tronget est ainsi passé de 1000 habitants en 1982 à 932 en 2007, Le Montet de 544 à 510, Cosne-d’Allier de 2454 à 2195, Bellenaves de 1100 à 1041, Chevagnes de 720 à 700, Lurcy-Lévis de 2300 à 2134, Huriel de 2347 à 2460, Marcillat-en-Combraille de 976 à 907, Montmarault de 1443 à 1574, Villefranche-sur-Allier de 1272 à 1331, Doyet de 1191 à 1224, Ebreuil de 1222 à 1265. Dans ce concert Hérisson et Ygrande font figure d’exceptions, situées à mi-chemin entre les aires de rayonnement de Moulins et de Montluçon et touchant la zone démographiquement déprimée de Tronçais. Ygrande est ainsi passée entre 1982 et 2007 de 900 à 768 habitants, Hérisson de 872 à 680 habitants.
Si la plupart des communautés de communes de l’archipel bocager peinent à développer l’économie de leur territoire, notons toutefois la vitalité de l’axe Villefranche-sur-Allier/Montmarault situé au carrefour de l’A71 avec la RCEA. Alors que le tissu économique de Villefranche est dominé par la SOCOPA (alliée depuis 1980 au Groupe Coopératif de Villefranche créé en 1956) qui transforme chaque semaine en pièces de boucheries conditionnées environ 850 charolais, Montmarault profite à plein de sa rente de situation à moins d’un kilomètre d’une sortie de l’A71 (mise en service en 1989) et possède désormais cinq zones d’activités (Route de Moulins, 18 ha – 17 entreprises, Grands Champs, 12 ha – 6 entreprises, La Plume, 6 ha – 4 entreprises, Route de Sazeret, 10 ha – 2 entreprises, ZAC du Château, 45 ha).






S. HUG




mercredi 21 décembre 2011

Auguste Ducroux : le parfait notable.

Ami et bras droit de Pierre-Antoine Meilheurat (maire de Lapalisse de 1832 à 1877), Auguste Ducroux incarne le parfait notable rural du XIXe siècle. Issu d'une famille de propriétaires terriens enrichis dans le commerce de l'embouche, Auguste Ducroux vit le jour à Busseuil (Saône-et-Loire) en 1803. La famille Ducroux, fortement ancrée dans cette terre charolaise, fit de Poisson son fief, commune à laquelle elle donna plusieurs maires au cours du XIXe siècle.


Après avoir fait son droit, Auguste Ducroux s'inscrit au barreau de Dijon et s'installa comme avocat à Charolles en 1828. L'année suivante, il épousa une lapalissoise, Marie-Louise Boizet, fille de Benoît Boizet, l'un des plus gros propriétaires du Pays de Lapalisse. Le jeune couple s'installa à Lapalisse, dans une demeure de l'Ile Saint-Jean. Délaissant peu à peu le droit, Auguste Ducroux se consacra dès lors presque exclusivement à la gestion de ses propriétés dispersées autour de Lapalisse, mais aussi en Donjonais, en Brionnais et en Charolais. Conseiller municipal de Lapalisse à partir de 1836, il devint conseiller d'arrondissement et adjoint au maire en 1842. En 1850, notre homme maria sa fille unique, Marie-Louise, à Joseph-Marie Burelle, héritier de l'une des plus belles fortunes de la Forterre. En 1871, Auguste Ducroux, fidèle soutien de Pierre-Antoine Meilheurat, accepta de quitter son poste d'adjoint afin d'intégrer à l'Hôtel de Ville la génération montante des Républicains locaux, mais il demeura tout de même conseiller municipal jusqu'à sa mort le 3 mars 1875.


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Remerciements à Madame Malte-Saltes, galiériste et critique d'art à Hambourg, descendante d'Auguste Ducroux et fidèle lectrice de PALICIA.


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S. HUG



dimanche 18 décembre 2011

Lapalisse en toile de fond d'une opérette de Francis Lopez.

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Quatre Jours à Paris, créée à Bobino le 22 février 1948, est la troisième opérette de Francis Lopez, après La Belle de Cadix et Andalousie. Avec cette œuvre, Francis Lopez (compositeur) et Raymond Vincy (auteur du livret) signent une sorte "vaudeville-opérette" dans lequel le livret, avec ses quiproquos, ses rebondissements incessants, a plus d'importance que la partition.






Quatre Jours à Paris se joue une année entière à Bobino puis est repris en 1960 à l'ABC. Une version cinématographique est adaptée en 1955 pour Luis Mariano, entouré de Roger Nicolas, Jeanne Sourza et Geneviève Kervine. Malgré la qualité de l’interprétation, le résultat ne fut guère convaincant. Il est à noter au passage que la séquence lapalissoise de Quatre jours à Paris fut transposée dans ce film en Provence, sans aucun doute plus radieuse pour le public parisien. Une adaptation pour la télévision fut réalisée en1978 et réunissant pour l'occasion une belle affiche : Georges Guétary, Eliane Varon, Michel Dunand, Katia Tchenko, Jacqueline Guy.
Quatre jours à Paris est aujourd"hui l’une des opérettes de Francis Lopez qui totalise chaque année le plus de représentations sur nos scènes de province.


L'intrigue vaudevilesque est simple :

Ferdinand est la coqueluche des clientes de l'institut de beauté "Hyacinthe de Paris". La plus empressée, Amparita, est la femme d'un riche brésilien, Bolivar. Avec la complicité de Hyacinthe, elle tente de séduire le jeune homme. Pendant ce temps, Ferdinand, qui ignore tout de ce petit complot, fait visiter la capitale à Gabrielle, une petite provinciale venue passer "quatre jours à Paris". À l'institut, Amparita, qui a attendu en vain sa proie, est furieuse. De retour, Ferdinand se moque bien des reproches qui lui sont adressés. Il cherche surtout le moyen de rejoindre Gabrielle repartie à la Palisse, dans l'Allier. Pour égarer les soupçons, il déclare qu'il est appelé d'urgence au chevet de sa vieille grand-mère. Un ami de Ferdinand finit par vendre la mèche et tous les protagonistes se retrouvent à La Palisse, dans l'auberge du papa de Gabrielle. Avec trois femmes amoureuses de lui (Ampira, Gabrielle et Simone, une maîtresse de longue date), Ferdinand, malgré son imagination, ne peut accumuler les mensonges bien longtemps... et Gabrielle met bientôt tout ce beau monde à la porte.
De retour à Paris, amoureux de Gabrielle, Ferdinand refuse de reprendre le travail. La brave Simone se dévoue... Elle fait venir Gabrielle dans la capitale et, après une ultime dispute, les amoureux se réconcilient juste avant que ne tombe le rideau.




S. HUG




vendredi 16 décembre 2011

1851-2011 : retour sur la résistance donjonaise au Coup d'Etat du 2 décembre. Dernier volet : ordre napoléonien et lieux de mémoire.

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Dans la semaine qui suivit les événements du Donjon et de La Palisse, les journaux conservateurs du département orchestrèrent une campagne de presse visant à glorifier l’action des défenseurs de l’ordre et d’horrifier le peuple et la bourgeoisie en dépeignant des insurgés guidés par la soif du sang : « On nous communique de nouveaux détails sur la manière dont les brigands du Donjon se sont conduits envers leurs prisonniers. C’est au milieu de la nuit que ceux-ci ont été arrachés de leurs lits et on ne leur a pas permis de prendre tous leurs vêtements. Ils ont été amenés presque nus, des sabots aux pieds. On les a fait monter dans une charrette à fumier, l’escorte vociférait autour d’eux les injures les plus grossières et les menaces les plus atroces, avec accompagnement de chansons démagogiques ou obscènes. Le temps étant brumeux, la nuit glaciale, les honorables citoyens ainsi conduits grelottaient et se plaignaient du froid, ce qui amusait beaucoup leurs bourreaux. M. de la Boutresse ayant essayé, pour se réchauffer, de battre des bras, on lui lia les mains. En arrivant à Lapalisse, les insurgés ont dirigé leurs captifs vers la prison publique (…) Les cannibales qui ont assassiné les gendarmes de La Palisse se sont acharnés, assure-t-on sur le cadavre du malheureux brigadier percé de dix balles. Ils auraient, chose horrible ! dansé sur son cadavre, et l’auraient criblé de coups de baïonnette. » (Messager de l’Allier du 8 décembre 1851).


Les 21 et 22 décembre, les électeurs du département de l’Allier approuvèrent l’instauration d’un pouvoir fort par 69 932 OUI contre 1 326 NON, ce qui, au passage, permet de nuancer les certitudes de l’historiographie régionale quant à la chronologie des « campagnes rouges bourbonnaises ». Aidée par des détachements de cavalerie, la remise en ordre bonapartiste put s’opérer rapidement dans le département de l’Allier. 852 républicains furent arrêtés et, à partir du mois de mars, des commissions mixtes (chambres mi-civiles, mi-militaires) instruisirent et jugèrent selon une procédure d’exception les personnes reconnues d’actes de rébellion. 246 furent déportés en Algérie, 11 à Cayenne, 100 autres furent internés et, enfin, cinq peine de mort par contumax furent prononcées.
Du côté Lapalissois, même si aucun habitant de la ville ne participa directement à l’émeute, ving-quatre d’entre eux furent jugés et neuf furent transportés en Algérie : le notaire Etienne Rocher, le clerc de notaire Jean Amaury, Claude Blettery, sans profession, le cordonnier Guillaume Ducoin, le serrurier Guillaume Dereure, le comptable Claude Lefaucheur, l’aubergiste Jean-Baptiste Maguet, le charcutier Joseph Minard, le voiturier Jean Papon. La plupart rentrèrent d’exil, par le port de Sète, entre le mois de janvier et le mois de mars 1853. Gilbert Ducoin mourut à Blida, en Algérie, en 1873 où il était devenu sous-directeur de la Caisse d’Epargne locale. Etienne Rocher, après avoir été mis en résidence surveillée à Douéra, s’établit à Alger où il mourut en 1895. Une loi de réparation nationale promulguée le 30 juillet 1881 en faveur des victimes du 2 décembre 1851 dédommagea sous forme de pensions ou de reversions les personnes jugées ou leurs ayants-droits.

Deux lieux de mémoire. Une souscription fut ouverte au printemps 1852 pour édifier un petit monument funéraire sur la tombe du gendarme Lemaire. Notons au passage que l’évêque de Moulins, Mgr de Dreux –Brézé, prit en charge l’éducation de la fille unique du maréchal-des-Logis tombé sous les balles de Donjonais et la dota d’une rente une fois arrivée à sa majorité. Des aides publiques furent également allouées à la veuve du gendarme. En 1882, lors de la victoire d'Honoré Préveraud aux législatives, les partisans du républicain donjonais dégradèrent cette tombe qui portait alors une grandiloquente inscription sur son socle. En 1905, le comité de la Libre-pensée lapalissoise demandait encore la suppression de cette inscription jugée provocatrice. On ignore à quelle date la partie la plus "réactionnaire" de l'épitaphe fut définitivement martelée.


L'idée d'ériger un monument dédié aux victimes du coup d'Etat du 2 décembre 1851 fut lancée par Antoine Hugon, maire de Saint-Prix, dans un discours prononcé en mai 1905 lors des obsèques d'Edmond Bourrachot, l'un des plus fervents républicains donjonais du 4 décembre 1851. Il fallut attendre la fin de l'année 1907 et l'arrivée à l'Hôtel de ville de Lapalisse de Jean-Baptiste Baudon, radical-socialiste, pour que le projet trouve enfin un écho favorable auprès de la municipalité. Un comité fut organisé : M. Hugon en fut le président, MM. Baudon, maire de Lapalisse et Bonnet, maire du Breuil, vice-présidents, M. Rambaud, cordonnier en fut le trésorier et M. Chervin, instituteur, secrétaire. Une souscription fut ouverte auprès du public et des maires républicains du département. Le Conseil général et la Mairie de Lapalisse mirent la main à la poche, mais l'argent peina à être rassemblée. Alors que l'on prévoyait un monument en granit du Mayet, on se résolut à utiliser la pierre de Villebois, moins chère. L'emplacement du monument déclencha également une vive polémique. Pour l'ériger, J.B Baudon autorisa le déplacement d'une croix qui fut reléguée au coeur du cimetière de la ville. Par ailleurs, M. Balleydier, dont le mur de la propriété touchait à l'emplacement réservé au futur monument mena une véritable guérilla juridique afin que "la borne" ne soit pas collée à son mur...




Achevé en 1913, le monument, dont le socle renferme un parchemin sur lequel figuraient les 140 noms des héros du 4 décembre 1851, ne fut inauguré qu'en 1922. Ce monument devint vite un lieu de mémoire pour tous les républicains locaux. Aussi, ce fut à ses pieds que se déroula la grande manifestation antifasciste du 1er juillet 1934. Près de 3 000 personnes investirent ce jour là les abords de la mairie, de la sous-préfecture et du champ de foire afin de témoigner de leur volonté de défendre les valeurs républicaines face à la montée des ligues d'extrême-droite.
Le 2 décembre 1951, la municipalité de Charles Bécaud, ancien résistant et déporté, organisa les cérémonies du centenaire de la résistance républicaine au coup d'Etat du 2 décembre 1851 en présence du Préfet de l'Allier, du sous-préfet de Vichy, de M. Auberger, sénateur, M. Migay, député, M. Lamoureux, ancien ministre et M. Rougeron, président du Conseil général de l'Allier.
Depuis 2006, chaque début décembre, des élus, des membres ou de simples sympathisants des partis de gauche font revivre, le temps d'une cérémonie, la mémoire des républicains de 1851.


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S. HUG


lundi 12 décembre 2011

LES CARNETS DE BORVO : la sphère moulinoise.

Moulins est sans nul doute l’une des préfectures les plus discrètes et les méconnues du territoire national. Située sur les bords de l’Allier à 300 kilomètres de Paris (3 h 30 par la route – 2 h 40 par le rail), Moulins ne jouit malheureusement pas d’une grande notoriété à tel point que la plupart des jeunes générations françaises sont incapables de placer sur une carte de l’Hexagone cette ville de seulement 22 000 habitants (25 000 habitants en 1982). La communauté d’agglomération de Moulins regroupe quant à elle dix communes et 58 000 h ce qui limite le poids de la région moulinoise. Certaines administrations nationales utilisent par ailleurs le vocable de Moulins-sur-Allier ce qui pour les Bourbonnais constitue un joli pléonasme mais qui à coup sûr ancre psychologiquement pour ceux et celles qui ne connaissent pas Moulins au rang des petites villes de terroir. Le déclassement dans la hiérarchie urbaine française est un risque réel qui pèse sur Moulins. Ainsi, la défense du Tribunal de Grande Instance menacé en 2008-2009 par la réforme de la carte judiciaire nationale a mobilisé toute les composantes de la vie politique et sociale moulinoise et fut couronné de succès puisqu’en janvier 2010 le Conseil d’Etat a invalidé la fermeture programmée du TGI moulinois.
Depuis le début des années 1980, la promotion de la ville de Moulins est donc devenue une priorité municipale. Après avoir joué sur l’image d’une cité sportive sous les mandats d’Hector Rolland (1971-1989), Pierre-André Périssol, maire de Moulins depuis 1995, essaye de promouvoir le patrimoine de la ville et de développer son potentiel touristique : classement en tant que Ville d’Art et Histoire en 1997, ouverture du Centre National de l’Illustration dans l’Hôtel de Mora en 2005, inauguration enfin, dans l’ancienne caserne Villars totalement rénovée, du CNCS (Centre National des Costumes de Scène, qui conserve près de 10 000 pièces) en juillet 2006.



Pourtant, la défense de l’identité moulinoise, se confondant souvent avec celle de toute la province, commença très tôt avec la création de la Société d’Emulation du Bourbonnais en 1846 et de la Société des Etudes Locales en 1920. Citons également ici les travaux d’Alfred Meilheurat et sa Physiologie du Moulinois (1843), de Marcel Génermont fondateur des Cahiers Bourbonnais et auteur notamment de Jacquemart, doyen des Moulinois (1938), et de Marie Litaudon, Moulins en 1460 (1947) et Moulins en 1660 (1961).

Au point de vue économique, le poids des services, des commerces et des administrations est particulièrement fort à Moulins où le secondaire n’a jamais réussi à dépasser la barre des 20 %. La répartition des activités économiques sur le territoire de l’agglomération moulinoise est intéressante à noter. Alors que la ville de Moulins concentre l’essentiel des fonctions administratives, des services territoriaux et des petits commerces, les grandes surfaces commerciales et les grandes unités industrielles et tertiaires sont établies sur les communes d’Yzeure (12 500 h – société BOSCH - 320 employés) et d’Avermes (3 800 h – Parc Moulins-Foire-Expo, les sociétés Potain, 250 employés, JPM, 400 salariés, base logistique Intermarché 200 salariés, Centre Leclerc 200 salariés). Cette distribution spatiale trouve son corollaire dans la géographie politique de l’agglomération : alors que la ville de Moulins est résolument ancrée à droite, Yzeure et Avermes sont votent elles à gauche.
Dans les années à venir, la fonction de carrefour (RCEA – RN9 et RN7) pourrait, si elle est convenablement exploitée, constituer un atout de taille pour l’agglomération moulinoise. En revanche, l’activité de l’aérodrome de Moulins-Montbeugny n’a jamais véritablement décollée. La ville de Moulins, en tant que Préfecture, offre une gamme très complète d’administrations et de services et possède un panel de commerces relativement étoffé. Le Centre Hospitalier et la Clinique Saint-Odilon contribuent au pouvoir d’attraction de Moulins. A cela s’ajoute, le rayonnement de l’Evêché, un IUT créé en 1996, des Lycées dont le fameux Banville (classes prépas), des cinémas, mais en revanche l’agglomération présente une réelle faiblesse au niveau des salles de spectacles. Le pouvoir médiatique de Moulins est également limité : aucun quotidien moulinois (seule existe une agence du quotidien clermontois La Montagne), on y trouve également le siège de l’hebdomadaire La Semaine de l’Allier et les studios de France3 Auvergne-Moulins.
L’aire d’influence de Moulins est plutôt stable depuis plusieurs décennies, s’étendant à toute la moitié nord du département de l’Allier et aux marges sud du département de la Nièvre (la ville de Nevers a seulement 50 kilomètres de Moulins en limite son influence septentrionale).






Au niveau historique, la première mention de Moulins remonte à 990. En 1232, le sire de Bourbon Archambaud VI octroie une charte de franchises aux habitants de la ville de Moulins qui fut la capitale du duché de Bourbon entre 1327 et 1523. Dans la seconde moitié du XVe siècle, la cour ducale de Moulins atteint son apogée sous Pierre II et Anne de France (nombreux artistes dont le fameux Maître de Moulins, peintre encore anonyme).

Au XVIIe siècle, Moulins devint le siège d’une généralité qui s’étendait bien au-delà des limites de la province du Bourbonnais. Devenue chef-lieu du département de l’Allier en 1790, siège d’un évêché en 1823, Moulins, ville bourgeoise, incarna vue de la capitale l’archétype de la ville balzacienne du XIXe siècle, surnommée d’ailleurs La Belle endormie. Le décollage industriel de Moulins fut tardif et ne remonte qu’aux années 1960. Cinq grandes sociétés ont marqué l’histoire industrielle de l’agglomération moulinoise : Ducellier-Bendix, Bally Chaussures, Thomson, Potain et JPM. Devant l’augmentation du nombre des ouvriers et des employés, des quartiers HLM sortirent de terre durant les années 60 : au Sud, les Champins, au Nord, les Gâteaux et les Chartreux. Alors que le bassin montluçonnais commençait à entrer en déclin au moment moment Moulins se réveillait, laissant croire à certain que la hiérarchie industrielle de l’Allier finirait par s’inverser. Or, à partir des années 1980, les cinq principales entreprises moulinoises furent frappées par la concurrence internationale.
Héritière d’une tradition locale du travail du cuir, le chausseur Bally employa jusqu’à 500 employés au début des années 1980. Entamant ensuite un long déclin, le site ferma définitivement en 1999 après une vaine tentative des employés pour l’administrer.
Thomson s’installa à Moulins à la fin des années 1950 en créant un atelier d’assemblage de postes de télévision (150 emplois originels). Au milieu des années 1960, le site moulinois employa plus de 900 personnes. La décennie 70 fut marquée par une série de crises et d’espoirs, mais l’usine Thomson ferma définitivement au début des années 80.
La société Potain s’installa à Avermes en 1959 par le rachat de la fabrique de wagons miniers Decauville. Spécialisée dans la conception de grues, la société Potain fut d’ailleurs le leader mondial dans ce secteur au cours des années 1970 (250 employés environ). A partir des années 1990, Potain connut un recul de son activité. En 2001, Potain Moulins fut racheté par le leader mondial Manitowoc avec une petite centaine de salariés.
La société JPM fut fondée en 1970 par Paul Chauvat, futur maire de Moulins entre 1989 et 1995. Spécialiste de la serrurerie. JPM cessa ses activités en 2013 supprimant de la sorte près de 200 emplois. Enfin, au début des années 1960, l’équipementier automobile Ducellier-Bendix-Air-Equipement s’installa à Yzeure et employa jusqu’à 600 personnes. En 1996, le site fut repris par BOSCH qui réduisit les effectifs à 370 personnes. Fabriquant désormais des systèmes de freinage ABS, le site n’emploie plus que 320 personnes.

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S. HUG


mercredi 7 décembre 2011

Chronique du haut de la palissade : L'heure grecque.

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Les mois se suivent et se ressemblent à Lapalisse où les erreurs stratégiques de la municipalité s’accumulent dangereusement. Dernièrement, alors que rien n’avance sur le dossier du Lycée Antoine-Brun (bouclé, il est vrai depuis bien longtemps) et que les difficultés de cadrage juridique s’amoncellent autour de la création de la Maison de Santé Pluridisciplinaire, voilà que le Conseil municipal s’est penché une fois de plus sur l’avenir touristique de notre ville. Il est vrai que trois ans et demi après leur arrivée à la tête de Lapalisse, rien de sérieux n’a été entrepris dans ce domaine. C’est au moment même où notre pays est de plus en plus endetté que le Conseil municipal de Lapalisse envisage rien de moins que d’acquérir le bâtiment de l’ancien Hôtel-restaurant du Lion des Flandres afin d’en relooker l’aspect. Souvenez-vous, en 2008, l’actuelle municipalité avait débuté son mandat en pointant sévèrement du doigt le niveau d’endettement communal soit disant laissé par la majorité précédente. Trois ans plus tard, ces critiques sont bien oubliées : réglerons-nous un jour les horloges lapalissoises sur l'heure grecque ? Pire, personne ne sait quel projet pourrait être accueilli dans les murs de l’ancien Hôtel du Lion des Flandres, si ce n’est le risque de voir apparaître une nouvelle coquille vide à l’image du futur quartier d’artisanat d’art dont l’orientation est encore on ne peut plus floue. Faute de voie clairement définie, la municipalité lapalissoise continue donc à rêver le long de l’ancienne Nationale 7, route désormais désenchantée. J’espère au passage que vous aurez vous aussi noté l’étonnante politique des élus communautaires qui financent un jour des panneaux touristiques labellisés « Route Historique Nationale 7 » et refusent le lendemain la création d’un espace « RN7 Historique » au sein du futur quartier d’artisanat d’art. La renaissance de Lapalisse passera inévitablement par la redécouverte de la notion de stratégie promotionnelle et la fin de la politique à la petite semaine.

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S. HUG

dimanche 4 décembre 2011

Les brèves du Père Besbre : réflexion dézinguée autour de la nouvelle signalétique touristique lapalissoise.

1851-2011 : retour sur la résistance donjonaise au Coup d'Etat du 2 décembre. Troisième volet : Du sang sur le pavé.

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Mais alors que les deux colonnes républicaines continuaient à avancée, la ligne de défense se débanda, pompiers et gardes nationaux prirent sans coup férir la fuite. Sur ces entrefaites, Rochefort courut jusqu’à son bureau de la sous-préfecture, prit un sac d’écus, jeta dans une cheminée quelques papiers sensibles et s’enfuit par une porte située à l’arrière du bâtiment en direction de la mairie. Les deux bâtiments administratifs furent perquisitionnés par les insurgés qui finirent par trouver Rochefort caché dans un réduit.
Dehors, le gros de la troupe donjonaise n’avait pas perdu de temps et s’était appliqué à édifier une barricade à la hauteur du presbytère. Vers 8 h 30, sept gendarmes de la caserne de La Palisse, suivis par une escouade de pompiers et de gardes nationaux se placèrent au pied de l’actuelle rue de la Fraternité. A mi-pente, le lieutenant Combal fit signe à ses hommes de lancer une charge. Un tir nourri barra cette charge. Le Maréchal-des-logis Lemaire fut tué sur le coup, les gendarmes Busson et Jaillard furent grièvement blessés, les quatre autres membres de la charge furent plus légèrement touchés et battirent en retraite. L’intensité du feu donjonais mit en déroute le corps des pompiers et des gardes nationaux. Le sous-préfet profita le l’émotion générale pour s’enfuir par la cure de l’église, enjamba le mur qui la séparait du jardin de la sous-préfecture, gagna les écuries, y harnacha à la hâte un cheval et fila au galop par l’actuelle route de Bert. Ci-dessous : plan des affrontements de La Palisse dressé par l'historien cussétois Jean Cornillon (1845-1936) et publié dans son étude sur Le coup d'Etat du 2 décembre 1851 dans le département de l'Allier.
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Maîtres de La Palisse, les Républicains donjonais parcoururent la ville afin d’essayer de recruter des hommes supplémentaires. Leurs démarches furent sans résultats. En tout début d’après-midi, l’annonce de l’arrivée imminente d’un escadron de chasseurs en provenant de Moulins sema le trouble parmi les rangs des insurgés. A 14 heures, alors qu’il commençait à neiger, les Donjonais prirent la décision de se replier et à 16 heures, le sous-préfet de Rochefort entra dans La Palisse à la tête d’un détachement de cavalerie. Rochefort nota le soir même dans une lettre adressée au Préfet de l’Allier : « A notre retour, la ville était évacuée et les chasseurs se sont emparés de la mairie sans trouver d’obstacles. De concert avec M. le juge de Paix, j’ai fait arrêter 18 des principaux émeutiers qui ont été trouvés armés dans les cabarets et cafés. Demain à 8 heures, nous partirons pour Le Donjon avec 100 chasseurs, les autres resteront ici. Toute la journée on a sonné le tocsin dans les cantons de Jaligny, de Lapalisse et du Donjon. Il faut de toute nécessité que vous me laissiez de la garnison : la partie bonne de la population est convaincue qu’aussitôt le départ des chasseurs les brigands reviendront. Je ne trouverai pas d’hommes pour faire la moindre résistance. La position ne serait pas tenable. Avisez. » Relevons au passage que les émeutiers arrêtés furent principalement des Lapalissois aux idées républicaines et démocrates très affirmées.
A deux heures du matin, le 5 décembre, les Donjonais étaient de retour dans leur bourg où ils tinrent conseil sur la suite à donner à leur rébellion. Très vite, ils prirent la décision de se séparer, de se cacher ou de s’enfuir. Honoré Préveraud gagna la Belgique, Bourrachot Père, Felix et Adolphe Terrier, de Nolhac, Fagot, Pélassy et Jules Préveraud se réfugièrent en Suisse. Les deux frères Bourrachot furent arrêtés à quelques kilomètres de la frontière suisse, Philibert Bonnet et Léon Préveraud furent quant à eux appréhendés à Roanne, le chemin de l’exil d’Ernest Préveraud fut stoppé net à Saint-André et celui de Georges Gallay s’arrêta à Nantua.




A suivre...




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S. HUG




samedi 3 décembre 2011

1851-2011 : retour sur la résistance donjonaise au Coup d'Etat du 2 décembre. Deuxième volet : Investir La Palisse.

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Les événements survenus le 4 décembre 1851 à Lapalisse furent l’œuvre d’une poignée de Républicains donjonais déterminés. Depuis plus d’une année, De La Boutresse, maire du Donjon et d’Ollivier, juge de Paix du canton, surveillaient un petit cercle gagnées par les idées démocrates : les médecins de Nohlac et Barthélémy Terrier, les deux frères de ce dernier, Antoine, notaire et Felix, propriétaire, un autre propriétaire nommé Fagot, le pharmacien Pelassy, l’épicier Raquin et un ancien conducteur des Ponts-et-Chaussées, Philibert Bonnet. A quelques kilomètres de là, à Neuilly-en-Donjon, vivait Georges Gallay, candidat malheureux lors de la Législative de 1850. A ce premier groupe s’ajoutaient quelques jeunes éléments bouillonnants : Honoré Préveraud, Edmond et Adolphe Bourrachot, Ernest et Jules Préveraud. Durant le mois de Novembre 1851, des rumeurs de Coup d’Etat se propagèrent parmi les cercles républicains. Il faut dire que depuis plus d’une année, le Prince-Président Louis-Napoléon Bonaparte menait une campagne visant à obtenir la révision de la Constitution de 1848 afin de pouvoir être réélu pour un second mandat consécutif. Pour parer au pire, le 1er décembre, d’Olivier fit mettre en sécurité au domicile du maire De La Boutresse une cinquantaine de fusils et deux cents cartouches.
Le 3 décembre, vers 16 h 00, la directrice des Postes ouvrit le courrier officiel venant de Paris et découvrit les décrets pris l’avant-veille par le Prince-Président. D’Olivier et De la Boutresse furent immédiatement avertis. On fit détacher les cordes des cloches de l’église afin d’empêcher de sonner le toscin. En moins d’une heure, le camp républicain fut également au courant du Coup d’Etat et se rassembla comme un seul homme devant la mairie du Donjon. En quelques minutes, D’Olivier, De la Boutresse et une demi-douzaine de conservateurs patentés furent arrêtés et placés en chambre de sûreté. Quant aux gendarmes donjonais, ils furent désarmés et consignés dans leur caserne sans montrer la moindre résistance. A neuf heures du soir, le sous-préfet de La Palisse, Antoine de Rochefort reçut un message envoyé par l’épouse du juge de Paix d’Olivier et porté par un domestique l’informant de la situation au Donjon. Pendant ce temps, des contingents républicains venant des communes de Lenax, Neuilly-en-Donjon, Luneau et Montaiguet-en-Forez arrivèrent au Donjon. Par un froid vif, le 4 décembre, à deux heures du matin, les insurgés donjonais, emmenant avec eux leurs prisonniers, se mirent en route pour La Palisse dans le but de prendre la sous-préfecture. A sept heures du matin, la ville des bords de Besbre était enfin en vue, un drapeau rouge flottait au dessus de la troupe. La mémoire collective donjonaise prétend même que ce drapeau avait été confectionné avec la doublure écarlate du manteau d’hiver du pharmacien Pélassy. Les Donjonais formèrent deux colonnes et descendirent l’actuel le avenue Pasteur. A la hauteur de l’entrée du foirail, les deux colonnes d’insurgés furent stoppées par une ligne formée d’une trentaine de pompiers et de gardes nationaux commandés le maire de La Palisse Pierre-Antoine Meilheurat et un vieux capitaine Bouquet, vétéran de l’Empire. Accouru, le sous-préfet Rochefort se plaça en avant de cette ligne de barrage et demanda aux insurgés de s’identifier, aussitôt, un cinglant « Républicains du Donjon ! » s’éleva des deux colonnes. Des deux côtés, les armes furent immédiatement préparées.


A suivre...


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S. HUG


vendredi 2 décembre 2011

1851-2011 : retour sur la résistance donjonaise au Coup d'Etat du 2 décembre. Premier volet : désirs d'ordre, désirs de démocratie (1847-1851)

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Les événements survenus le 4 décembre 1851 à Lapalisse s’inscrivent dans un contexte historique marqué par une crise économique et sociale relativement sévère durant laquelle les Français firent l’apprentissage de la démocratie. Face aux velléités des couches populaires (que l'on commençait à appeler le prolétariat), la bourgeoise fit le choix du parti de l’Ordre et de confisquer pour son propre compte la puissance du suffrage universel.
Depuis 1846, toute l’Europe occidentale était en effet plongée dans une crise économique qui trouvait son origine dans une série de mauvaises récoltes. Du coup, bien que les prix agricoles flambaient, les revenus de la paysannerie, premier marché de consommateurs, chutèrent lourdement, grevant en ricochet toute l’activité industrielle européenne. La sortie de crise n’apparut que durant l’année 1852.
Notre Bourbonnais, profondément rural, fut bien entendu durement touché par cette crise et cela d’autant plus que les approvisionnements en céréales d’une province à l’autre étaient encore handicapés par la faiblesse de la circulation de l’argent et un réflexe de cloisonnement territorial qui réapparaissait immédiatement en temps de crise. En 1847, à Varennes-sur-Têche, une troupe de 40 personnes investit le château de Précord et emporta les grains du sieur Tain, fermier du lieu. Le degré de politisation des couches populaires bourbonnaises est à cette époque une question difficile à résoudre, faute de sources suffisantes. Si, d’une façon générale, l’opinion publique bourbonnaise n’appréciait guère le virage autoritaire pris par la Monarchie de Juillet, on ne peut pas dire que notre département grouillait de révolutionnaires. Il existait néanmoins quelques foyers d’agitation proches des idées socialistes à l’image de celui des mineurs de Bert, situé à quelques kilomètres de Varennes-sur-Têche, et qui était étroitement surveillés par le sous-préfet de Lapalisse.
La Révolution de février 1848, la proclamation de la République suivie de l’instauration du suffrage universel masculin furent bien accueillis en Bourbonnais et le passage d’un régime à l’autre ne donna pas lieu à des incidents notables. Alors que la solution des Ateliers nationaux ne parvenait en rien à juguler les effets de la crise économique, les espoirs placés par le peuple dans l’avènement d’une République sociale s’évanouirent au fil des semaines face à une bourgeoisie qui choisit la voie du retour à l’ordre. Ce fut en mai 1849, alors que la Capitale bouillonnait une nouvelle fois que se produisit la célèbre affaire de la Brande des Mottes. Dans la nuit du 14 au 15 mai, alors que l’on attendait avec fièvre des nouvelles de Paris où, d’après les rumeurs, des émeutes avaient éclatées, un rassemblement de sept à huit cents paysans se forma à La Brande des Mottes (entre Nocq et Huriel) dans le but de marcher sur Montluçon et Moulins. Aucun incident ne fut à déplorer et, faute de nouvelles, la troupe se dispersa dans le bocage. Toutefois, la peur de faire face à une véritable jacquerie secoua la Préfecture de Moulins qui, dans les mois qui suivirent, fit surveiller avec un zèle redoublé les clubs politiques du département et les meneurs jugés trop républicains.


A suivre...


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S. HUG