lundi 23 février 2009

La victoire en chantant...

Jamais sans doute, la nation ne fut aussi proche de son armée qu'à la Belle Epoque : l'idée de Revanche (comprenez la volonté de reconquérir l'Alsace-Lorraine sur l'Aigle allemand) animait alors toute la société française...

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S. HUG

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samedi 14 février 2009

Une lecture de paysage féodal au XIIIe siècle

Si l'archéologie expérimentale, qui demeure une spécialité anglo-saxonne, commence à gagner ses lettres de noblesse dans notre pays, la reconstitution des paysages du passé est en revanche encore balbutiante. Pourtant, à partir de fonds d'archives, de vieux plans cadastraux, de sources iconographiques ou de l'étude de la micro-toponymie, nous pouvons de plus en plus envisager de recomposer les grands traits de l'univers paysager de nos ancêtres.
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S. HUG

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dimanche 8 février 2009

L'itinéraire de Jean-Jacques d'Obeilh, évêque d'Orange, sous le règne de Louis XIV

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Souvent décrié par les historiographies jacobine, radicale puis marxisante, le long règne personnel de Louis XIV (1661-1715) a pourtant constitué une étape importante dans la formation de la France moderne. Fort heureusement, depuis une vingtaine d’années, les modernistes s’attachent à retravailler l’image trop convenue d’un monarque résolument absolu, invariablement mégalomane et continuellement va-t’en-guerre. Peu à peu, l’œuvre législatrice de Louis XIV fut ainsi réhabilitée, quant au mercantilisme de Colbert, la critique du repli s’effaça au profit d’analyses privilégiant tout au contraire le dynamisme d’une politique d’expansion. Tout autant que les idées, les hommes qui les ont portées intéressent plus que jamais les historiens. Ainsi, l’un des thèmes les plus féconds des études portant sur le Grand Siècle réside désormais dans l’introspection biographique des serviteurs de l’Etat. Si les carrières, les réseaux et les patrimoines des grandes dynasties ministérielles (les Colbert, les Phélyppeaux, les Le Tellier) sont de mieux en mieux connus, le rôle et le positionnement social de serviteurs plus discrets restent en grande partie à découvrir. La figure de Jean-Jacques d’Obeilh (Moulins 1643- Moulins 1720), évêque d’Orange de 1677 à sa mort, mérite à ce titre d’être analysée.


Servir Dieu et le Roi


La trajectoire de Jean-Jacques d’Obeilh est le produit d’une ascension sociale entamée trois siècles plus tôt. Le berceau des d’Obeilh se situait dans la paroisse de Bussolles, à la limite des Basses-Marches du Bourbonnais où leur patronyme apparaît dès la fin du XIVe siècle. Après être devenus seigneurs de Bussolles au cours de la première moitié du XVe siècle, les d’Obeilh n’eurent de cesse d’arrondir leur patrimoine en achetant des terres voisines (notamment Montjournal, Puy-Charnay et les Bourbes) et en s’alliant avec des lignées locales (les Mars, les Gallois de la Tour, les Chavagnac ou les de Provers). Au cours du XVIe siècle, les d’Obeilh finirent par prendre pied dans la petite ville castrale de La Palisse en se rendant acquéreur d’un modeste hôtel particulier situé le long du grand chemin de Paris à Lyon. Très tôt également, vraisemblablement dès le milieu du XVe siècle, des d’Obeilh intégrèrent les structures administratives ducales, puis royales. Moulins devint donc la résidence habituelle d’une partie de cette famille qui, deux siècles plus tôt, labourait encore sur les bords de la Têche. Cette branche moulinoise des d’Obeilh parvint même un temps jusqu’au sommet de la magistrature urbaine. Abel d’Obeilh (+ 1695), conseiller au Présidial de Moulins pendant près de cinquante ans, fut ainsi élu maire de la ville en 1682, avant de sombrer corps et biens dans des procès à rallonge dont seul l’Ancien Régime avait le secret. (1)
Mais revenons à la branche aînée des d’Obeilh. Jean, seigneur de Bussolles, fort de près de 4 000 livres de rentes annuelles, put soigner la formation de son fils Jean-Jacques destiné à devenir clerc. Après des études de théologie et de droit à la Sorbonne d’où il sortit gradué, les d’Obeilh dotèrent Jean-Jacques d’une charge de Conseiller du roi et lui obtinrent en 1663 la cure de Saint-Pierre d’Yzeure. Intégrant très vite la bureaucratie royale, Jean-Jacques d’Obeilh devint à vingt-deux ans abbé commendataire de l’abbaye de Saint-Jacques-de-Montfort située dans le diocèse de Saint-Malo. Doté d’un réel sens politique, Jean-Jacques d’Obeilh fut nommé en 1674, à l’âge de 31 ans, à la tête de l’évêché «sensible » d’Orange. Sacré en novembre 1677 dans l’église des Célestins de Paris, Jean-Jacques d’Obeilh n’arriva à Orange que le 14 avril 1678. (2)



Du partage confessionnel, seule la religion catholique romaine doit triompher


La principauté d’Orange constituait au XVIIe siècle un enjeu territorial à l’échelle européenne. Possession de Guillaume III de Nassau (1650-1702), Stadhouder des Provinces-Unies (futur roi d’Angleterre à partir de 1689 après la Glorious Révolution), la principauté d’Orange se retrouva au centre de toutes les rivalités qui opposèrent durant près de trente ans le prince protestant à son ennemi intime, Louis XIV, roi Très-Chrétien. Enclave orangiste géopolitiquement isolée, la principauté était systématiquement occupée par les troupes françaises dès que le royaume entrait en guerre avec les Provinces-Unies (1673-1678, 1685-1697 et définitivement à partir de 1703). Ce va-et-vient entre deux souverainetés antagonistes rendit la cohabitation confessionnelle particulièrement épineuse. En effet, à chaque renversement de souveraineté, les vainqueurs du jour (protestants ou catholiques) s’empressaient de chasser du consulat les vaincus qui, en silence, rongeaient leur frein en attendant que les traités internationaux n’inversent les rôles.

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Portrait de Jean-Jacques d'Obeilh, évêque d'Orange (Cabinet des Estampes - BNF)

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C’est dans ce contexte agité que Jean-Jacques d’Obeilh débuta son épiscopat qu’il conçut comme une mission en terre protestante. Pendant plus de quarante ans, notre prélat n’eut de cesse de restaurer une à une toutes les vieilles structures de l’Eglise catholique qui avaient été colonisées, concurrencées ou détruites par les coreligionnaires des Prince de Nassau. Dès son arrivée, Jean-Jacques d’Obeilh s’appliqua à rénover l’Université d’Orange en la dotant de nouveaux statuts. Puis, ce fut le tour du collège de la ville, structure primordiale, puisque sur ses bancs les fils de la bourgeoisie catholique côtoyaient les rejetons des bonnes familles protestantes. L’évêque, encouragé par l’administration royale, trancha dans le vif : le recteur et les professeurs protestants furent bannis, remplacés par des Jésuites puis par des Carmes, les lieux furent désormais interdits aux jeunes religionnaires qui durent suivre des cours particuliers dispensés en ville. Rétabli entre 1697 et 1702, l’ancien l’encadrement protestant du collège d’Orange fut définitivement supprimé en 1703. Une reconquête fut également menée sur le terrain des œuvres de charité : en 1704, une fondation destinée à accueillir et à éduquer les orphelines fut créée par deux pieuses demoiselles provençales et en 1712, l’hôpital de Caderousse fut réorganisé autour de sœurs augustines.
Endossant sous le joug orangiste les habits d’un Moïse guidant le peuple élu vers la Terre promise, Jean-Jacques d’Obeilh se transformait en un redoutable guerrier de la foi dès que les circonstances s’y prêtaient. Ainsi, en 1678, alors que les protestants reprenaient le contrôle d’Orange, notre tout jeune prélat soutint, sans dire mots, une bien curieuse machination destinée à jeter l’opprobre populaire sur les Réformés. Une nuit, tandis que la ville était en liesse, une poignée d’irréductibles catholiques abattit deux croix de carrefour laissant ainsi croire que cet attentat ne pouvait être l’œuvre que des protestants. Jean-Jacques d’Obeilh porta cet événement dans l’arène politique et en appela immédiatement au parlement d’Aix, à l’Intendant de Provence et à la Cour. Au terme d’enquêtes, de contre-enquêtes et de diverses tergiversations, les deux croix brisées furent finalement réinstallées et à nouveau bénites en grandes pompes dans une ville pourtant désormais dominée par un prince protestant. Sept ans plus tard, la Révocation de l’Edit de Nantes (1685) offrit enfin à Jean-Jacques d’Obeilh le cadre inflexible dont il rêvait pour mener sa croisade contre la Religion Prétendue Réformée. La Principauté d’Orange, devenue entre-temps un refuge calviniste, fut aussitôt occupée par les troupes françaises qui détruisirent dans la foulée les deux temples de la ville : le Grand Temple et le Temple Saint-Martin. Relevé dans la hâte au lendemain de la paix de Ryswick (1697), le Grand Temple fut définitivement transformé en église en 1702 et confié, tout un symbole, aux Pères de la Doctrine chrétienne.

Après avoir dirigé l’évêché d’Orange pendant près de quarante-cinq années, notre prélat se démit de ses fonctions en 1719 et vint finir ses jours à Moulins où l’étoile de sa famille avait pâli au rythme de la déchéance du vieil Abel. Jean-Jacques d’Obeilh s’y éteignit le 18 août 1720. En signe d’humilité, sa dépouille fut ensevelie sous la nef de l’église Saint-Pierre d’Yzeure, là où les pas des croyants vous rabaissent au rang de la poussière et où seules les prières montant vers Dieu assurent le rachat des âmes.

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Eglise Saint-Pierre d'Yzeure

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S. HUG


HUGSTEPHANE@aol.com

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(1)- Voir Collection des Gozis, notice 4369.
(2)- Concernant la biographie et l’épiscopat de J.J d’Obeilh, voir : J. Bastet, Essai historique sur les évêques du diocèse d’Orange, mêlé de documents historiques et chronologiques sur la ville d’Orange et ses princes, Orange, 1837, Les larmes de Jacques Pineton de Chambrun, Paris, 1854, Antoine Yrondelle, Histoire du collège d’Orange depuis sa fondation jusqu’à nos jours (1573-1909), Paris, 1912.

Remerciements au personnel des Archives municipales de la ville d’Orange et au Père Daniel Bréhier, curé de Saint-Siffrein de Carpentras, historien du diocèse d’Orange.