dimanche 16 février 2014

26 septembre 1798 : le dernier loup lapalissois est abattu

Planche tirée de l'Histoire naturelle de Buffon, 36 volumes (1749-1789)

Le retour du loup en France, dans le Mercantour en 1992, a provoqué une sorte d'écrasement temporel, un peu comme si, tout d'un coup, la dimension fantastique de nos fables venait frapper à la porte de nos certitudes. Passé l'an 2000, des historiens ruralistes, notamment menés par le caennais Jean-Marc Moriceau, ont fait du loup, animal imaginaire et pourtant bien réel, un étonnant objet d'études permettant de comparer, par delà les siècles, les réactions collectives face à ce totem sauvage. Depuis bien longtemps, je me demandais à quelle date le dernier loup fut tué sur le territoire de Lapalisse. Des battues étaient mentionnées dans les archives départementales de l'Allier (série L) dans les années 1795-1798, au-delà, plus rien. C'est finalement, en compulsant la thèse de François de Beaufort, L'écologie historique du loup, canis lupus, en France, soutenue devant l'Université de Rennes en 1988, que le point d'orgue de la traque du loup sur la commune de Lapalisse est apparue avec netteté. Ce fut non loin des Brossards, le 26 septembre 1798, que le dernier loup lapalissois fut abattu. 

S. HUG




mardi 4 février 2014

Claude-Marie Duguest (1588 La Palisse - 1629 Autun), religieuse visitandine

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Dans l'histoire du catholicisme français, le XVIIe siècle est traditionnellement présenté comme le "Siècle des Saints". Marqué par l'ardeur du Concile de Trente, ce siècle fut dominé par les figures de Monsieur Vincent, de Saint François-Régis ou de Sainte Jeanne de Chantal qui créa en 1610, avec l'aide de Saint François de Sales, l'ordre de la Visitation. Cet ordre féminin, non astreint à un voeu de clôture, se fixa comme principal objectif de visiter les malades et les indigents afin de réaliser des oeuvres pieuses. 

Parmi les premières visitandines bourbonnaises figure Claude-Marie Duguest. Les Duguest, bourgeois de La Palisse, possèdaient au XVIe siècle de nombreux biens dans les paroisses environnantes. En parallèle, les Duguest exerçaientt des offices seigneuriaux pour le compte des La Guiche. Ainsi, Lionnet Dugué (ou Duguest), propriétaire du terroir des Moulins (Lubié) et du domaine des Vignault, faisait fonction de procureur de la seigneurie de La Palisse (Archives de l'Allier, série E, titres féodaux). Orpheline très tôt, Claude-Marie Duguest fut mariée à l'âge de treize ans. Veuve à quatorze ans, elle refusa de se remarier et consacra sa vie aux oeuvres charitables, notamment dans le cadre de l'ancien Hostel-Dieu de La Palisse qui se situait encore, en 1600, rue Notre-Dame. Mais désirant aller plus loin dans sa quête mystique, Claude-Marie Duguest décida de prendre l'habit et entra en 1621, vers l'âge de trente-trois ans, au monastère de la Visitation Sainte-Marie de Moulins fondé en 1616 par Jeanne de Chantal. Rentrée comme simple soeur domestique, Claude-Marie Duguest montra une "dévotion où la charité et la douceur reluisaient en toutes ses actions." (1)


Dès novembre 1624, Claude-Marie Duguest participa, à Autun à la fondation du dix-neuvième couvent de l'Ordre, où elle prit place aux côtés de la première Supérieure, Soeur Marie-Hélène de Chastellux, professe de Moulins. Elle faisait ainsi partie des six premières religieuses chargées de seconder la Supérieure dans son oeuvre fondatrice : "Sa grande vertu et ses bons talents furent causes que notre très chère soeur Marie-Hélène de Chastellux, allant faire la fondation d'Autun, l'y conduisit avec elle, la mettant au rang des Soeurs associées, ce qui fut, à cette chère âme, un nouveau sujet de s'humilier. Elle regrettait plus la perte de son voile blanc qu'un avare celle de son trésor." (2)


Vue de l'ancien couvent des Visitandines d'Autun


Soeur Claude-Marie Duguest qui fut durant ses années de profession monastique une religieuse visitandine suivant à la lettre la mystique salésienne, apporta toujours avec une totale dévotion, aide et soutien aux pauvres, aux malades et aux vieillards du pays autunois. Cependant, Claude-Marie Duguest dut très vite lutter contre les affres d'une cruelle maladie. :"Elle fut affligée d'un ulcère incurable dans les entrailles et après cela, de deux cancers à la poitrine, maladie qu'elle a portée avec un courage si admirable, qu'elle l'a célée dix-huit mois sans que la Communauté s'en soit aperçu et sans cesser de travailler à toutes les grosses besognes." (3)
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Eglise Saint-Jean-Baptiste de Lapalisse
vitrail de Sainte-Jeanne-de-Chantal - XIXe siècle 
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D'ailleurs, dans une pièce de correspondance de Sainte-Jeanne-de-Chantal adressée à la Mère supérieure de Chastellux, nous pouvons lire à son propos l'affectueuse pensée suivante :
"Je suis certes, en compassion du mal de ma pauvvre soeur Claude-Marie, mais elle est bien heureuse d'avoir un mal qui lui fournit tant d'occasion pour enrichir des plus préciseuses vertus que se puissent pratiquer en cette vie." (4)
Claude-Marie DUGUEST s'éteignit en 1629 dans son monastère d'Autun.

S. HUG

HUGSTEPHANE@aol.com
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(1)- Année sainte des Religieuses de la Visitation Sainte-Marie, Tome VII, juillet 1869, p. 244. Abbé L.C Berry, Les monastères de la Visitation Sainte-Marie dans le diocèse d'Autun, Imprimerie de Dejussieu, Autun, 1895, p. 5.
(2)- Idem
(3)- Année sainte des Religieuses de la Visitation Sainte-Marie, Tome VII, p. 244-245.
(4)- Sainte-Jeanne-de-Chantal : correspondance, Tome III, 1996, Centre d'Etudes franco-italien des Universités de Turin et de Savoie.