vendredi 20 novembre 2015

Présence romaine à Châtelus


Au carrefour de la voie vicinale de Châtelus à Arfeuilles et du chemin des Faures au Gué Talon, au lieu-dit La Grosse Pierre, se dresse la base d'une borne romaine taillée dans du granit. Cette base se compose d'un socle cubique de 60 cm sur 50 cm et du début d'une colonne de 58 cm de diamètre. L'ensemble forme un ensemble de 87 cm de haut. Cette borne jalonnait la route de Vichy à Roanne par la Montagne.

S. HUG

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dimanche 20 septembre 2015

Le Concours du siècle à Saint-Pierre-Laval (1923)

Le 30 septembre 1923, le Sous-sécrétaire d'Etat à l'Enseignement Technique, Gaston Vidal, inaugura le plus beau concours agricole que connut Saint-Pierre-Laval. Cette journée cojointement préparée par Eugène Carrier, Président du Syndicat d'Elevage et Paul Dru (1890-1971), maire de la commune de 1919 à 1939, fut couronnée de succès. Plus de 200 têtes de bétail furent réunis à cette occasion sous l'oeil d'un jury composé de MM. de Galard, Buchet et Bertrand. La journée, ponctuée par différentes prestations de la fanfare d'Arfeuilles, se termina par un banquet donné dans l'hôtel de M. Carrier et rassemblant de nombreux maires du canton, MM. Peyronnet, Lamoureux et Chateau, députés, M. Régnier, sénateur et M. Giacobbi, sous-préfet.  


S. HUG

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mercredi 9 septembre 2015

Pierre Marage, dernier sous-préfet de Lapalisse (1941)

Pierre Marage naquit le 7 septembre 1890 à Orléansville (département d'Alger), fils d'un administrateur colonial, il sortit lieutenant de Polytechnique (Promotion 1911). Il prit part à la Grande Guerre dans l'artillerie et fut promut Capitaine dès 1915. La paix revenue, Pierre Marage fut détaché à la Commission d'études pratiques de défense contre les aéronefs. Il reçut la Légion d'Honneur en 1929. Nommé sous-préfet de La Palisse en octobre 1940, il organisa le transfert administratif de la sous-préfecture sur Vichy, Capitale de l'Etat Français. Premier sous-préfet vichyssois, Pierre Marage fut promu Préfet du Morbihan en octobre 1942. Il occupa ce poste jusqu'en janvier 1944, date à laquelle il fut mis en disponibilité puis en retraite anticipée en 1945. Pierre Marage se partagea dès lors entre la Bretagne et la Lorraine de sa femme. Il mourut le 6 janvier 1963 à l'hôpital du Val-de-Gâce. 
Le Préfet Pierre Marage en 1943 devant le château de Josselin (Morbihan) - Collection particulière

S. HUG

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dimanche 30 août 2015

Collection Visages du Bourbonnais : Léon Côte, historien de la Montagne bourbonnaise

Le Chanoine Côte en compagnie d'Emile Fradin
devant l'entrée du petit musée de Glozel
Fils d'un tailleur du Mayet-de-Montagne, Léon Côte naquit le 27 janvier 1888. Elève au Petit Séminaire de Rétay en 1900, puis au Grand Séminaire de Moulins en 1904, il fut ordonné prêtre le 29 juin 1912. Il fut tout d'abord vicaire à Ebreuil, puis à Dompierre-sur-Besbre. Mobilisé en 1914, l'abbé Côte fut fait prisonnier jusqu'en 1919. Nommé professeur de Lettres à l'Institution du Sacré-Coeur de Moulins en 1920, il demeura dans cet établissement jusqu'en 1939. Nommé curé de Commentry, il prit en charge la paroisse Saint-Louis de Vichy le 4 octobre 1941 et fut nommé Chanoine honoraire. Il eut à cette époque comme paroissien, le Maréchal Pétain. Le ChanoineCôte resta à Vichy jusqu'en 1963, année de sa retraite. 
A partir des années 40, le Chanoine Côte construisit pas à pas une oeuvre historique tout à fait remarquable. En 1942, il soutint à Clermont-Ferrand devant la Faculté ds Lettres de Strasbourg repliée dans cette ville, une thèse sur Le romantisme en province, Achille Allier, historien, conteur, imagier bourbonnais, puis une thèse complémentaire consacrée à L'histoire du prieuré clusnisien de Souvigny. En 1958, il publia notamment En Montagne bourbonnaise au bon vieux temps, chef d'oeuvre régionaliste. Beau-frère d'Emile Guillaumin, découvreur deGlozel, il consacra également une partie de ses écrits à la défense de l'authenticité de ce site archéologique. Le chanoine Côte s'éteignit à Vichy le 10 novembre 1966. 

S. HUG

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samedi 29 août 2015

Une photo à la Une : le Caillou de Monplaisir




Erigé au début des années 1960, le monument en l'honneur du 152 RI était originellement placé, comme nous pouvons le voir sur ce cliché, à l'entrée de la place Jean-Bécaud. Il ne fut déplacé de l'autre côté de la Nationale 7 qu'au milieu des années 1980. La présence de ce monument apporta du coup un nouveau surnom au quartier de Monplaisir/La Petite Gare : celui du "Caillou". Si le toponyme "Montplaisir" (ou Monplaisir) apparaît au début du XIXe siècle dans les actes notariés, l'appelation de "La Petite Gare" ne devint courante qu'à la Belle Epoque, après l'ouverture de la station de Lapalisse-Ville sur la ligne de chemin de fer économique Dompierre-Le Mayet (voir l'histoire du Tacot). Alors que les Lapalissois continuent très fréquemment à parler de La Petite Gare et de Monplaisir, bien peu parlent encore du "Caillou".
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S. HUG

lundi 17 août 2015

La République en Paix (Laprugne)

L'un des monuments aux Morts les plus originaux du département de l'Allier se situe à Laprugne. Erigé en 1924 sur des dessins de l'architecte moulinois Mitton, il représente une Marianne coiffée d'un bonnet phrygien, tenant d'une main un rameau de laurier et de l'autre une épée pointée vers le sol, symbole de paix et de recueillement. 

Le monument dans les années 1950

Le monument aujourd'hui

La force de la République recueillie

mercredi 5 août 2015

Joseph Décoret (1862-1899), fondateur de Ferryville (Tunisie)


Portrait de Jacques Décoret,in, Maurice Sarrazin, 
      Les Bourbonnais célèbres et remaquables, 
Tome I, Editions des Cahiers bourbonnais, 2009
Joseph Décoret naquit à Lapalisse le 28 octobre 1862, fils de Gilbert Décoret, secrétaire de la Sous-Préfecture. En 1897, alors qu'il réside à Tunis et qu'il y administre différentes compagnies et sociétés commerciales (dont la Société Immobilière Nord-Africaine), Joseph Décoret a vent d'un projet de construction d'arsenal par la Marine française entre les lacs d'Ichteul et de Bizerte. Se rendant sur le site du projet, entre Tindja et le marabout de Sidi-Abdallah, il décide d'acheter 600 hectares de terre juste avant que l'Etat ne s'en porte acquéreur. Le but de Décoret est clairement d'y créer une ville nouvelle au nom de la Société Immobilière Nord-Africaine. Ayant cédé à la Marine de quoi construire l'Arsenal (200 hectares), Décoret entreprend immédiatement, en accord avec les Travaux Publics, de tracer le plan de la cité, de lotir les terres et de les mettre en vente. 
Plan de Ferryville
Site de Ferryville, entre mer et collines.


Vue générale de Ferryville peu avant 1910

Mais, emporté par une fièvre, il meurt brutalement à 36 ans en août 1899. Peu de temps après la disparition de Décoret, le Résident Général donna le nom de Ferryville à la nouvelle localité qui comptait déjà 5 000 habitants en 1900. L'Arsenal devint peu à peu le plus important d'Afrique et Ferryville prit l'aspect d'une ville comospolite où se cotoyaient Tunisiens, Français, Maltais, Espagnols et une forte communauté italienne. En 1957, à l'heure de l'Indépendance, Ferryville forte de 30 000 habitants,  fut rebaptisée Menzel Bourguiba. Joseph Décoret  repose au cimetière des Bartins à Vichy dans le caveau familial.  

S. HUG

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mercredi 8 juillet 2015

Le garage Jalicot sur la route de Paris à Nice

                                        
Créé dans les années 20, le garage Jalicot, situé rue Nationale, fit partie de la première génération d'ateliers lapalissois de réparation et de conception d'automobiles avec les garages Chabanne, Auroux et Dujon, Combaret et Court. Dirigé jusque dans les années 50 par Lucien Jalicot, il fut ensuite repris par Louis Jonard, avant de fermer ses portes en 1973.
Impliqué dans la vie locale, Lucien Jalicot fut également lieutenant des pompiers lapalissois des années 30 aux années 50.

S. HUG

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mardi 7 juillet 2015

La maison des Juges (village du Verger - Arfeuilles)

La Maison Goutaudier dans son jus au début du XXe siècle.  La partie à gauche du balcon comporte de nombreux éléments architecturaux qui rattachent ce bâti à la typologie des maisons-fortes de la fin de la période médiévale.  En effet, Le Verger fut le siège d'un fief et d'une justice qui furent rattachés en 1672 à la seigneurie de Châteaumorand (Châtelus). Cette justice du verger s'étendait sur une grande partie d'Arfeuilles, mais aussi sur Saint-Pierre-Laval et sur Saint-Bonnet-des-Quarts. La galerie-balcon, ornement social de la famille Duvergier, assurait la jonction entre le vieux logis féodal et l'extension paysanne. 

Au village du Verger, sur les hauteurs d'Arfeuilles, le lourd balcon de bois de la maison Goutaudier signala pendant de longues décennies à la population locale le souvenir des Juges Duvergier. Cette vieille famille arfeuillat connut une remarquable ascension sociale durant les deux derniers siècles de l'Ancien Régime. Alors que l'une des branches des Duvergier fit carrière dans le notariat au bourg d'arfeuilles et devint seigneur des Garets, une autre branche occupa plusieurs offices de lieutenants (= juges auxilliaires) de la seigneurie de Montmorillon (Arfeuilles), de Beaupoirier ou de La Chaize (Le Breuil).
La maison Goutaudier présente l'immense avantage de donner une réalité physique à l'exercice de la justice seigneuriale sous l'Ancien Régime. En effet, la très grande majorité des seigneuries étaient de modestes territoires dont l'administration ne reposait très souvent, faute de moyens, que sur les épaules de deux ou trois officiers pratiquant une pluriactivité et issus généralement des rangs de la petite bourgeoisie rurale ou urbaine.

S. HUG

mercredi 24 juin 2015

Le boeuf gras en Bourbonnais

Défilé du Boeuf gras à Lurcy-Lévis avant la Grande Guerre
Jusque dans l'entre-deux-guerres, à l'époque du Carnaval, il était coutume de faire défiler en ville un boeuf gras acheté par les bouchers. Symbolisant à la fois l'arrivée prochaine du printemps et l'hiver finissant, le boeuf villé (c'est-à-dire "promené en ville") ou boeuf viellé (accompagné au son d'une vielle, comme le voit sur la photo ci-dessus) était pour certains une promesse de bombance à l'entrée du carême. Une fois abattu et débité, le boeuf gras était destiné à la consommation des malades qui étaient dispensés de faire maigre. 

Le boeuf gras à Gannat dans les années 1920

S. HUG

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jeudi 18 juin 2015

Louis Lepine : les premiers pas d'un sous-préfet aux champs

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Louis Lépine est né à Lyon le 6 août 1846, fils de Jean-Baptiste, teneur de livres et de Joachime Vegeramo. Après des études secondaires à Lyon et à Louis-le-Grand, il fréquenta les Universités d'Heidelberg et de Berlin, entre 1867 et 1869. Diplômé de la Faculté de Droit de Paris, il s'engagea en 1870 dans la Garde mobile du Rhône et servit comme sergent-major lors du siège de Belfort. Blessé sous une grêle de balles à Bavilliers, il fut décoré de la Médaille militaire pour sa témérité exceptionnelle et renvoyé dans ses foyers le 26 mars 1873. Il s'établit la même année comme avocat à Lyon (profession qu'il exerça jusqu'en 1877) et devint secrétaire de Milhaud, sénateur du Rhône. L'audacieux sergent Lépine entra dans l'administration et en gravit rapidement les premiers échelons. Ce fut à Lapalisse, que Louis Lépine exerça ses premières responsabilités en tant que sous-préfet (30 décembre 1877 - 28 mars 1879). Dans ses mémoires, Mes souvenirs, Lépine écrivit :
"J'y arrivai sans m'annoncer. Ce n'était pas un El Dorado : à 4 kilomètres de la gare, 1500 âmes agglomérées sur les bords d'un ruisseau, la Bêbre : un relai de poste qui a survécu aux diligences. Au centre du pays, un hôtel ou mieux une auberge. J'y entrai prendre mon premier repas sur une table écartée. Puis je gravis la colline en contournant les soubassements du vieux château de La Palisse, une imposante façade récemment restaurée. La sous-préfecture occupait avec l'église un des côtés du champ de foire. Cela avait dû être une grange, et bien qu'aménagée ce n'était pas encore une habitation confortable, mais c'était propre et il y avait par derrière le classique jardin du curé.

Qu'avais-je à faire dans ce port de mer ? d'abord me documenter; j'entrai donc dans le bureau du secrétaire, un septuagénaire voûté, un profil en casse-noisette, qui mériterait un croquis et je le fis longuement causer. A la suite d'une agitation locale, c'était en 1858, dans le remous de l'attentat d'Orsini, la commission mixte de l'Allier avait décimé le parti républicain. Par fournées on avait expédié les condamnés à Lambessa. Mais ils en étaient revenus la rage au coeur. Le 16 mai avait rafraîchi ces souvenirs parce que mon prédecesseur avait eu la main rude. Comment endormir ces rancoeurs ? Heureusement le député était homme à m'y aider plutôt. Le professeur Cornil était un savant distingué dont un traité sur la tuberculose avait fait la réputation. C'était un collègue et un ami de mon frère. (...) A La Palisse même le conseil municipal était aux mains des royalistes. Mais je pensais trouver la campagne plus malléable et je mis à courir les communes, à conseiller les maires sur les affaires, ce qui était le meilleur moyen de les apprendre. Ils me rendirent mes visites et la glace fut rompue. Le vendredi, jour du marché, je faisais mettre au feu une gigantesque daube, des montagnes de carottes, sans parler d'autres victuailles, et dès 8 heures du matin, tout le jour, je tenais table ouverte où qui se présentait trouvait place. En quittant le foirail, les maires entraient chez moi les sabots à la main, venaient me dire un petit bonjour et allaient s'asseoir à côté des autres. Je faisais concurrence à l'hôtel Sainte-Catherine et sauf l'hôtel tout le monde était enchanté."

Sous-préfecture de Lapalisse 

Lors de son passage à la tête de la sous-préfecture de Lapalisse, Louis Lépine fit état de réelles qualités d'administrateur que le député de l'Allier, Mony, mit en avant pour soutenir sa demande de promotion : "M. Lépine est un excellent sous-préfet, depuis un an qu'il est à Lapalisse, sa compétence dans toutes les questions administratives, son zèle, son aptitude, le tact dont il a fait preuve en maintes occasions délicates, son intelligence et j'ajoute, son talent, de parole, le désignent pour l'avancement. Il n'est assurérement pas à sa place dans une sous-préfecture de 3 eme classe et il a l'étoffe d'un excellent préfet."


Après avoir occupé divers postes préfectoraux en province, Louis Lépine fut nommé préfet de Seine-et-Oise en 1893. Mais suite à la démission de M. Lozé, alors Préfet de Police de Paris, Louis Lépine fut appelé dans la capitale au bout de quelques jours seulement. En 1897, il fut nommé Gouverneur général de l'Algérie avant de réintégrer définitivement la Préfecture de Police parisienne en 1899.
En décembre 1901, il créa la première exposition de jouets et d'articles de Paris qui prit, l'année suivante, l'appelation de Concours Lépine. Ce fameux concours qui se perpétue encore de nos jours a pour but d'encourager et de récompenser la créativité et l'inventivité mises au service des Arts et de l'Industrie. Membre de l'Académie des sciences morales et politique, le célèbre préfet de police parisien décéda à Paris le 10 novembre 1933


S. HUG

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mercredi 3 juin 2015

Un député-maire lapalissois : Jean-Baptiste Baudon




BAUDON Jean-Baptiste

(Châtel-Montagne 1869 - Lapalisse 1956)

Chevalier de la Légion d'Honneur

Maire de Lapalisse de 1907 à 1919

Député de l'arrondissement de Lapalisse de 1914 à 1919
Médecin, Place de l'Industrie

Jean-Baptiste Baudon, personnage populaire, réussit dans la tourmente politique des premières années du XXe siècle, à installer pour près de quarante ans le radicalisme à l'Hôtel de Ville. Son élection à la députation en avril 1914 souleva un immense espoir que la guerre dissipa très vite.
Issu d'une famille de propriétaires terriens de Châtel-Montagne, Jean-Baptiste Baudon fit des études de médecine à Paris où il fut reçu docteur en 1897. L'année suivante, il s'installa Place de l'Industrie à Lapalisse. Ses débuts en politique sont relativement rapides puisqu'en 1904, dans un climat très tendu marqué par l'opposition entre Républicains et Radicaux, il devint conseiller municipal. En octobre 1907, il mena à la victoire une liste radicale-socialiste lors d'élections municipales provoquées par la démission en bloc des conseillers républicains. Le 22 octobre, Jean-Baptiste Baudon était élu maire de Lapalisse. Réélu en 1908, Jean-Baptiste Baudon remporta un beau succès au renouvellement municipal de mai 1912 en triomphant au premier tour une éclatante victoire face au député de la circonscription, Charles Dumas, Républicain radical, qui s'était présenté aux élections municipales de Lapalisse. La liste Baudon obtint 20 sièges sur 21.
Durant les sept premières années de son mandat, Jean-Baptiste Baudon se montra un défenseur acharné du processus de laïcisation de la société, supprimant au passage quelques croix trop visibles dans le vieux Lapalisse et cherchant à réduire l'influence des institutions catholiques de la ville. Jean-Baptiste Baudon chercha également à moderniser Lapalisse en lui donnant un habillage architectural digne de son rang de sous-préfecture. Il soutint ainsi la construction d'un Hôtel des Postes dans l'ile Saint-Jean (1909), d'une Ecole primaire de Garçons (1910), d'une Recette des Finances (1912) et lança les travaux de la future caserne de gendarmerie et du nouvel Hôpital (1913).
Soutenu par les Radicaux de Vichy-Cusset, Jean-Baptiste Baudon fut désigné pour représenter ce parti aux élections législatives d'avril 1914. Le docteur de la Place de l'Industrie axa sa campagne autour de trois points précis : l'établissement d'un impôt sur le revenu, la défense de l'Ecole laïque et le refus du maintien de la représentation proportionnelle aux élections législatives. A la surprise quasi générale, il remporta ces élections au premier tour face au député sortant, une vieille connaissance, Charles Dumas, par 11 960 voix contre 10 928. Durant les quatre années de guerre, Jean-Baptiste Baudon partagea son temps entre son cabinet de la Place de l'Industrie,les blessés en convalescence au château de La Palice, sa famille (son épouse d'origine belge, Marie-Léontine Vanalderweireld, sa fille, Marthe, et son fils, Jacques, futur gynécologue-obstétricien de renom qui eut d 'ailleurs comme interne au sein de son service du Centre hospitalier de Clermont-Ferrand le futur docteur Grèze ), son travail de député aux quatre coins de la circonscription et au palais-Bourbon, sans oublier les fréquentes missions parlementaires sur le front.
Las de la vie politique, Jean-Baptiste Baudon décida de ne pas solliciter le renouvellement de ses mandats de député et de maire lors des élections de la fin de l'année 1919. Un jeune avocat parisien, Lucien Lamoureux le remplaça comme député, son fidèle adjoint à la Mairie, Auguste Coche, fut, quant à lui, élu à la tête de la nouvelle municipalité. Demeurant un personnage écouté dans sa ville et dans l'arrondissement, Jean-Baptiste Baudon continua tout de même à animer les milieux radicaux locaux. Elu simple conseiller municipal de sa commune natale, Châtel-Montagne, en 1935, Jean-Baptiste Baudon en devint maire en 1938 et le resta jusqu'en 1945. Le prestige de l'ancien député, enfant du pays, compta pour beaucoup dans l'élection de notre homme au poste de maire de Châtel-Montagne. Durant son mandat, coïncidant avec les années de guerre, Jean-Baptiste Baudon fut un maire absent qui ne faisait la route de Châtel-Montagne que pour présider les réunions du Conseil municipal. La réalité du pouvoir local était en fait exercée par son premier adjoint, M. Barge (futur maire de Châtel-Montagne). Passé l'épreuve de la guerre, Jean-Baptiste Baudon pratiqua encore quelques années la Médecine tout en passant de plus en plus de temps dans sa propriété châteloise située tout contre le foirail.

S. HUG

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samedi 9 mai 2015

In Mémoriam : Charles Gottlieb, grand résistant et passeur de Mémoire vient de nous quitter


Nous venons d'apprendre la disparition à l'âge de 90 ans de Charles Gottlieb, grand résistant juif, rescapé d'Auschwitz. Né en 1925 à Nancy, Charles Gottlieb et ses parents, se réfugièrent à Lapalisse en octobre 1939 au sein de la famille Besson. Au bout de quelques semaines, les Gottlieb s'établirent à dans une petite locaterie du hameau des Girauds sur la commune de Billezois. En juin 1942, Charles Gootlieb entra en Résistance en prenant le chemin de la Montagne bourbonnaise puis de la Montagne Thiernoise. Arrêté à Lyon le 25 juillet 1944, il fut torturé par Klaus Barbie avant d'être envoyé dans les camps de la mort. Libéré le 7 mai 1945, Charles Gottlieb ne pesait plus que 38 kilos. A partir des années 1990, Charles Gottlieb passa beaucoup de temps auprès de Collégiens et de Lycéens afin de témoigner de son expérience de la déportation.

S. HUG

vendredi 8 mai 2015

La Guerre de Claude Lafayette, territorial bourbonnais (fin)


Au-delà de ces préoccupations familiales, professionnelles et des démarches qu'il entreprit auprès de quelques compatriotes réputés influents afin d'être démobilisé, l'altérité distendit le réseau social de Lafayette et cela d'autant plus que, passé le mois de Décembre 1915 et son départ de Moulins, ses contacts (hors permissions) avec des Lapalissois devinrent extrêmement rares. A Roanne, Claude Lafayette pouvait encore rendre visite à des cousins de sa femme. A Moulins, en revanche aucun membre de sa famille. Néanmoins, dans ses deux premières villes de casernement, notre homme reçut à l'occasion la visite de quelques connaissances de Lapalisse venus sur les bords de la Loire ou de l'Allier pour affaires. Une fois envoyé dans l'Est, Claude Lafayette se sentit quasiment coupé de ses terres : "Dans ce régiment, nous ne sommes que deux de l'Allier, je suis avec le frère de Piat (M. Piat était buraliste-quincaillier, rue du Commerce à Lapalisse), puis cinq de Roanne ou des environs. Les autres sont Bretons et Parisiens. Tu vois que nous sommes bien mêlés." (Lettre du 6 mai 1916 de Bussy-aux-Bois) A Brienne, il se rapprocha du seul "pays" de la caserne : un nommé Boudaille, natif d'Arfeuilles.

Eloigné des siens, Claude Lafayette trouva, durant les dix derniers mois de son service, un profond  réconfort dans la pratique de la pêche à la ligne, véritable religion lapalissoise. Après plusieurs mois sans pouvoir s'adonner à sa passion favorite, Lafayette, arrivé à Gyé, se précipita sur les  bords de Seine : "Je me suis empressé d'aller à la pêche à la truite. J'ai pêché dans la Seine qui n'est pas plus large dans ces contrées que la Besbre, seulement il y a des endroits où il y a beaucoup d'eau. Comme dans la Besbre, il y a des écluses et de beaux courants. J'ai trouvé dans le pays par hasard un poisson artificiel. C'est une dame qui me l'a vendu 0.75 centimes, son mari est mobilisé. Tu parles si j'étais heureux. Je te dirai aussi que dans ce pays, il n'y a pas beaucoup de pêcheursà la ligne et ils ne se servent pas du poisson artificiel comme chez nous, c'est donc bien le hasard que j'ai trouvé celui-ci. J'ai coupé une branche de noisetier et voilà ma gaule. Je suis parti avec un copain et j'ai pêché toute la soirée et j'ai réussi à prendre trois belles truites qui pesaient deux livres." (Lettre du 13 mars 1916 de Gyé)
Le plus difficile donc pour Claude Lafayette est de se procurer du bon matériel de pêche. La plupart du temps, il demande à son épouse de tout lui envoyer depuis Lapalisse : "Je voudrais que tu m'envoies 2 douzaines d'hameçons Président numéro 9 et 4 racines japonaises. Elles doivent coûter 4 sous pièce et les hameçons 6 sous la douzaine. A ma permission, j'avais pris mes hameçons chez Berthuet, ils doivent avoir aussi des racines japonaises. Tu les prendras pas vertes. Tu les prendras sans couleur, je sais qu'il y en a chez Piat. Tu m'enverras cela dans une lettre." (Lettre su 3 juillet 1916 de Brienne)

Après 22 mois de service, Claude Lafayette put enfin annoncer à son épouse la nouvelle tant attendue : son retour à la maison, via le centre de démobilisation de Falaise en Normandie. (Lettre du 27 janvier 1917). La vie reprit ses droits. En 1919, le temps d'un mandat, Claude Lafayette devint conseiller municipal sur la liste radicale d'Auguste Coche. Notre homme prit sa retraite professionnelle à la fin des années 1920.


S. HUG

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Tous mes remerciements vont à Mademoiselle Melissa Catti qui a souhaité faire revivre la correspondance de Claude Lafayette. 

jeudi 7 mai 2015

La Guerre de Claude Lafayette, Territorial bourbonnais (Quatrième partie)


Eloigné de chez lui, jouissant de moins en moins de permissions, Claude Lafayette essaya tant bien que mal de suivre l'évolution de ses affaires. Son souci premier en ces temps difficiles : honorer les commandes au prix le plus juste :

"Pour la porte de Madame Bertrand, je ne me souviens pas si les panneaux sont en chêne ou en sapin, car il y a trop longtemps. En tout cas, ça ne peut faire une grosse différence. Ce que je puis affirmé, c'est que tout est en chêne à part les deux panneaux, si toutefois ils sont en sapin. Hors voici comment il faudrait déduire les panneaux qui doivent mesurer environ 0.70 m carré. Prix en chêne : 13.5 = 9.45 f - Prix en sapin 8.50 = 5.95 f .... à déduire de ma note : 3.50 f . En somme, tu vois qu'il n'ya pas à s'inquiéter, la différence qu'il peut y avoir sur le prix de la porte est de 3 à 4 francs et si elle ne paye pas, c'est de la négligence de sa part." (Lettre du 2 juin 1915)
Claude Lafayette profite également de ses permissions pour assurer quelques livraisons : "Si je ne peux y être au moment de la livraison, l'on pourrait les charger vers l'atelier, je ferais bien mon possible pour aller les cirer. Je ne sais pas si je le pourrai, j'ai bien demandé 24 heures pour dimanche prochain. Je ne sais pas si je les aurai, en tout cas j'arriverai samedi soir au train de 10 heures, 10 heures et 1/2 à la maison." (Lettre du 28 novembre 1915 de Roanne)

Cette lettre d'Emma Lafayette est accompagnée d'un trèfle à quatre feuilles et d'un minuscule bouquet de fleurs des champs, talismans et gages d'un retour au plus vite au pays.  Sur le feuillet de gauche figure des bribes de comptes qui permettaient de tenir informer notre patron menuisier de suivre les paiements de sa clientèle. 

Homme de métier, Claude Lafayette accomplit quelques travaux de menuiserie au sein des différents casernements où il résida. Mais surtout, il répondit plusieurs fois à quelques commandes précises de gradés :"Ce soir à 5 heures, j'ai livré ma boîte à violoncelle, je l'ai posté au bureau. Le Commandant y  était, il m'a bien fait des compliments mais nous n'avons pas causé." (Lettre du 22 novembre 1916) "J'ai fait deux malles à deux sergents du 19e, ils ont été tout contents, Boudaille voudrait que je lui en fasse une, seulement le Commandant a mis le bois sous clef." (Lettre du 15 septembre 1916)

Demeurer chef de famille à distance constitua une gageure. Bien entendu au delà du contenu formel des lettres de Claude Lafayette, les ressorts psychologiques du couple, du foyer familial et des rapports avec le cercle proche nous échappent en grande partie. Etait-il sûr que ces conseils fussent suivis à la lettre ? nous l'ignorons car beaucoup de choses devaient se réguler durant les permissions de notre menuisier lapalissois. Le premier objectif de Claude Lafayette était de rassurer en permanence sa femme et sa fille par rapport à ces conditions de casernement et son éloignement du front :
"Sois tranquille, je ne risque rien. Nous sommes à Argers, du reste tu as dû recevoir une carte postale du pays. Toute la journée, nous entendons le canon et pas des minces. Mais les marmites ne peuven tpas nous atteindre car nous en sommes à 20 kilomètres. Donc tu vois que nous ne sommes pas en danger, ni dans les tranchées." (Lettre du 26 décembre 1915) "Tu me dis que M. Bernier est allé à Vichy consulter une cartomancienne, j'espère bien mon petit grelet (surnom, tout comme celui de Bielle, que Lafayette donne à sa fille Gabrielle) que tu n'y crois pas à toutes ces bêtises, tu es bien trop intelligente pour cela. Tu diras bien à Tante Madeleine, que , comme dit le Pépé, se sont des bêtises. Tu me dis qu'à Lapalisse, l'on a pavoiser de drapeaux italiens et français, l'Hôtel de Ville et la Gendarmerie". (nota : pour fêter l'entrée en guerre de l'Italie aux côtés des Alliés) (Lettre du 28 mai 1915 de Roanne)

Lettre de Claude Lafayette à la Bielle (sa fille, Gabrielle) accompagnée d'un petit bouquet très patriotique

Autre priorité : le budget familial. Alors que les rentrées d'argent s'effondrent, qu'Emma envoient régulièrement des mandats à son mari, notre homme essaya de garder la main dans ce domaine : "Gabrielle peut bien étudier son solfège sans qu'elle reprenne son instrument ou plutôt sans que Delorme lui donne des leçons, ce sont des frais que nous ne pouvons faire en ce moment." (Lettre du 17 octobre 1916 à Brienne). 

(à suivre)

S. HUG

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mercredi 6 mai 2015

La Guerre de Claude Lafayette, Territorial bourbonnais (Troisième partie)

Pendant plusieurs mois, Claude Lafayette va nourrir l'espoir d'être démobilisé en faisant valoir à la fois sa situation familiale et son statut de petit patron. Pour ce faire, il semble avoir utilisé deux intermédiaires privilégiés : Auguste Coche, adjoint au maire de Lapalisse, Président de la Société de Secours Mutuels et son voisin, le commerçant Delorme, conseiller municipal. "J'attends encore pour répondre à Coche que tu me dises si la demande que tu attends va réussir, mais je n'y compte guère, cependant ce serait le rêve pour moi si je pouvais revenir travailler à mon atelier enfin des deux il y en aura peut être une qui réussira. A quand je serai parti de cette misère." (Lettre du 27 mai 1916 à Brienne). Cependant, aucune des démarches engagées n'aboutit.
Durant les six premiers mois de son service, Claude Lafayette bénéficia de permissions relativement fréquentes. De Roanne ou de Moulins, en une heure de train, notre homme était de retour sur les bords de Besbre, s'offrant à chaque occasion une vraie "coupure" avec la vie de caserne : "Tache d'avoir des cerises pour samedi soir, nous pourrions peut être prendre la friture et dimanche, si l'eau n'est pas trop rande, nous irons à la Figourdine essayer de prendre une truite." (Lettre du 30 juin 1915 de Roanne) Cependant, en Argonne, dans la Marne et en Chamapgne, les permissions devinrent de plus en plus rares et de moins en moins faciles à annoncer à la maisonnée : "Je compte être à Lapalisse dimanche prochain 14 mai, ou lundi. Inutile de venir m'attendre à la gare. Je ne peux t'affirmer à l'avance si je partirais car au dernier moment il peut bien avoir un contre-ordre. Inutile que tu te creuses la tête à ce sujet. Si j'arrive, tu me prendras, si je n'y suis pas, ce sera pour 12 jours plus tard si les permissions ne sont supprimées." (Lettre du 8 mai 1916 de Bussy-aux-Bois)

Un retour en bonne santé, voilà ce qui importait aux yeux de Claude Lafayette. Notre Lapalissois essaya ainsi tant bien que mal de soigner au mieux les maux de ventre chroniques qui le taraudait depuis quelques années déjà. Arrivé à Gyé-sur-Seine, il écrit à sa femme : "J'avais besoin de changer de nourriture, aussi manger soupe et boeuf et boeuf et soupe matin et soir ce n'était pas drôle car j'avais attraper un commencement d'enthérite, la dyssentrie et des douleurs dans le ventre continuellement. Je l'ai perdu on ventre et j'ai bien diminué de 10 kilos." (Lettre du 8 mars 1916) Il n'est pas rare qu'Emma Lafayette glissait dans les nombreux colis qu'elle envoyait à son mari des médicaments achetés à la Pharmacie Desfourniaux, située à quelques pas du magasin familial. Mis à part une sévère grippe contractée dès le premier mois de son incorporation, Claude Lafayette traversa globalement plutôt bien ses 22 mois de service territorial. Admis un mois entier à l'infirmerie de la Caserne Werlé de Roanne, Claude Lafayette demanda à sa femme d'user de discrétion quant à son état de santé car il estimait que l'on ne manquerait pas de jaser sur son intention de se faire réformer : "Inutile de raconter tout cela aux voisins., les gens sont tellement jaloux qu'ils pourraient te lancer quelques bonniments non seulement à mon égard, mais aussi à celui de Béguet qui est très gentil pour moi." (Béguet = banquier lapalissois installé sur l'Ile Saint-Jean)

De évidence ce fut durant la période où il fit partie des brigades de bûcherons que les conditions de cantonnement de Claude Lafayette furent les plus rudes : "Pour le moment il ne fait pas froid. Nous ne sommes pas trop malheureux. Il n'y a que les rats qui nous dévorent. Ils nichent dans nos musettes et nos sacs, ils raffutent partout dans nos gamelles et notre pain est tout entamé par ces bestiaux, ainsi que le chocolat." (Lettre du 28 janvier 1916) 


Claude Lafayette accordait une grande importance à son alimentation. Il faut dire que les économies de la famille lui permettait, contrairement à d'autres territoriaux, d'étoffer ses repas et s'accorder quelques plaisirs : "Je me suis installé dans le poste de la vigie pour manger, j'ai déjeuné avec une boîte de sardines, 1 livre de pain, un chausson aux pommes avec 1/2 litre de vin. Hier soir, j'ai soupé pas trop mal pour 2 f 30 : une soupe sans pain, 2 sardines, du beurre gros comme une noisette (sardines pas fraîches, beurre rance), un tout petit bifteack avec une bonne assiette d'haricots (assez bons), un petit morceau de fromage et deux biscuits, 1 café san gnôle bien entendu. Avec une petite bouteille de vin, pas même le 1/2 litre. Tu vois que c'est cher ! et j'ai payé 1 f de chambre." (Lettre du 3 mai 1916 à Chalons-sur-Marne). 

L'ordinaire est complété par le contenu des colis envoyés par Emma Lafayette : gâteau de Savoie, saucisson, chocolat, pain d'épices, tabac...


Les jours de fêtes, la ration habituelle est largement complétée par tout ce que les Territoriaux peuvent mettre au "pot commun" : 

"Pour la veillée de la messe de Minuit, je ne t'ai pas écrit, voici pourquoi. Je suis allé trouver Marchand et nous avons fait une manille jusqu'à 9 heures et 1/2 le soir et comme Réveillon nous avons bu 1 litre de vin et 2 litres de cidre accompagnés d'une tartine de beurre de Lapalisse que Marchand avait pris. Je suis revenu dna smon gourbis où tous les copains chantaient et cela a duré jusqu'à Minuit. Puis l'on s'est couché aprs avoir passé une bonne soirée. Aujourd'hui Noël. Nous avons fait concert dans une grange. Il a plu toute la journée. A déjeuner, l'on nous a donné du lapin et un biscuit le tout était excellent. Le soir nous avons refait une manille, chanté et bu, en ce moment nous cassons la croûte, un morceau de pain et de chocolat." (Lettre du 25 décembre 1915)

(à suivre)

S. HUG

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mardi 5 mai 2015

La Guerre de Claude Lafayette (deuxième partie)

Claude Lafayette fut tout d'abord affecté à l'atelier de sellerie de la Caserne Werlé de Roanne, puis participa ensuite à des opérations de chargement/déchargement à Moulins. En Argonne, puis dans la Marne, il fut incorporé au sein d'une brigade de bûcherons effectuant des coupes de bois. Enfin, à Brienne, Claude Lafayette travailla de nouveau à des opérations de manutentions et réalisa des services de garde.

Dans l'une de ses toutes premières lettres à sa femme, Claude Lafayette relate son incorporation :

"Villemontais, le 4 avril 1915. En somme, voici ce que j'ai fait depuis mon arrivée. Lundi, fais porter rentrant et toucher 2 f 50, aller au rendez-vous à partir de 5 h du soir. Mardi, 6 heures du matin, rentrer à la caserne, nous avons touché pantalon et capote. Toute la journée à la caserne sans savoir que faire, manger et coucher où vous voudrez. Mercredi, 6 heures du matin. Visite médicale, toucher le sac, libre le soir à 5 h 1/2. Manger et coucher à nos frais. Jeudi, 6 heures du matin, toucher le fusil, 10 heures, départ pour Villemontais. Arrivée à 1 h 1/2 sans manger. L'on s'est donc occuper de nous pour la nourriture et le coucher que ce jour et je t'assure qu'il y en a beaucoup qui était bien à plaindre. Vendredi, rien à faire, que des appels et l'installation dans nos cantonnements. Samedi, l'on a commencé à demander 110 volontaires terrassiers pour partir lundi pour faire des tranchées." (l'orthographe de l'auteur a été respaectée)



Ecrivant durant les premières semaines sur du papier à l'entête de son entreprise, les conditions d'écriture de Claude Lafayette vont, comme nous pouvons le constater, considérablement évoluer par la suite. Dès 1916, de petits feuillets in-octavo vont généralement faire l'affaire. 

Au fil de ses lettres, on s'aperçoit rapidement que trois impératifs occupaient l'esprit de Claude Lafayette, patron artisan, père de famille et petit bourgeois lapalissois :


- Etre démobilisé et rentrer à Lapalisse. Les mois passants, les espoirs d'un retour disparaissant, Claude Lafayette met tout en oeuvre pour préserver une santé assez fragile.

- Suivre l'évolution de ses affaires
- Continuer à remplir à distance son rôle de père de famille

(à suivre)

S. HUG

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lundi 4 mai 2015

La Guerre de Claude Lafayette, Territorial bourbonnais ( Première partie)

La Mission Centenaire et la Grande Collecte, lancées il y a maintenant presque deux ans, ont surtout permis de densifier nos connaissances sur "Ceux de 14". Les Historiens disposent désormais d'archives plus variées pour appréhender les conditions de vie des combattants, des soignants ainsi que des populations directement touchées par les opérations militaires, sans oublier, bien entendu, celles de l'arrière. Le travail de recherche a déjà largement commencé et de nouvelles clefs de compréhension apparaissent. Si le visage symbolique du Poilu a été largement mis en avant, certaines catégories de la population française sont malheureusement restées dans l'ombre des combattants de la Grande Guerre. Ainsi, l'expérience de la Guerre des Territoriaux, ces soldats âgés de 34 à 49 ans et mobilisés au fur et à mesure des besoins des Etats-Majors comme auxilliaires dans l'industrie, les hôpitaux ou les camps militaires n'a guère retenu l'attention des concepteurs des expositions qui ont fleuri un peu partout en France l'an dernier. Il y a quelques semaines, une jeune Suissesse, Mélissa Cattin, m'a fait découvrir un lot de lettres qu'elle venait d'acquérir. Ce fonds épistolaire constitué de 254 unités est le produit de la correspondance de guerre de Claude Lafayette (1890-1933), patron menuisier-ébéniste lapalissois qui fut mobilisé en tant que Territorial de fin mars 1915 à fin janvier 1917.

Claude Lafayette (en chemise blanche), son épouse, Emma, et deux ouvriers posant devant l'atelier de menuiserie
Le magasin Lafayette situé en haut de la rue du Commerce à Lapalisse

Installé à son compte depuis 1897 en haut de la rue du Commerce, Claude Lafayette s'est marié en 1902 avec Emma Deveaux (né en 1884), fille d'un artisan carossier de la ville. Une fille, Gabrielle est née de cette union en 1903. Le couple fait partie de la petite bourgeoisie locale, loge à domicile une bonne et dispose d'un certain confort matériel. Claude Lafayette fréquente les rangs de la Société Musicale lapalissoise, il est membre de la Société de Secours Mutuels locale et nourrit une grande passion pour la pêche. Si la très grande majorité de ses lettres sont destinées à sa femme, Emma ou à sa fille Gabrielle, quelques copies de courrier montrent que Claude Lafayette entretenait également une correspondance avec son beau-frère, Edouard Deveaux, lui aussi mobilisé, avec ses beaux-parents, mais aussi avec la famille Delorme, ses voisins, qui tenait un magasin de nouveautés à Lapalisse et, enfin, avec quelques amis de la Société de Secours Mutuels dont Auguste Coche, futur maire lapalissois.
Durant ses 22 mois de mobilisation, Claude Lafayette fut affecté dans deux unités et six lieux de cantonnement différents :

- Du 29 mars 1915 au 30 septembre 1915 : 104e Territorial à Roanne
-Du 1er octobre 1915 - début décembre 1915 : 104e Territorial à Moulins
- Du 20 décembre 1915 - 8 mars 1916 : 104e Territorial à Argers-en-Argonne
- Du 8 mars 1916 au 23 mai 1916 : 19e Territorial à Gyé-sur-Seine puis à Bussy-aux-Bois
- Du 23 mai 1916 au 30 janvier 1917 : 19e Territorial à Brienne

(à suivre)

S. HUG

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vendredi 24 avril 2015

Dans les dossiers de la Luftwaffe : objectif Lapalisse




Ce plan, conservé dans les archives de la Luftwaffe saisies par l'Armée française à la fin de la Seconde guerre mondiale, date de 1938. La lettre A indiquait aux pilotes des bombardiers les objectifs à détruire lors d'un éventuel raid aérien : ici, le pont et les installations téléphoniques et télégraphiques installées dans les locaux de la Poste. Ces infrastructures détruites, l'avancée d'éventuelles forces alliées le long de la Nationale 7 aurait été fortement handicapée. En août 1944, suite au débarquement franco-américain en Provence, les combats stratégiques pour s'assurer la maîtrise de cet axe nord-sud eurent lieu dans la vallée du Rhône... Lapalisse ne fut donc jamais bombardée.



S. HUG



samedi 11 avril 2015

Un historien donjonais engagé : Denys Bournatot

Né au Donjon le 24 janvier 1891 dans une famille de journaliers. Denys Bournatot fréquenta tout d'abord l'école communale du Donjon avant de partir, boursier, à l’Ecole primaire supérieure de Vichy. Il y obtint en 1907 le brevet d'études. Il choisit alors le métier de l’imprimerie. Après un stage à Paris il est employé comme linotypiste au Progrès Social puis au Progrès de l’Allier  dirigé par le radical socialiste Marcel Régnier. De 1911 à 1914 il accomplit ses trois ans de service militaire à Besançon puis partit quatre ans au Front où il se distingua pour sa bravoure (cinq citations). A son retour il reprit son activité professionnelle et devint journaliste. Militant au sein de la SFIO, il fut élu en 1925 conseiller municipal  de Moulins remplaçant son collègue de droite Lucien Chambron. Collaborateur du maire René Boudet, il devint directeur de l’hôpital de Moulins le 1er février 1934 ; il dirigea alors la construction du nouvel établissement hospitalier et présida sa mise en service en 1938. A cette date  il accepta la présidence de la Caisse Départementale d'Assurance Maladie. 


En 1939, Denys Bournatot acheva la rédaction d'un ouvrage sur l'histoire de sa ville natale Le Donjon, un chef-lieu bourbonnais, son histoire, mais qui ne fut publié qu'en 1963, bien après sa disparition. Durant l'Occupation, Denys Bournatot cacha et soigna des réfugiés et des résistants dans l'enceinte de l'hôpital de Moulins, n'hésitant pas à soustraire aux Allemands des camions de médicaments. Son appartenance à la franc-maçonnerie moulinoise ne fut pas découverte et bien qu’ayant caché des archives et du matériel de la Loge Equerre il ne fut pas poursuivi.
A la Libération, Denys Bournatot obtint la  médaille des Assurances Sociales, il fut également nommé chevalier de l’Ordre de la santé publique puis officier du Mérite social.
Il décèda le 19 septembre 1956 et repose au cimetière de sa ville natale qui a donné son nom à une rue.

S. HUG


lundi 16 mars 2015

Collection Visages du Bourbonnais : Victor Cornil ou le triomphe du positivisme.


Victor Cornil naquit à Cusset, rue du Port, le 17 juin 1837. Son père, Félix Cornil, était médecin dans cette ville ainsi qu'aux thermes de Vichy. De tendance anticléricale, Félix Cornil fut également initié au sein de la loge maçonnique "La Fraternité des Peuples". Victor Cornil fut donc élevé au sein d'une famille gagnée aux idées républicaines. Le jeune Cornil commença ses études au collège de Cusset (1844-1851), puis les poursuivit à Clermont-Ferrand avant de monter à Paris où fit de brillantes études de médecine (1855-1864) durant lesquelles il se lia avec les Républicains et notamment avec Gambetta. Une première fois candidat à des législatives en mai 1869, Victor Cornil obtint 9489 voix face aux 15 212 de son adversaire conservateur Desmaroux de Gaulmin. Son républicanisme lui valut d'être nommé Préfet de l'Allier le 4 septembre 1870. Il démissionna de cette fonction à la fin du même mois pour se porter candidat aux élections législatives prévues au début de l'année suivante. Il échoua dans cette entreprise le 8 février 1871 n'obtenant que 31,194 voix contre 49,741  au conservateur M. de Montlaur. En 1874, le canton de Cusset l'envoya siéger au Conseil .général de l'Allier qu'il fut bientôt appelé à présider. Lors des élections législatives du 20 février 1876 Victor Cornil se présenta, comme candidat républicain modéré, dans l'arrondissement de la Palisse. Il fut élu par 9,194 voix contre MM. Desmaroux de Gaulmin, conservateur, 5,751 voix, et Gallay, républicain radical, 2,087 voix. Il s'inscrivit aux groupes de l'Union républicaine et de la gauche modérée et fit partie de la majorité des 363 qui lutta contre la politique conservatrice de Mac Mahon. Cornil fut réélu le 14 octobre 1877 par 11,884 voix.  et de nouveau le 21 août 1881, par 7,614 voix contre 4,516 à M. Préveraud, républicain radical. Sa carrière politique fut complétée en 1878 par son élection comme maire de la petite commune de Creuzier-Le-Neuf où il possédait une propriété. En 1882, Victor Cornil démissionna de son mandat à la suite de sa nomination comme professeur d'anatomie pathologique à la Faculté de médecine de Paris. Il se consacra pendant quelque temps exclusivement à ses nouvelles fonctions, et, le15 juillet 1884, il fut nommé membre de l'Académie de médecine. Sa production scientifique était déjà largement reconnue par ses pairs : outre sa thèse, Des différentes espèces de néphrite, (1869), M. Cornil publia : De la phtisies pulmonaire (1866); Du cancer et de ses caractères anatomiques (1867); Manuel d'histologie pathologique (1869-1872); Leçons professées pendant le premier trimestre de 1883-1884 (1884)... Le 6 janvier 1885, Victor Cornil rentra au Parlement comme sénateur de l'Allier, ayant été élu par 445 voix sur 836 votants. Cornil se rallia alors à la gauche sénatoriale. Réélu le 7 janvier 1894, au deuxième tour de scrutin, par 424 voix sur 838 votants,  il essuya en revanche un échec au renouvellement du 4 janvier 1903. Il ne recueillit au deuxième tour de scrutin que 225 voix sur 843 votants. Il faut dire qu'il avait été réélu en 1894 en trouvant des appuis dans les milieux de droite qu'il avait tant combattus par le passé. Cette volte-face lui valut les pires reproches des radicaux. L'évolution politique du département, de plus en plus dominé par les Radicaux, lui  fut fatale. En 1896, Victor Cornil abandonna son dernier mandat politique : celui de maire de Creuzier-le-Neuf. Notre homme poursuivit en revanche sa carrière scientifique et d'enseignant jusqu'en 1907.
Il mourut à Menton le 14 avril 1908 des suites d'une broncho-pneumonie à l'âge de 71 ans. Ses obsèques eurent lieu à Paris, en l'église Saint-Thomas-d'Aquin et son corps fut porté en terre au cimetière de Montmartre. Un monument fut élevé à sa mémoire, en 1910, à Cusset; un autre, en 1911, à la Faculté de médecine de Paris. 

S. HUG

samedi 7 mars 2015

1850 : échec de la tentative de création d'une loge maçonnique à Lapalisse

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Entre le début des années 1780 et la fin des années 1840, sept loges maçonniques furent créées en Bourbonnais (les deux plus anciennes furent la loge de l'Espérance de Moulins et la loge des Coeurs-Unis de Saint-Pourçain-sur-Sioule, puis apparurent trois autres loges moulinoises : la loge d'Isis, la loge Paix et Union et la loge de l'Humanité, enfin, en 1847, furent fondées les loges de l'Union de Cusset et de Commentry).
En 1850, Jean-Baptiste Lefaucheur (1817-1872), régisseur du château de La Palice, initié quelques mois plus tôt par la loge Paix et Union de Moulins tenta de créer une loge à La Palisse. Dès que le sous-préfet Rochefort eut vent de cette initiative, il s'empressa de souligner au Préfet de l'Allier :
"les démagogues pressent avec activité l'installation d'une loge maçonnique dans le chef-lieu de l'arrondissement et si le commissaire de police n'a pas le droit d'assister aux séances et d'y exercer une influence salutaire, la loge maçonnique de Lapalisse constituerait un vrai club d'après les éléments bien connus qui doivent la composer."
L'administration préfectorale fit pression sur Jean-Baptiste Lefaucheur qui, finalement, abandonna son idée.
Ce n'était d'ailleurs pas la première et dernière fois que la famille Lefaucheur avait maille à partir avec les représentants de l'ordre. Le frère aînée de Jean-Baptiste, Claude (1814-1883), fut durant toute sa vie un agitateur local surveillé de près par le pouvoir bourgeois. En décembre 1849, après signalement du Maire, Eugène Meilheurat, du juge de Paix, Mourier-Desgayets et du sous-préfet Rochefort, une enquête administrative envisagea très sérieusement le déplacement de sa mère, receveuse du bureau de poste de La Palisse, vers une autre ville. Au printemps 1852, Claude Lefaucheur fut condamné par la commission mixte de l'Allier (juridiction d'exception ayant pour but de mener à bien la repression contre la résistance républicaine au Coup d'Etat bonapartiste du 2 décembre 1851) à être "transporté" en Algérie, d'où il revint un an plus tard. En 1858, aux lendemains de l'attentat d'Orsini à Paris visant l'Empereur, une seconde grande vague sécuritaire s'abattit sur la France, Claude Lefaucheur fut une nouvelle fois arrêté et placé en résidence surveillée à La Pacaudière. Son activisme républicain ne s'éteignit pas pour autant. Finalement, à l'automne 1870, Claude Lefaucheur fut récompensé de trente années d'engagement en siégeant au sein de la première municipalité républicaine provisoire de La Palisse.

S. HUG

jeudi 26 février 2015

Les pastilles du docteur Guyot

L'histoire de nos rapports avec la pharmacopée et les produits pharmaceutiques reste encore à écrire. Au-delà  des vertus thérapeutiques recherchées, l'ensemble des rituels que nous accomplissons lors de la prise d'un médicament ou la somme des croyances apotropaïques (c'est-à-dire sensées éloigner le mal) que nous développons, souvent en secret d'ailleurs, constituent autant de champs historiques inexplorés. Parmi ces médicaments couronnés de toutes les vertus, les pastilles et le sirop du Docteur Guyot furent deux produits vedettes des pharmacies françaises de la Belle Epoque aux années 1950. Originaire de Périgny, Louis Guyot utilisa à merveille les bienfaits combinés du goudron, du menthol et de la terpine dans le soin et la prévention des maladies pulmonaires et respiratoires. 



De tous les utilisateurs invétérés des pastilles Guyot, l'acteur Jean Marais en conserva des souvenirs pour le moins précis : "Dure épreuve que le retour au lycée. Pourtant j'avais de bons camarades. Les meilleurs étaient Malrai et Guyot dont le père fabriquait des pastilles du même nom. Il nous en donnait des boîtes. J'avais une surprise pour eux : un vrai revolver que j'avais chipé à mon frère. Cette arme presque inoffensive l'était encore moins puisqu'elle ne contenait pas de balles. Dire "vrai revolver" nous grisait. Les revolvers à amorces, qui faisaient beaucoup plus d'effet dans nos jeux, nous semblaient dérisoires. Guyot, pour me l'acheter, me proposa en échange cinquante boîtes de pastilles et je ne sais quoi encore. Je finis par accepter." (Histoire de ma vie, Albin Michel, 1993)

S. HUG

dimanche 22 février 2015

La vielle en Bourbonnais

L'origine de la vielle remonte au coeur du Moyen Age. Devenue un instrument de Cour à l'âge baroque, l'usage aristocratique de la vielle cessa avec la Révolution. La plupart des luthiers quittèrent alors la Capitale pour s'installer en province, notamment dans le centre de la France (Berry, Limousin, Bourbonnais, Marche). Ayant conquis les milieux populaires au cours du XVIIIe siècle, la vielle devint au XIXe siècle l'instrument-roi de la danse paysanne. De toutes les lutheries bourbonnaises, la maison Pajot, installée à Jenzat depuis 1795, fut la plus renommée pendant près de deux siècles. Déclassée au début du XXe siècle par l'accordéon, la vielle tomba peu à peu dans l'oubli. Cependant, dans le Berry voisin, la Société des Gâs du Berry, mena un combat identitaire autour de cet instrument. Au cours des années 50-60, le montluçonais Gaston Rivière (1909-2004) entretint la mémoire de la vielle en Bourbonnais et fut un remarquable passeur de sonorités, légant à la génération de la Chavannée de Montbel et de Jean-François Heintzen, un fantastique héritage musical. 

source : revue pédagogique Amis Coop, novembre 1980, spécial Bourbonnais.

S. HUG

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vendredi 16 janvier 2015

La place des domestiques et des gens de maison dans le Lapalisse de la Belle Epoque

A l'époque où Octave Mirbeau publiait son célèbre Journal d'une femme de chambre (1900) quels étaient les aspects de la domesticité lapalissoise ? Grâce aux relevés du recensement de la population effectué en 1901 (conservé aux Archives départementales) nous pouvons dégager des éléments permettant de cerner cette catégorie sociale non négligeable sur les bords de Besbre (6,70 % des 1863 habitants agglomérés au chef-lieu de la commune pour une moyenne nationale à la même époque de 5 % environ).
Le groupe des domestiques et des gens de maison lapalissois était alors composé de 125 personnes, dont 89 femmes, soit 71 % du total. L'âge moyen est de 29 ans et 10 mois. Les plus jeunes domestiques ont 12-14 ans et la doyenne des gens de maison a 70 ans, il s'agit de Françoise Meunier, bonne d'Antoine Chassaing, curé de Lapalisse. Si le célibat semble de régle, on note toutefois dans une vingtaine de cas une cohabitation professionnelle entre homme et femme sous le toit de leurs employeurs. Il est donc fort probable que quelques couples informels ont dû voir le jour dans le secret des sous-pentes. En revanche, nous ne notons aucun enfant illégitime rattaché aux gens de maison lapalissois. Autre dominante : la totalité, à une exception près, des domestiques vit sous le toit de leur employeur. Marie Villedieu 57 ans, domiciliée rue de la Fraternité constitue en l'occurrence la seule exception relevée par les enquêteurs. Le recensement de la population établi en 1906, permet de cerner l'origine géographique de la domesticité lapalissoise : les trois-quarts des personnes constituant ce groupe étaient originaires de villages situés dans un rayon de 20 kilomètres autour de Lapalisse. En revanche, faute de contrats écrtits entre les parties, il est difficile de connaître le montant des gages annuels des gens de maison lapalissois. Retenons simplement que dans les petites villes de cette France de la Belle Epoque, les gages annuels (logés et nourris) des domestiques évoluaient, selon l'âge et la qualification, entre 200 francs et 700 francs (contre les 800 francs annuels d'un ouvrier maçon). 
Si l'on veut répartir cette domesticité en fonction de la catégorie socio-professionnelle de ses employeurs, il faut tout d'abord noter que 58 % d'entre eux travaillent pour des négociants, des entrepreneurs, des petits patrons du commerce ou de l'artisanat. Les 42 % restants sont à répartir dans  trois catégories sociales différentes (27 sont employés par les grands propriétaires, 15 par les membres de la fonction publique et par les professions libérales,11 dans les institutions religieuses). 
Le "premier employeur" de gens de maison à Lapalisse était bien entendu à cette époque les propriétaires du château de La Palice : les De Chabannes avaient alors à leur service dix personnes. La famille Turlin, domiciliée rue Nationale, arrivait en seconde position avec quatre domestiques et un précepteur sous son toit, suivie de près par les Pejoux, domiciliés au Petit-Paris. La famille Béguet, banquiers et courtiers installés dans l'Ile Saint-Jean avaient quant à eux deux domestiques, le docteur Laborde, rue du Marché et le docteur Brisson, avenue de la Gare, trois personnes à leur service, le notaire Canis, deux, le Pharmacien Bonnin, deux. Cas de figure intéressant, celui d'Antoine Hugon, imprimeur installé rue Nationale (futur conseiller général et maire de Saint-prix) qui entretient un domestique tout comme son typographe, Paul Bialès qui a, lui aussi, une personne à domicile. Le Sous-Préfet de Lapalisse, le lieutenant de Gendarmerie, le Contrôleur des Contributions directes, le Juge de Paix, le Secrétaire de la Sous-Préfecture, les deux huissiers ont chacun une seule personne à leur service. 
Au niveau de la distribution spatiale de la domesticité lapalissoise de la Belle Epoque, trois ensembles peuvent être dégagés : un tiers se trouve regroupé dans le haut de la ville (avenue du Donjon, rue de la Fraternité, château, place du foirail, rue du commerce et rue de la liberté), un quart réside le long de la rue Nationale (notre actuelle avenue Roosevelt), un autre quart dans le périmètre de l'Ile Saint-Jean, de la rue du Marché et du Petit-Paris

S. HUG