mardi 11 septembre 2012

Atlas historique du Bourbonnais sous l'Ancien Régime : le Bocage.


L’apparition et la diffusion du bocage en tant que milieu agro-végétal constitue sans aucun doute la dynamique la plus importante de l’histoire agraire du Bourbonnais. Importante, car les paysages bocagers couvrent aujourd’hui plus de la moitié du département de l’Allier et parce le combat contemporain pour rénover les structures foncières liées au bocage, comprenez le métayage, nourrit jusqu’à nos jours les actes et l’imaginaire politiques de la gauche dont on connaît le poids en Bourbonnais. Aux XVIIe-XVIIIe siècles, le bocage était alors en pleine expansion dans notre province et présentait une forme moins « classique » que celle qui fut la sienne de la fin du XIXe siècle aux années 1960.
La chronologie et les conditions de l’expansion des formes bocagères en Bourbonnais demeurent deux questions non tranchées. Faute de sources suffisantes, l’historien ne peut avancer que des ébauches d’explication. Pour Pierre Bonnaud, professeur de géographie à l’Université de Clermont-Ferrand, l’apparition du bocage en Bourbonnais fut tardive, vraisemblablement entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Localisé tout d’abord autour de Moulins, le bocage se répandit dans un premier temps dans une large bande allant de la forêt de Tronçais à Dompierre-sur-Besbre. Les formes bocagères gagnèrent ensuite l’ouest et le sud-ouest du Bourbonnais, colonisant au passage les Combrailles, et finit, dans le premier tiers du XIXe siècle, par s’installer sur les pentes de la Montagne bourbonnaise. Le bocage est donc un élément beaucoup plus récent de l’histoire agraire de notre province qu’on pourrait le penser. Il semble que la diffusion de cet agencement agro-végétal dans l’espace central que nous appelons aujourd’hui couramment le « Bocage bourbonnais » coïncida avec une large période de réorganisation des campagnes qui courut du début du XVIe siècle à la fin du XVIIe siècle. Les travaux récents de Jacques Lelong ont permis de faire progresser notre connaissance de l’histoire du bocage. (1) À partir années 1570, dans un contexte économique déprimé, la dépossession paysanne (liée au développement de l’endettement) s’accéléra au profit d’une partie de la noblesse et de la bourgeoise, alors seules capables de se lancer dans une vaste politique de rassemblement parcellaire. Le résultat de ce bouleversement des structures foncières des châtellenies de Moulins, Bourbon, Souvigny, Bessay, Belleperche, Germigny, Murat, Montmarault, Hérisson, Montluçon, Chantelle et Verneuil se traduisit par la constitution de domaines agricoles de 30 à 50 hectares d’une valeur locative de 500 à 1 200 livres annuelles. L’exploitation en faire-valoir direct de ces domaines (parfois appelés métairies) était plutôt rare. En fait, la très grande majorité des propriétaires préféraient avoir recours au faire-valoir indirect en baillant à ferme leurs terres ou en signant un contrat à mi-fruit (système du métayage) pour une durée de 3, 6 ou 9 ans. Cette lente mutation des structures foncières bourbonnaises vit l’émergence d’un nouveau groupe social composé d’investisseurs urbains ou ruraux, généralement appelés marchands-fermiers ou fermiers généraux, qui s’intercalaient entre les propriétaires et les exploitants réels de la terre. Prenant à bail les fermes et les métairies, ces marchands-fermiers se chargeaient dans un second temps de les sous-louer à la paysannerie laborieuse et notamment au monde des métayers. Ce système de médiation économique développa la monétarisation des campagnes et aboutit au triomphe d’un capitalisme rural.
Il serait erroné de croire que les formes bocagères qui se développèrent en Bourbonnais à l’époque moderne étaient déjà dominées et structurées par des réseaux de haies vives qui en constituèrent pourtant jusqu'à nos jours l’image traditionnelle. Au niveau sociologique, ce phénomène de bocagisation fut le résultat d’un lent processus d’appropriation d’espaces agricoles sur lesquels avaient prévalu pendant des siècles une foule d’usages communautaires. La privatisation de l’espace agricole ne fut en fait que partielle. Certes, à l’intérieur de chaque parcelle, tout propriétaire (ou exploitant) pouvait désormais librement ensemencer son sol sans que la communauté villageoise à laquelle il continuait à appartenir ait son mot à dire. Cependant, à la morte-saison, les barrières devaient tomber autour des espaces laissés en jachère afin que les droits collectifs de parcours et de vaine pâture puissent être appliqués. La paysannerie opta donc dans un premier temps pour l’emploi de haies sèches, amovibles, constituées de lacis de branchages et de ronces. La haie vive ne colonisa le bocage qu’au cours du XIXe siècle. L’emploi à l’époque moderne de la technique de la haie sèche contribua de fait au processus de déboisement des régions concernées par le phénomène de bocagisation. Au cours des XVIIe-XVIIIe siècles, les ressources forestières furent en effet surexploitées à la fois par les populations locales, par l’industrie naissante (voir carte) et par des entrepreneurs travaillant pour des marchés plus ou moins éloignés. Ainsi, en 1673, un marchand bourguignon se rendit ainsi adjudicataire de 19 arpents de la forêt de Chasteau-Charles (paroisse de Coutansouze) puis passa un contrat avec un sabotier de la paroisse dans le but de mettre en œuvre « des sabots dans les fouteaux [les hêtres] de la coupe. » (2) En 1764, Gilbert Cartier, marchand apothicaire, agissant au nom de Claude Saulnier, marchand-fermier des Paraudas (Paroisse de Gennetines), vendit pour 400 livres à Pierre Chausseron et Michel Guesdon, charbonniers à Moulins, « un bois taillis appelé communément, le taillis des Paraudas, renfermé de haies à charge d’exécuter la coupe conformément à l’ordonnance des Eaux et forêts, laisser les balivaux modernes et autres balivaux et de ne couper aucun pied cornier. » Les charbonniers devront fabriquer le charbon dans les places vides du taillis « en sorte que la façon et la cuisson d’iceux ne puissent endommager le bois ». La coupe devra être faite dans un délai de deux ans et ils laisseront les taillis clos et bouchés deux mois avant l’expiration du contrat. (3) En 1765, Jean Vialy, du bourg de Villeneuve et Jean Renaud, marchand à Aurouer, vendirent pour 600 livres à Nicolas Bonchrestien, marchand de bois forain pour l’approvisionnement de Paris, un canton en haute futaie dans le bois des pêcheries sur la paroisse d’Aurouer, sans aucune réserve si ce n’est de laisser au sol les branches coupées. (4)
Enfin, il serait également erroné de croire que le bocage était forcément synonyme à l’époque moderne de territoires d’élevage. Certes, en investissant des capitaux dans la constitution d’exploitations conséquentes, la noblesse et la bourgeoisie espéraient engranger de belles rentes foncières et spéculer sur le plus de productions agricoles possibles. A ce titre, le marché de la viande, porté par l’essor du monde urbain, constituait au XVIIIe siècle un débouché économique de premier ordre. Néanmoins, comme tous les « pays », le bocage était avant tout un pays de polyculture où  les surfaces emblavées l’emportaient encore largement sur les surfaces en herbe. La structure du domaine des Belots, situé sur la paroisse de Chemilly, à la limite du bocage et du val d’Allier, illustre à merveille cette polyculture bocagère de l’ancien Bourbonnais. Les 56 parcelles qui constituaient l’exploitation formait un ensemble de 64 hectares et demi se répartissant de la sorte : 48 hectares étaient occupées par des terres labourables, 9 ha par des pâturages, 6 ha par des prés, 0,2 ha par des vignes, les bâtiments, cours et jardins s’étendaient quand à eux sur 1,3 hectare. Au niveau du cheptel vif, on dénombrait 8 bœufs de trait, 5 vaches garnies, 2 taureaux, 2 juments et leur suivant, 1 truie et 2 petits cochons, 9 moutons, 60 brebis et… 4 ruches. (5)

cliquez sur la carte pour l'agrandir. Commentaire de la carte : Le bocage primitif s’inscrivait dans un trapèze délimité par les villes de Moulins, Cérilly, Montluçon et Montmarault. Sillonné par un réseau routier relativement dense, l’économie agricole du bocage s’appuyait sur un remarquable maillage de foires et de marchés
Cliquez pour agrandir la carte. Commentaire de la carte : Le bocage primitif fut le berceau du premier essor industriel bourbonnais. A partir des années 1730, grâce à des initiatives privées et à l’action de l’Etat, des mines furent ouvertes, des forges furent créées, des manufactures virent le jour. Cependant, les capitaux manquèrent de façon chronique, tant et si bien que les ateliers les plus importants ne regroupaient pas plus de 100 personnes. A la veille de la Révolution, le pôle industriel et manufacturier de Souvigny-Messarges était le plus important, situé à la croisée des approvisionnements locaux : charbon du bassin de la Queune, bois des forêts de Grosbois et Messarges, ferd e Buxières et de Gipcy. Le charbon de Fins réputé pour sa qualité alimentait un important trafic fluvial depuis Moulins en direction de Nevers, Orléans, Nantes et Paris.

(1)- Jacques Lelong, ouv. Cité.
(2)- AD Allier, 3 E 1786 (1673)
(3)- AD Allier, 3 E 1681 (1764)
(4)- AD Allier, 3 E 19 (1765)
(5)- AD Allier, 3 E 2875 (1783)
S. HUG

mercredi 5 septembre 2012

La Pharmacie Desfourniaux

Au centre de ce cliché, pris peu avant la Grande Guerre, nous distinguons en costume-cravate le pharmacien Joseph Desfourniaux (1886-1946). Après avoir soutenu sa thèse en 1904, Joseph Desfourniaux s'installa dans la foulée à Lapalisse, rue du Commerce. Président-fondateur en 1928 de l'Association des Commerçants et Artisans Lapalissois, Joseph Desfourniaux assura également pendant de longues années la présidence de L'Avenir, une Caisse Mutuelle locale.

S. HUG