dimanche 27 juin 2010

La saga des Charles (Servilly)

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Jean-Charles Ailhaud, artisan santonnier établi à Marseille depuis une vingtaine d’années, vient de me livrer avec passion le récit de ses origines bourbonnaises. Bien plus qu’une simple généalogie, son récit s’apparente en fait à une véritable saga familiale, celle des Charles, qui va vous conduire de Servilly jusqu’en Tunisie. Mais au-delà de l’appel du large, la Saga des Charles relate un long parcours familial fait d’ascensions sociales et de quelques infortunes.


Les premières mentions précises de cette famille remontent au milieu du XVIIe siècle dans la châtellenie de Billy. A cette époque, les Charles résidaient d’ordinaire dans la ville de Saint-Germain-des-Fossés où ils étaient marchands. Ce passage par le monde de l’échoppe leur permit d’acquérir des offices royaux et de gravir quelques échelons dans la société d’Ancien Régime.
Cependant, le récit de la saga des Charles débute véritablement avec Gilbert Charles (1676-1722), marchand à Saint-Germain-des-Fossés, sieur de Bardonnière et propriétaire du domaine de La Côte, deux terres situées sur la paroisse de Seuillet, ainsi que du domaine de La Martillière à Marcenat. Gilbert Charles épousa en 1695 à Châtel-Montagne Madeleine Reignier issue d’une famille notariale très influente dans la Montagne bourbonnaise. De cette union naquit André(1696-1754), aîné d’une fratrie de quatorze enfants. André, officier royal, seigneur de La Martillière, de La Cote et de la Tour-Pourçain (paroisse de Bussoles), épousa en 1720 Antoinette Nepveu qui lui apporta en dot la seigneurie de Gléné, située dans la paroisse de Servilly.

Le blason des Charles

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A la mort d’André Charles, le patrimoine familial fut vendu et les reliquats partagés entre les cinq enfants survivants du couple. Joseph (1737-1803), le cadet, demeura à Servilly et se maria en 1759 avec la fille d’un petit marchand de La Palisse, Suzanne Esmonot. Ce mariage marque déjà le déclin de cette lignée de petits seigneurs qui n’eurent jamais les reins assez solides ou la chance parfois nécessaire pour accéder à la noblesse, rêve de toute la société d’Ancien Régime. André Charles réussit toutefois à acquérir en 1769 le fief de La Roque situé également sur Servilly. Suzanne Esmonot donna huit enfants à André Charles dont l’aîné, Gilbert (1760-1798), demeura fermier à Servilly : un degré de plus était donc franchi dans le processus de déclassement social entamé vingt ans plus tôt.
Gilbert, mort à seulement 38 ans, eut de Gervaise Challeton, Antoine-Simon (1788-1859) qui fut propriétaire-exploitant au lieu-dit Le Grand Champ à Servilly. Il épousa en 1816 Isabelle Ducleroy qui lui donna trois fils, Louis, Jean-Baptiste et Denis. Ce Denis (1819-1904) demeura à Servilly et y épousa en 1849, Clotilde Ducoin, une domestique originaire de Lapalisse. Ce couple ne semble avoir qu’un seul enfant, Antoine Charles (1858-1926) qui épousa son tour en 1881 une servante de ferme, Georgette Mouillevois.


La ferme de Grand Champ dans les années 1930 (photo collection Ailhaud)

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Parallèlement à l'exploitation de la ferme du Grand Champ, Antoine Charles semble avoir été sabotier une partie de sa vie. Des quatre enfants du couple, Auguste (1886-1914) fut celui qui poursuivit la saga des Charles par delà la Méditerranée, sous le soleil de Tunisie.
Après avoir été élève à l’école d’agriculture de Gennetines, Auguste Charles entra à l’Ecole Normale de Moulins d’où il sortit instituteur en 1909. La même année, il épousa Marguerite Antonia Augot, jeune institutrice, fille d’ouvriers de Commentry. Le couple fut nommé en Tunisie en 1910 à Souk El Arba où Auguste Charles créa une Ecole d’agriculture franco-arabe tandis que son épouse enseignait à l’école communale. Enrôlé dans le 298e régiment d’infanterie au mois d’août 1914, le sergent Charles tomba au combat à Fontenoy (Aisne) le 13 septembre 1914.

Auguste Charles au début des années 1910 (collection Ailhaud)

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Le couple d’enseignants eut deux filles, Denise et Madeleine qui chaque été durant leur enfance venaient passer leurs vacances à Servilly. Madeleine (1911-2000), né à Souk El Arba vécut en Tunisie jusqu’en 1949 où elle embrassa elle aussi la carrière d’institutrice. D’abord en poste au Kef, puis à Sfax et à Tunis. A son arrivée en France, elle enseigna à Saint-Ambroix, à Méjannes et enfin à Alès. Prenant sa retraite en 1970, Madeleine alla s’installer à Marseille. C’est avec bonheur et passion que son fils, Jean-Charles Ailhaud, essaye de reconstituer l’histoire de cette famille bourbonnaise.

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Pour aller plus loin que cet article, Jean-Charles Ailhaud nous raconte son premier contact avec notre Pays :

"Mon intérêt pour le Bourbonnais remonte à quelques années. Comme beaucoup d'enfants, vers l'âge de 15 ans, on demande à ses parents : "et nos ancêtres, ils étaient d'où ?". Ma mère, fille d'Auguste Charles, ne connaissait de ses ancêtres que ses parents, grands parents et quelques autres aïeux. Mon grand père, Auguste était instituteur et avait connu ma grand-mère AUGOT, originaire de Commentry à l'école normale de Moulins. Ils se sont mariés et sont allés vivre en Tunisie vers 1910. Lui, a fondé l'école d'agriculture de Souk el Arba dans l'ouest tunisien et ma grand-mère Marguerite était enseignante à école primaire de Souk el Arba. Ma mère est née à Souk el Arba en 1911. Son père, en 1914 est parti à la guerre où il est mort rapidement (en septembre 1914) à Fontenoy. Ma mère n'a donc que très peu connu son père et lorsqu'elle revenait en France c'était plutôt du côté de Commentry où sa grand-mère s'occupa d'elle. Ma mère connaissait donc peu sa famille paternelle mais m'en parlait souvent, surtout de ses cousines de Servilly. J'ai donc entrepris des recherches généalogiques sur cette branche et malheureusement ma mère est décédée trop tôt pour en connaître les résultats. Lors de mes voyages dans l'Allier, en allant à Commentry, où j'ai encore des cousins, je suis passé à Lapalisse et à Servilly mais pour moi ces lieux n'ont pas d'histoire vive et je me suis pris à imaginer la vie de mes aïeux Charles dans cette région. Monsieur MULLER, le nouveau propriétaire du château de Gléné où sont passés mes ancêtres, m'a beaucoup aidé dans mes recherches."
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lien vers le site commercial de J.C Ailhaud : www.santons-ailhaud.com
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Vous pouvez également contacter J.C Ailhaud grâce au mél suivant : ailhaud@santons-ailhaud.com
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S. HUG

vendredi 11 juin 2010

In Mémoriam : trois figures du Pays lapalissois s'en sont allées.

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Les dix premiers jours de ce mois de juin ont été marqués par la disparition de trois figures du Pays lapalissois : Jean Sylvaire, âgé de 95 ans, maire d'Arfeuilles de 1962 à 1977 et seul arfeuillat à ce jour à avoir brigué le poste de conseiller général du canton de Lapalisse (1964), René de Kergaradec, âgé de 87 ans, vicaire de la paroisse de Lapalisse dans les années 1950, puis curé de la même paroisse entre 1995 et 1998, et enfin, Florian Satre, âgé de 87 ans, qui après une longue carrière dans un grand groupe pétrolier français, avait pris sa retraite à Isserpent, dans son château de Beauplan qu'il avait su remarquablement bien conserver.

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dimanche 6 juin 2010

La route du Professeur Dargent s'arrêta brutalement à Lapalisse le 13 juillet 1972

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La mise en service en octobre 2006 de la première tranche de la déviation de la Nationale 7 à la hauteur de notre ville constitua une véritable révolution territoriale portée sur les fonts baptismaux par Bernard Le Provost, maire emblématique de Lapalisse. D'un coup, la Nationale 7 lapalissoise quitta le classement des tronçons routiers les plus accidentogènes de France. En effet, à partir de la fin des années 1960, la route bleue devint peu à peu une "route noire" pavée d'une trop longue série de drames humains. Parmi les accidents routiers qui marquèrent le plus les Lapalissois figure en première place celui survenu le 13 juillet 1972 à la hauteur de l'entrée du stade municipal dans lequel le célèbre Professeur Marcel Dargent trouva la mort alors qu'il se rendait en consultation à l'hôpital de Moulins. Son véhicule entra en collision avec celui d'une famille sur le chemin des vacances.
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Marcel Dargent naquit à Lyon le 19 octobre 1908 à Lyon. Internes des hôpitaux à Lyon en 1928, agrégé de chirurgie en 1946, il fut nommé chirurgien des hôpitaux en 1950 puis professeur de clinique cancérologique à l’Université Claude-Bernard en 1958. Après avoir dirigé le pavillon B de l’hôpital Edouard-Herriot spécialisé dans les maladies cancéreuses, il prit en 1956 la succession de son maître, le professeur Paul Santy, à la tête du centre Léon-Bérard. Ce fut dans ce centre que s’épanouit l’essentiel de ses recherches scientifiques et de ses idées sur la cancérologie.
En 1947, il participa, avec le Pr Léon Bérard, à la première opération en France d’exérèse du poumon. Il est également un des premiers à mettre au point des techniques pour améliorer les suites opératoires et le confort des patients dans la chirurgie des cancers de la sphère ORL, notamment du cancer de la gorge et de la langue. Il fit partie aussi des pionniers des thérapeutiques non mutilantes et des gestes conservateurs concernant en particulier les cancers féminins (utérus et sein). Autre idée novatrice qu’il mit en application pour freiner le développement des cancers mammaires métastatiques : l’ablation des glandes surrénales.
Par ailleurs, il se passionna pour la recherche expérimentale et passa de longues heures dans son laboratoire. Ses dernier travaux furent axés sur l’immunologie du cancer.

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S. HUG


mercredi 2 juin 2010

Jules Gacon ou l'âge d'or du radicalisme bourbonnais

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Pendant plus de trente ans, des années 1880 à sa mort en 1914, Jules Gacon incarna le radicalisme dans l'arrondissement de Lapalisse. Héritier politique des Donjonais qui avaient investi Lapalisse le matin du 4 décembre 1851, Gacon finit par dominer la vie politique bourbonnaise porté par les idées radicales qui submergèrent peu à peu le vieil opportunisme républicain de la génération de 1870.
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Gacon naquit le 8 octobre 1847 au Donjon où son père était artisan chaudronnier. L'enfant fit un passage si brillant à l'école communale, que ses parents décidèrent de l'envoyer au lycée de Moulins. Puis, il monta à Paris en 1867 pour faire sa médecine. Lors de la Guerre de 70, Gacon fit toute la campagne en qualité d'aide-chirurgien dans le service de l'ambulance des volontaires de l'Allier. Démobilisé en 1871, il reprit ses études et fut reçu docteur en médecine en 1878. Le jeune praticien décida alors de retourner au Donjon et d'y ouvrir un cabinet.
Les questions sociales le passionnèrent très tôt. A peine installé, il rallia le camp républicain et se signala aux yeux de ses concitoyens comme l'un de ses plus ardents militants. Aussi, dès 1881, il fut élu conseiller municipal du Donjon lors d'une élection partielle. En 1883, Jules Gacon fut élu conseiller général du canton du Donjon. Il ne quitta plus l'assemblée départementale, étant réélu à quatre reprises triomphalement. En 1884, Jules Gacon devint maire du Donjon et le demeura jusqu'à sa mort.

Les élections législatives de 1889, furent marquées par la fièvre boulangiste. Aussi, Jules Gacon, candidat pour la première fois au poste de député, ne tarda-t-il pas à attaquer à ce front qu'il jugeait, à raison, "informe": « Mon premier devoir, proclame-t-il dans sa circulaire électorale, sera de sauvegarder la République attaquée par la coalition des partis monarchistes et impérialistes, alliés à un général prévaricateur ». Le candidat boulangiste, Ernest Olivier, ne put rien face au talent, à la fougue et à la jeunesse de Gacon. Sur 29.070 inscrits et 21.397 votants, 12.967 voix allèrent à Gacon, 8.039 à Olivier. Victoire donc dès le premier tour.
A la Chambre, où il rejoignit le groupe de la gauche démocratique, Jules Gacon commença une assez longue période d'apprentissage parlementaire. Il réserva le meilleur de lui-même au travail des commissions dont il fut membre, portant spécialement son attention sur les chemins de fer.
En 1893, les élections législatives étaient fixées au 20 août, et le maire du Donjon trouvait sur sa route le même Ernest Olivier qu'en 1889, boulangiste devenu libéral. Or, quoique le nombre des votants eut diminué de plus de deux mille, Gacon trouvait à augmenter le nombre de ses suffrages, avec 13.048 voix, Olivier tombant à 5.484.
Il subit toutefois aux élections sénatoriales, en 1894, son premier revers électoral. Les législatives du 8 mai 1898 lui offrirent une belle revanche, et au premier tour comme de coutume : 16.300 voix contre 8.444 à un « républicain progressiste » Paul Debray et au socialiste Morand.
La position parlementaire du maire du Donjon ne cessa de s'affermir. Les élections législatives du 27 avril 1902 allaient le consacrer. Jules Gacon fut cette fois-ci opposé au Général Meyssonnier, réputé « libéral antiministériel ». Or, fait extraordinaire, dans nombre de communes, Meyssonnier ne récolta pas une voix, toutes allant à Gacon. Au total, sur 31.941 inscrits et 25.615 votants, le résultat fut de 18.380 voix pour Gacon contre 6.889 au général et 38 à Archimbaud, socialiste. Ce score constitua la plus belle victoire de ces législatives. Toute la presse de Gauche célébra alors Jules Gacon « premier élu de France ». Certains journalistes le surnomèrent même le « Bayard de la démocratie ».
Entre temps, son « patron » de naguère, le sénateur Cornil, commençait à perdre du crédit alors que le maire de Donjon en gagnait. Porté par la vague radicale de la fin du XIXe siècle, Jules Gacon lui ravit la présidence du Conseil général de l'Allier en août 1898, présidence qu'il assura jusqu'à la fin de ses jours. Cornil se présenta une nouvelle fois face à Gacon lors des élections sénatoriales de 1903. Ce ne fut l'affaire que d'un tour : 495 voix, Cornil n'en comptait que 236.
Avant de donner sa démission de député, Gacon n'avait point manqué de soutenir de son mieux la politique du cabinet Combes. Ce fut également en combiste résolu qu'il fit son entrée au Sénat, au début de 1903 : il fit de la laïcité son grand combat politique. Toutefois, d'autres sujets retenaient également son attention : le budget de l'agriculture, l'état sanitaire de l'armée, l'assistance obligatoire aux vieillards, aux infirmes et aux incurables privés de ressources. Mais ce fut encore sur la question des chemins de fer qu'il laissa son oeuvre la plus considérable. Aux yeux du Sénat, il finit même par faire figure de spécialiste du rail.
Enfin, en 1909 et 1910, il combattit en faveur des retraites ouvrières, sujet qui lui tenait à coeur depuis longtemps.
Au renouvellement du 7 février 1912, Jules Gacon fut réélu sénateur un peu moins facilement qu'en 1903 puisqu'il fallut un second tour, mais ce fut finalement par 501 voix sur 824 votants qu'il triompha.
Cependant, la maladie l'affaiblissait déjà et il prit de moins en moins part aux travaux du Sénat. Il mourut dans sa maison du Donjon le 21 novembre 1914 à l'âge de 67 ans.

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S. HUG

HUGSTEPHANE@aol.com